1776-12-22, de Voltaire [François Marie Arouet] à Le Journal de Paris.

Le plan de votre journal, m., me paraît aussi sage que curieux & intéressant.
Mon grand âge, & les maladies dont je suis accablé, ne me laissent pas l'espérance de pouvoir produire quelque ouvrage qui mérite d'être annoncé par vous.

Si j'avais une prière à vous faire, ce serait de détromper le public sur tous les petits écrits qu'on m'impute continuellement. Il est parvenu dans ma retraite des volumes entiers, imprimés sous mon nom, dans lesquels il n'y a pas une ligne que je voulusse avoir composée. Je vous supplierai aussi, m., de vouloir bien, par un mot d'avertissement, me délivrer de la foule de lettres anonymes qu'on m'adresse. Je suis obligé de renvoyer toutes les lettres dont les cachets me sont inconnus. Cet avertissement inséré dans votre journal, m'excuserait auprès des personnes qui se plaignent que je ne leur ai pas répondu; je vous aurais beaucoup d'obligation.

Je ne doute pas que votre journal n'ait beaucoup de succès. Je me compte déjà au nombre de vos souscripteurs….