à Ferney 30e Xbre 1773
Madame,
Le roi de Prusse me fait l’honneur de me mander du dix Décembre, que vôtre armée a battu celle du grand visir et que Silistrie est prise.
Il ajoute que le grand visir s’est enfui à Andrinople avec le grand étendart de Mahomet.
Je supose qu’un Roi n’est jamais trompé quand il écrit des nouvelles, et dans cette suposition je suis prêt de mourir de joie aulieu de mourir de vieillesse, comme on me l’annonçait tout à l’heure avant que je reçusse la lettre du Roi de Prusse.
Mort ou vif, il est bien fâcheux d’être si loin des merveilles de votre règne, et Mr Diderot est un heureux homme, mais aussi il mérite son bonheur. Pour moi j’expire dans le désespoir de n’avoir pu voir mon héroïne qui sera celle du monde entier, et de n’avoir pu lui présenter mon très profond et très inutile respect.
V.