1761-06-16, de Voltaire [François Marie Arouet] à Jean Robert Tronchin.

Vous avez donc actuellement mon cher correspondant, le conseiller d'état auprès de vous.
Je voudrais bien être entre vous deux. On vous a mandé sans doute de Paris qu'on allait anéantir les actions sur les fermes et les convertir en rentes afin qu'il ne reste rien du passage de Silhouette.

N'êtes vous pas émerveillé que depuis trois mois je ne vous aie rien demandé, et que je n'aye rien tiré sur vous? Je ne resterai pas longtemps dans cette inaction. Mais j'ay préalablement une grâce à vous demander, c'est de vouloir bien me dire de mes nouvelles et m'instruire de mon état. J'ay quelques arrangements à prendre aux quels je ne peux me déterminer sans savoir l'état de mes petites finances. Elles ne doivent pas être fort considérables. Vous savez que j'ay troqué mes louis d'or contre des pierres et des charues. Daignez donc Monsieur m'envoier un petit bilan. Je vous serai très obligé. On ne peut être ny plus honteux ny plus reconnaissant de touttes les peines que je vous donne. Made Denis vous fait comme moy mille remerciments. Nous embrassons les deux frères.

Permettez moy de vous supplier de faire rendre L'incluseà mr l'abbé Pernetti.

V.