1749-10-15, de Voltaire [François Marie Arouet] à Louis de Jaucourt.

J'arrivay ces jours passez à Paris mon cher monsieur, j'y trouvay les marques de votre souvenir et de la bonté de votre cœur.
Vous devez assurément être au nombre de ceux qui regrettent une personne unique, une femme qui avoit traduit Neuton et Virgile, et dont le caractère étoit au dessus de son génie. Jamais elle n'abandonna un amy, jamais je ne l'ay entendu médire. J'ay vécu vingt ans avec elle dans la même maison. Je n'ay jamais entendu sortir un mensonge de sa bouche. J'espère que vous verrez bientôt son Neuton. Elle a fait ce que l'académie des sciences auroit dû faire. Quiconque pense honorera sa mémoire, et je passeray ma vie à la pleurer. Adieu, je vous embrasse tendrement.

V.