1778-01-29, de Charles Henry Chrétien Rosé à Conseil de régence de Montbéliard.

Nosseigneurs,

J'ai reçû vos ordres du 24e de ce Mois concernant les paÿemens de Quinze Mille Sept Cens Cinquante Livres à faire à Monsieur de Voltaire.

Ledit sr de Voltaire m'en a écrit le 31e Décembre dernier, je lui ai marqué que je suis ocupé à ramasser de l'Argent pour lui, que j'en fais tout mon possible et je l'ai prié de se patienter en attendant que je puisse me défaire d'une certaine quantité de grains.

Vous vous rapellerés, Nosseigneurs, que j'ai eu l'honneur de vous Solliciter de bonne heure à m'autoriser pour la Vente des grains. Je l'ai fait dans l'intention de me mettre en Etat à tems de pouvoir paÿer Mr de Voltaire, mais j'ai cette Année des Contre Tems pour la Vente; J'ai espéré de pouvoir faire un Traité en grains pour les Magasins du Roi, je m'ÿ suis trompé, vû que jusqu'à présent on n'a pas encore acheté des grains pour lesdits Magasins, et jusqu'ici je n'ai pas encore pû convenir avec personne pour des gros Marchés en grains. Je reçois parci par-là des grains en Argent des Censiers et fermiers de Dixmes, mais cela ne vaut pas la peine pour une si grosse Somme. J'ai écrit à tems à Mrs Sandherr et Thürninger en les priant de faire entrer en Argent et de me faire remise de tout ce qui leur sera possible; ce qui m'en est entré depuis, n'est pas considérable non plus en considération de la grosse Somme à paÿer. Le débit des grains sous la hale est trés mince aussi.

Voilà, Nosseigneurs, ce qui m'a mis jusqu'à présent en retard pour le paÿement à faire à Mr de Voltaire.

Vous avés apris, Nosseigneurs, la Situation des Recettes de ce paÿs par l'état général Sommaire que j'ai eu l'honeur de vous envoÿer Dimanche passé.

Je ne saurois précipiter la Vente des grains sans faire du tort aux Intérêts de S: a: S: et de les vendre au dessous du prix courant, sans ÿ être autorisé, seroit contre mon devoir. La Sortie des grains de cette Province est depuis peu défenduë à moins qu'on n'y aÿe un passe port de la part de la Court de France; On en ignore la Raison.

J'ai actuellement en tout en Caisse 8/m.lt Dans cet Etat je pense, Nosseigneurs, sauf meilleur avis, qu'il seroit bon de prier Mr de Voltaire de se patienter encore qu'on aye pû vendre des grains pour lui faire passer les 15750lt à la fois, à moins qu'il ne préfère de recevoir en attendant un à Compte de 8/m.lt.

Je remets cependant à vôtre haute disposition, Nosseigneurs, de prendre tel parti que vous jugerés convenable aux Intérêts de S: a: S: et j'y attends vos Ordres.

J'ai l'honneur d'être avec un profond respect

Nosseigneurs

Vôtre trés humble et trés obéïssant serviteur

C. H. C. Rose