à Paris le 18 février 1777
Monsieur, mon ancien ami;
M. Chupin, Conseiller au Parlement de Paris, et fort de mes amis, ainsy que sa famille, revient d'Italie avec M. de Barckhaus, Maitre des Comptes.
Ils désirent vous marquer leurs respects et leur admiration, et ils méritent cet honneur par leur Caractère et leur Esprit; à la manière tendre et sincère dont M. Chupin m'a souvent entendu parler de mon attachement pour vous, Il a pensé qu'une Lettre de ma part pourroit Lui ouvrir votre Porte; J'espère que son attente sera remplie, et j'en embrasse l'ocassion avec empréssement, Mon Ancien Ami, pour me rappeller à votre souvenir, à votre Amitié, et aux bontés de Madame Denis.
J'envie bien à ces Messieurs le bonheur qu'ils auront de vous voir et de vous entendre; Ce seroit l'objet de mes voeux, s'il m'étoit possible de Voyager, mais C'est une satisfaction qui exige du tems, et de l'argent, et les Princes Evêques de Liége et de Spire, dont je suis le Ministre près du Roy, m'occupent beaucoup, et me payent peu; Malgré mes soixante ans et mes mauvais yeux, Je tiens plus que jamais aux affaires qui demandent du travail; Il faut remplir sa destinée. La Vôtre, Monsieur, Mon cher Ami, est de faire toûjoûrs l'honneur, et le charme, de l'esprit humain; prolongés en longtems l'existence pour le bonheur de vos amis, et n'oubliés Jamais, Je vous en prie, que j'ay mérité d'être du Nombre par la Constance des sentiments pleins d'amitié, d'attachement, et de respect, avec les quels J'ay L'honneur de vous embrasser de tout mon Coeur, et d'être
Monsieur Mon Ancien Ami,
Votre très humble et très obéissant serviteur
Darget