Nosseigneurs,
Il vous a plû me charger de payer à Mr de Voltaire des sommes considérables à la décharge de S: A: S: et de les lui faire passer sans aucuns frais à Ferney.
Je les lui ai fait passer en espèces par le Coche de Bâle sauf les deux derniers quartiers d’Octobre et de Janvier que je lui ai envoyé en Lettres de Change sur Paris. Je me suis servi de cette dernière Voye pour ne pas m’exposer aux risques, vû que j’ai été informé du Directeur des Postes à Bâle que le Post Amt de cette dite Ville répond de l’envoi en cas d’infidélité oû de Négligence de ses propres gens, mais qu’il n’en répond pas en cas de Vol oû en cas d’autres Accidens supérieurs à ses soins.
Comme je viends de recevoir une Lettre de M. de Voltaire du pr ce de mois, par laquelle il me fait souvenir d’être exacte à lui payer ses quartiers aux termes échus et d’en exécuter à la Lettre les Ordres de S: A: S: et les Engagemens qu’Elle a pris avec lui, qu’il Lui a prêté son argent à quatre pour Cent pouvant le prêter à cinq suivant les Loix, que le Contract porte qu’il sera payé dans sa Maison sans aucuns frais, qu’en lui envoyant des Lettres de Change il se trouvoit dans le cas de les négocier avec beaucoup de frais, qu’il m’en enverra la Note des frais signée de son Banquier en me priant de les lui rembourser, je Vous suplie, Nosseigneurs, de vouloir bien m’honorer de Vos Ordres, si Vous jugés à propos de m’authoriser à envoyer audt sr de Voltaire les payemens, que je suis chargé de lui faire, en Nature par le Coche de Bâle aux risques de S: A: S: oû par Lettres de Change à raison d’un demi pour Cent pour les frais et en remboursant audt sr de Voltaire en même tems les frais de Négociation qu’il peut avoir, oû si Vous savés m’indiquer une autre Voye plus assurée et moins coûteuse, pour que je sache me régler en conséquence.
J’ai L’honneur d’être avec un profond Respect
Nosseigneurs
Votre trés humble et trés obéissant serviteur
Rose
à Colmar le 9e Avril 1771