1765-10-16, de Countess Katerina Petrovna Shuvalova à Voltaire [François Marie Arouet].

Je n'aurais jamais osé vous écrire, monsieur, sans la permission expresse que vous m'avez donné.
En effet née timide, je le suis encore plus quand je songe qu'il faut causer avec le plus grand homme qui peut-être ait jamais existé. Agréez, monsieur, les plus sincères remerciements pour toutes les bontés que vous avez eues pour nous. J'avoue que j'ai peu passé de jours en ma vie aussi agréablement que ceux que j'ai passés à Ferney. Je m'en souviendrais longtemps; et, jalouse de vos sentiments à mon égard, je reviendrai voir si le temps ne les aura point effacés ou affaiblis. Je ne suis qu'une femme, et par conséquent remplie de préjugés, mais croyez que votre estime et, si j'ose dire, votre amitié sont pour moi ce qu'il y a de plus précieux au monde. Que je serais enchantée d'apprendre que vos grands travaux n'altèrent ni votre santé délicate, ni vos bontés pour moi!

J'ai l'honneur d'être, monsieur, avec toute l'estime et la vénération possibles votre très humble et très obéissante servante

Comtesse de Schouvaloff