à Ferney 23 avril [1762]
Mon cher Colini j'ay différé longtemps à vous répondre sur le Cassandre.
J'ay voulu auparavant connaître moy même mon ouvrage; et pour le connaître il a fallu le faire jouer. J'ay fait venir le Kain à Ferney. Il a eu cette complaisance. J'ay vu l'effet de la pièce. C'est un très beau coup d'œil, ce sont des tableaux continuels. Mais aussi il demande des comédiens qui soient autant de grands peintres, et qui sachent se transformer en peintures vivantes. Le moment du bûcher fut terrible, les flammes s'élevaient quatre pieds au dessus des acteurs. Enfin c'est une tragédie d'une espèce toutte nouvelle. Les trois derniers actes sont absolument différents de la première esquisse que je pris la liberté d'envoyer à son altesse Electorale. Mais il s'en faut bien encor que je sois content. J'ay senti à la représentation qu'il manquait beaucoup de nuances à ce tableau. J'y travaille encore. Je vous prie de me mettre aux pieds de son altes. Elecr, moy et Cassandre. Si elle voulait me renvoyer mon ancien manuscrit je luy serais infiniment obligé. Il n'y aurait qu'à l'adresser à made Dufrenay à Strasbourg. Elle me le ferait tenir avec sûreté.