à Potsdam, ce 24 d'août 1743
Ainsi ce sera donc à Berlin que j'aurai le plaisir de voir l'Apollon français descendre de son Parnasse en ma faveur, et s'humaniser un peu avec la canaille prosaïque! Je vous prie, mon cher Voltaire, apportez avec vous bonne provision d'indulgence, et surtout qu'aucun grammairien ne mesure à la toise la longueur de nos phrases, et ne[nous] punisse de l'idiotise d'un solécisme. Vous verrez une troupe de comédiens qui se forment, une académie naissante, mais surtout beaucoup de personnes qui vous aiment et qui vous admirent.
Il n'y a point à Berlin d'âne de Mirepoix. Nous avons un cardinal, et quelques évêques dont les uns font l'amour par devant et les autres par derrière, plus versés dans la théologie d'Epicure que dans celle de saint Paul, par conséquent bonnes gens qui ne persécutent personne, et qui ne disposent précisément que des charges de marguillier, de chantre et auxquelles vous n'aspirez point.
Je vous montrerai de mes Mémoires ce que je croirai pouvoir vous montrer. Ils sont vrais, et par conséquent d'une nature à ne paraître qu'après le siècle.
Adieu, cher Voltaire; à revoir.
Federic