1742-12-27, de Voltaire [François Marie Arouet] à Claude Henri Feydeau, comte de Marville.

Monsieur,

J'ay eu l'honneur de passer chez vous pour vous remercier, et je vous ay aporté tout ce que les femmes de Didot et de Barois m'ont remis en conséquence de vos ordres.

Il est vray que Didot et Barois sont coupables de n'avoir jamais voulu purger cette édition subreptice malgré leurs paroles, et d'avoir débité des scandales que je les avois priez six mois entiers de supprimer, mais enfin ils n'avoient pas originairement imprimé ces pièces scandaleuses. Ils les tenirent du nommé Savoye, et celuy qui les a fournies est un nommé Henri qui n'est plus libraire, et qui demeure rue st Jacques. On m'avoit donné avis que toutes les chansons, et touttes les petites satires infâmes de l'année alloient paraître à la suitte de cette belle édition. J'en ay averti monsieur le comte de Maurepas, mais si l'on trouve ce recueil, ce sera probablement chez cet Henri.

A l'égard des Didot et des Barois, ils sont à votre miséricorde, et si je pouvois jamais me flatter d'avoir quelque crédit auprès de vous je l'emploierois à vous demander très humblement leur grâce.

Je suis avec respect et reconnaissance,

Monsieur,

votre très humble et très obéissant serviteur

Voltaire