1737-08-30, de Gabrielle Émilie Le Tonnelier de Breteuil, marquise Du Châtelet-Lomont à Nicolas Claude Thieriot.

Il est bien mal à moi, Monsieur, d'auoir été si longtems sans v͞s répondre quand i'ay vn remerciement à v͞s faire.
Ce n'est assurément pas faute de sensibilité p͞r la façon obligeante dont v͞s aués bien voulu rendre seruice à mon frère. Il m'en a paru infiniment satisfait, et v͞s deués être bien persuadé que ie partage sensiblement sa reconoissance. I'ay lu vne des lettres du p. royal à mr Rollin. Ie l'ay trouuée assés bien. Ie trouue cependt qu'il prodigue vn peu les louänges, mais il n'est pas encore dans l’âge où L'on destingue le bon de L'excellent. Ie n'ai pas vû la seconde, mais ie n'en aprouue pas vne troisième, v͞s me ferés plaisir de me mander si ce comerce continuë encore.

On me dit du bien d'une pièce de Boissy aux italiens. Ie suis fâchée que quelqu'un qui a tant d'esprit trauaille p͞r vn si mauuais théâtre. On dit du bien aussi d'un acte de Thalie. Ie comte que n͞s verrons tout cela en son tems.

Ne trouués v͞s pas qu'il est très beau au Cardinal d'auoir Laissé crier le nonce et d'auoir laissé débiter paisiblement le droit public.

On parloit de guerre ces jours passés. Ie ne sais trop ce qui en sera, et ie ne m’éloignerois pas de la croire, mais i'en serois très fâchée. Dit on ce que deuient l'abé Franquini? Ie m'intéresse a son sort et ie sais que v͞s v͞s intéressés aussi, ainsi ie v͞s serai bien obligée de m'en donner des nouuelles.

Adieu monsieur, soyés persuadé que l'on est très sensible à Cirey aux marques de votre souuenir, et que c'est auec grand plaisir qu'on y reçoit de vos nouuelles.