1777-11-20, de François Augustin Toussaint de Beaulieu de Barneville à Voltaire [François Marie Arouet].

Monsieur,

J'ai appris avec bien du plaisir le mariage de m. le mis de Villette avec mlle Devaricourt, et je suis très reconnaissant de la bonté que vous avez eue de m'en faire part. La réputation de la nouvelle mariée était très brillante à Paris. Tous ceux qui avaient eu le bonheur de la voir à Ferney avaient fort célébré ses charmes, ses grâces et sa pudeur. Elle vous doit tout son bonheur, à vous, monsieur, et à made Denis, et son bonheur en augmentera encore. Vous faites celui d'une famille respectable, vos jours sont marqués par de nouveaux bienfaits; votre corps devrait être immortel, votre mémoire ne périra jamais, et la postérité ne pourra décider qui l'emportait chez vous des qualités de l'esprit ou de celles de l'âme. Je ne doute point du bonheur de m. le marquis de Villette. Une femme prudente est plus précieuse que l'or; et dorénavant il doit vous regarder comme son dieu tutélaire, et en voyant à chaque instant son aimable épouse il doit répéter sans cesse, deus nobis hœc munera fecit.

M. Barthe est revenu de chez vous, monsieur, comblé de vos bontés. Il n'a point laissé ignorer la moindre circonstance de ce qu'il avait vu et entendu. On l'écoutait avidement comme de raison, et l'accueil distingué que vous avez daigné lui faire ne peut qu'ajouter à sa réputation. Il a vu chez vous le portrait de mr Turgot avec cette épigraphe glorieuse: ostendent terris hunc tantum fata. Le hasard m'ayant fait trouver dans une société avec cet ex-ministre, j'ai trouvé l'occasion de l'instruire de cette anecdote honorable pour lui. J'ignore si déjà il la savait, mais il a eu la politesse de paraître en être instruit pour la première fois. Il y a paru très sensible, très touché et a fait de vous l'éloge le plus vrai et le plus mérité. Il a aussi parlé de Cirey et de la chambre de Confucius &a.