18 Xbre 1775, à Fernei
L'homme de quatre-vingt deux ans, monsieur, à qui vous avez bien voulu envoyer des vers très au dessus de votre âge de dix-huit, vous remercie avec une extrême sensibilité.
Il est encore plus touché de votre mérite que des sentiments que vous lui témoignez. Votre épître est pleine de beaux vers écrits avec une facilité singulière. Je vois que vous ne connaissez pas la réponse au nom de Boileau par m. de la Harpe, qui a remporté tant de prix à l'Académie française. Elle est très belle et ne dépare pas la vôtre. Celle d'un polisson nommé Clément, dont vous daignez parler, a été reçue à Paris avec le mépris le plus avilissant, et ne méritait pas votre colère; mais assurément vous méritez ma reconnaissance.
Je prévois que vous aurez de grands succès en quelque genre de littérature que vous vouliez travailler, et je m'intéresse à vous autant que si mon âge me laissait espérer d'être le témoin de vos progrès.
J'ai l'honneur d'être, monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur
V.
Il serait à souhaiter, monsieur, que votre écriture fût aussi bonne que ce que vous écrivez. C'est un petit mérite, mais il n'est pas à négliger.