1759-11-04, de Voltaire [François Marie Arouet] à Jacques Abram Elie Daniel Clavel de Brenles.

Mon cher ami,

Le plaisir ne laisse pas de fatiguer.
Je vais me coucher à dix heures du matin: celà est comme vous dite d'un jeune homme de vingt cinq ans. Permettez que je ne vous réponde pas de ma main parce qu'elle est encor toute tremblante de la joye que j'ai eüe de voir joüer Mérope par Madame Denis, comme elle l'a été par Mlle Dumesnil dans son bon temps. Il ne manquait que vous à nos fêtes; j'espère que cet hiver nous viendrons vous enlever et Madame vôtre femme. Vous me direz peut être qu'il n'est pas fort honête d'avoir tant de plaisir dans le temps que les affaires de nôtre patrie vont si mal; mais c'est par esprit de patriotisme que nous adoucissons nos malheurs. Je vous dois sans doute des remerciements de m'avoir envoyé le porteur de vôtre Lettre. S'il ressemble à son frère j'aurai encor plus de remerciements à vous faire. Madame Denis vous fait mille compliments; je n'en peux plus; bonsoir à dix heures du matin.

Je vous embrasse bien tendrement.

V.