à Riquewir, le 8e septembre 1754
Monsieur!
… Comme il n'y a presque point [de] débouché dans les vins d'ici, ainsy que j'ai eu L'honneur d'observer cy devant à Votre Excellence, je prévois qu'il me sera impossible de me défaire, quant àprésent, d'une aussy grande quantité de vin qu'il me faudroit pour en tirer les sommes nécessaires pour payer Mr de Voltaire qui m'a prévenu d'avoir besoin de 7/m.lt dans le courrant de ce mois, lesquels je ne puis lui refuser, étant échus depuis le mois de juillet dr.
Ensorte que je serai obligé d'avoir recours à la caisse de mr de Turckheim oû à celle d'un autre Banquier pour une couple de mois, d'autant plus qu'il est inutil de penser à tirer de l'argent du paysan que vers la St Martin: j'ay audelà de 8000lt d'Exstances entre les mains des huissiers pour faire les poursuites contre les débiteurs, mais je ne suis pas plus avancé pour cela, la misère étant trop grande parmis le peuple, et je ne puis espérer de rétablir ma caisse que vers la fin de L'année, àmoins de vendre les vins de la seigneurie à vil prix, ce qui ne seroit pas convenable à ses intérêts.
Quoy qu'il en soit, je ne me vois pas autorisé par la lettre dont il a plu au Conseil de régence de S: A: Sme Monseigneur le Duc m'honorer le 23e août dr à négocier chez un Banquier la somme que je pourrai avoir besoin, sans quoy pourtant je n'oserois le faire, ce qui me mettra dans le cas de manquer à Mr de Voltaire à l'égard des 7/m.lt dont il demande le payement dans le courrant de ce mois, à moins que Votre Excellence ne juge àpropos de m'addresser un second ordre par lequel je sois autorisé de faire ladite négociation….
J'attends les ordres de Votre Excellence sur tous ces différents points aussitôt que faire se pourra et ay L'honneur d'être avec le plus profond Respect
Monsieur
De Votre Excellence
Le très humble et très obéissant serviteur
Flachsland