1749-06-18, de Voltaire [François Marie Arouet] à François Thomas Marie de Baculard d'Arnaud.

Mon cher enfant je ne fais je vous jure, qu'un cas très médiocre de ce petit ouvrage.
Comptez que je mets le prix aux bagatelles. Ce n'est pas que je n'en sente la difficulté, et c'est là ce qui m'humilie. Pourquoy faut il que ces niaiseries là soient encor si difficiles à faire? Mon enfant, tout est vain dans ce monde, et tout art est inépuisable. Tout cela est fort triste. Mais il faut se consoler d'être très peu de chose, car c'est là notre lot. Tâchons de nous amuser seulement. Il n'y a que cela de bon. Amusez vous donc si vous pouvez à Nanine. Voicy deux billets qui me restent. Si vous voulez d'ailleurs vous trouver chez Procope, je vous feray entrer, vous et vos amis, vos filles de joye, ou non de joye, partout où il vous plaira. Bon jour.

V.