1741-10-06, de Voltaire [François Marie Arouet] à Nicolas Claude Thieriot.

N'avez vous point reçu des lettres de Berlin qui terminent l'affaire de votre pension et mr du Mollard n'a t'il pas de son côté reçu une nouvelle invitation?
Je juge par tout ce qu'on m'écrit que tout cela doit être fait.

Monsieur de Maupertuis vous dira sans doute qu'il est prié de venir occuper encore son bel apartement du palais de Berlin. Pour moy quelque flatteur que soit tout ce qu'on me propose, quelque doux qu'il soit de vivre auprès d'un roy puissant qui daigne m'aimer et qui cultive luy même les arts aux quels j'ay consacré ma vie, je ne balance pas à donner la préférence à l'amitié. Je suivray madame du Chastellet à Cirey, au lieu d'aller voir le roy de Prusse. Je sçai que je suis un peu persécuté dans ma patrie mais L'amitié console des persécutions et tient lieu des rois. C'est à Mr Gresset à remplir ma place à Berlin; il l'occupera mieux que moy, il est jeune, il a de la santé, et s'il n'est pas retenu par des engagements qui deviennent des devoirs je ne doute pas qu'il ne prenne ce party. Je ne crois pas être à Paris avant le mois de décembre. Instruisez moy donc en attendant de l'état de vos affaires.

Le sr Michel m'emporte trente deux mille cinq cent livres, soit en rentes, soit en argent comptant, mais je le crois plus à plaindre que moy. Il vivoit splendidement du bien d'autruy, et il sera réduit à ne le dépenser qu'à la sourdine.

Je suis très fâché qu'on ait imprimé ces réflexions d'un Seigneur polonois sur l'histoire de Charles douze, et le Seigneur polonais doit n'en être pas trop content, mais si cette tracasserie ne retombe pas sur vous je suis tout consolé. Je vous embrasse.

V.