à Ferney 22e 9bre 1773
Le vieux malade perd aujourd'hui mr De Florianet, après avoir perdu mr et made De Florian; et il passe sa vie dans son lit depuis qu'on ne peut plus aller au petit Ferney.
Sa consolation est dans l'espérance de la guérison parfaitte du serin. Il espère que sa première Lettre adressée au château de Florian vous sera à la fin parvenue, quoique nous aions oublié de mettre l'adresse, par Sauve.
Vous allez avoir à Montpellier mr Rillet avec sa nouvelle femme. Vous pourez faire ensemble une partie quarrée.
Mr De Florianet poura vous conter les avantures des recrues qu'il a faittes pour le Roi dans nôtre païs. Il s'est trouvé qu'il avait engagé des déserteurs, car nous n'avons que de ces gens là, et le pauvre petit en a été pour son argent.
Madame La comtesse d'Artois est arrivée dans le païs des tracasseries. Les plaisirs n'y ont pas aporté la paix. Ceux qui aiment le changement attendent de nouveaux ministres pour le mois de Décembre, mais ils pouront bien être attrapés.
On va juger au parlement l'affaire de mr Goesman. Paris qui ne s'en soucie guères court aux marionettes.
Vous savez le sort d'Abbeville. La providence a vengé le sang du chevalier de La Barre. Quatre cent personnes (dit-on) ont été écrasées par l'éffet d'un magazin à poudre qui a sauté en l'air. C'est domage que Mr Pâquier n'ait pas été là.
Je vous ai mandé, mon cher ami, ce que je savais de ce malheureux vaisseau l'Hercule. Labat s'est bien donné de garde de m'en donner des nouvelles; peut être vous écrira t-il. Je vois que les Français ne sont pas heureux dans l'Inde. Les Anglais ne font pas tant de chansons que nous, mais ils font mieux leurs affaires. Le Roi de Prusse fait encor mieux les siennes. Il est paisible possesseur de la Prusse Polonaise. Il y creuse des canaux, il joint ensemble quatre grandes rivières, paie son monde régulièrement, et ne doit rien à personne.
Adieu, mon cher ami, ramenez nous nôtre serin avec toutes ses jolies plumes que je baise très respectueusement.
V.