18 janvier 1768
Je n'aurai point de repos, mon cher ami, que je ne sache l'issue de votre affaire.
Je ne comprends rien à m. de Sauvigni. Je l'ai reçu de mon mieux chez moi, lui, sa femme et son fils. Madame de Sauvigni m'a donné sa parole d'honneur qu'elle travaillerait à vous faire donner une pension, si vous conserviez la place que vous avez exercée si longtemps. Cela ne s'accorde point avec une persécution. Madame de Sauvigni, d'ailleurs, semblait avoir quelque intérêt de ménager mon amitié. Elle sait combien j'ai été sollicité par son frère, qu'elle a forcé de se réfugier en Suisse; elle sait que j'ai arrêté les factums qu'on voulait faire contre elle.
J'ai prévu dès le commencement que m. le duc de Choiseul ne se mêlerait point de cette affaire, puisqu'il m'a répondu sur quatre articles, et qu'il n'a rien dit sur celui qui vous regarde, quoique j'eusse tourné la chose d'une manière qui ne pouvait lui paraître indiscrète: en un mot, je suis affligé au dernier point. Mandez moi au plus vite où vous en êtes.
M. Boursier demande s'il y a sûreté à vous envoyer l'ancien ouvrage de Saint-Hyacinthe.
Vraiment on serait enchanté d'avoir le petit livre qui prouve que le clergé n'est point le premier corps de l'état. Il l'est si peu, qu'il n'a assisté aux grandes assemblées de la nation que sous le père de Charlemagne.
Je ne vous embrasserai qu'avec douleur jusqu'à ce que je sache que vous ayez la place qui vous est due.
Adieu, mon cher ami.