1761-06-15, de Voltaire [François Marie Arouet] à Étienne Noël Damilaville.

Il ne faut pas rire, rien n'est plus certain que c'est un homme de l'académie de Dijon qui a fait cette drôlerie.
Il est fort connu de mde Denis, et cette madame Denis, quoique fort douce, mangerait les yeux de quiconque voudrait supprimer la tirade des romans, surtout dans un second acte.

J'ai trouvé moi qui suis très pudibond que les jeunes demoiselles que leurs prudentes mères mènent à la comédie, pourraient rougir d'entendre un bailli qui interroge Collette et qui lui demande si elle est grosse. Je prierai mon Dijonnais d'adoucir l'interrogatoire.

Je remercie infiniment m. Diderot de m'envoyer un bailli qui sans doute vaudra mieux que celui de la pièce. Je crois qu'il faut qu'il soit avocat, ou du moins qu'il soit en état d'être reçu au parlement de Dijon; en ce cas je l'adresserais à mon conseiller qui me doit au moins le service de protéger mon bailli. Sûrement un homme envoyé de la part de m. Diderot est un philosophe et un homme aimable. Il pourrait aisément être juge de sept ou huit terres dans le pays, ce qui serait un petit établissement.

Je ne sais pas trop comment frère Thiriot s'ajuste avec les excommuniés du sr Le Dain. Frère Thiriot ne doit pas paraître. Je m'en rapporte à lui, il est sage.

J'ai mis mes prêtres à la raison. Evêque, official, promoteur, jésuites, je les ai tous battus; et je bâtis mon église comme je le veux, et non comme ils le voulaient. Quand j'aurai mon bailli philosophe, je les rangerai tous. Je suis bienfaiteur de l'église, je veux m'en faire craindre et aimer. Je lève les mains au ciel pour le salut des frères.

V.

Frère Thiriot a-t-il le diable au corps de proposer qu'on imprime à Geneve la conversation du cher Grizel?