[22 November 1755]
Monsieur,
Puisque vous daignez me parler de mes faibles ouvrages, j'ai l'honneur de vous en présenter un qui est au moins corrigé à l'impression, et tel qu'il a été représenté depuis peu à Paris.
Le peu de cas que j'ay toujours fait de ces amusements m'a toujours empêché d'envoier mes ouvrages aux personnes que je respecte le plus. Mais vous me pardonerez de vous offrir un hommage si peu digne de vous.
Monsieur de Montpérou m'avait dit que monsieur le premier sindic de Geneve vous avait écrit. Je suis presque toujours malade dans mon lit, je vais très rarement à Geneve et monsieur de Montpérou n'était pas bien informé.
Au reste monsieur, voicy dequoy il s'agit. Le conseil de Geneve a eü la bonté de me promettre qu'il empécheroit dans son territoire le débit public de je ne sçai quelle repsodie intitulée le poème de la pucelle d'Orléans qu'un nommé Maubert est allé faire imprimer en Hollande ou en Allemagne. Je cherchais une protection pour obtenir de vous monsieur la même grâce, et je vois par la lettre dont vous m'honorez qu'on n'a pas besoin auprès de vous, de sollicitation. Au reste je crois que cet ouvrage fabriqué en partie par ce Maubert périra de luy même, et que les œuvres publiéez par un tel homme ne feront pas grand bruit. Dèsque les maladies qui m'accablent me permettront de changer de solitude, je viendray à Monrion pour être à portée de vous assurer des sentiments de reconaissance avec les quels j'ay l'honneur d'être
Monsieur,
Votrès humble et très obéissant serviteur
Voltaire