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        <title>Mémoires de l’abbé Le Gendre</title>
        <author key="Le Gendre, Louis (1655-1733)">Louis Le Gendre</author>
        <editor key="Lecercle, François (1950-....)">François Lecercle</editor>
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        <edition>OBVIL</edition>
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          <name>Doranne Lecercle</name>
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          <name>Chiara Mainardi</name>
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        <publisher>Université Paris-Sorbonne, LABEX OBVIL</publisher>
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          <licence target="http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/3.0/fr/"><p>Copyright © 2014 Université Paris-Sorbonne, agissant pour le Laboratoire d'Excellence « Observatoire de la vie littéraire » (ci-après dénommé OBVIL).</p><p>Cette ressource électronique protégée par le code de la propriété intellectuelle sur les bases de données (L341-1) est mise à disposition de la communauté scientifique internationale par l'OBVIL, selon les termes de la licence Creative Commons : « Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 3.0 France (CC BY-NC-ND 3.0 FR) ».</p><p>Attribution : afin de référencer la source, toute utilisation ou publication dérivée de cette ressource électroniques comportera le nom de l'OBVIL et surtout l'adresse Internet de la ressource.</p><p>Pas d'Utilisation Commerciale : dans l'intérêt de la communauté scientifique, toute utilisation commerciale est interdite.</p><p>Pas de Modification : l'OBVIL s'engage à améliorer et à corriger cette ressource électronique, notamment en intégrant toutes les contributions extérieures. La diffusion de versions modifiées de cette ressource n'est pas souhaitable.</p></licence>
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        <bibl><author>Louis Le Gendre</author>, <title>Mémoires de l’abbé Le Gendre</title>, <pubPlace>Paris</pubPlace>, <publisher>Charpentier</publisher>, <date>1865</date>.</bibl>
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      <head>Chanoine <term type="Autorité" rend="Louis">Louis</term> LE GENDRE, <hi rend="i">Mémoires de l’abbé Le Gendre</hi></head>
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        <head><hi rend="i">Mémoires de l’abbé Le Gendre</hi><note resp="editor" place="bottom">[NDE] Les mémoires de l’abbé <term type="Autorité" rend="Louis">Louis</term> Le Gendre (1655-1733), rédigés à la fin de sa vie, n’ont été publiés qu’en 1863 : Chanoine <term type="Autorité" rend="Louis">Louis</term> LE GENDRE, <hi rend="i">Mémoires de l’abbé Le Gendre, chanoine de Notre-<term type="Femme" rend="Dame">Dame</term>..., abbé de Clairfontaine, publiés d’après un manuscrit authentique, avec des notes historiques, biographiques et autre, par M. Roux</hi>, Paris, Charpentier, 1863, 420 p. Le passage cité, sur les dessous de l’affaire Caffaro, se situe au Livre IV, p. 189-194. </note></head>
        <p><pb n="189" xml:id="p189"></pb>(1694.) En ce temps-là parut une lettre en faveur de la <term type="Théâtre" rend="Comédie">comédie</term>, lettre assez bien écrite et si ample, qu’elle pouvait passer pour un traité. Il y avait de l’érudition, de l’ordre, de l’arrangement. Tout estimable qu’elle fût, elle serait tombée dans l’oubli, si malicieusement on ne l’eût dénoncée à M. de Harlay. On crut que c’étaient les <term type="Religion" rend="Jésuite">jésuites</term> qui lui avaient tendu ce piège pour se venger de lui en l’exposant ou aux <term type="Spectacle" rend="Satire">satires</term> des libertins, s’il condamnait la <term type="Théâtre" rend="Comédie">comédie</term>, ou aux <term type="Morale_Négative" rend="Reproche">reproches</term> des dévots, s’il ne la condamnait pas. </p>
        <p></p>
        <p>Y a-t-il du mal à aller à la <term type="Théâtre" rend="Comédie">comédie</term> ? Le oui et le non ont des raisons si apparentes que je n’ai garde de décider. Je serais même récusable, car d’inclination j’aurais du goût pour y aller si la bienséance le permettait à un homme de ma profession, aussi connu que je suis et <pb n="190" xml:id="p190"></pb>dans la <term type="Lieu_des_spectacles" rend="Place">place</term> que je tiens. Les forces de l’esprit sont bornées comme celles du corps, et, pour reprendre le travail avec vivacité, il faut nécessairement se délasser par quelque chose qui amuse et qui divertisse. Or, est-il un délassement plus <term type="Qualité_Positive" rend="Utile">utile</term> et plus <term type="Autorité" rend="Innocent"><term type="Qualité_Positive" rend="Innocent"><term type="Autorité" rend="Innocent">innocent</term></term></term> que celui de la <term type="Théâtre" rend="Comédie">comédie</term>, disent ses défenseurs, puisqu’elle n’est autre chose, à la regarder en <term type="Société" rend="Général">général</term>, qu’une <term type="Spectacle" rend="Représentation">représentation</term> naïve d’un événement <term type="Qualité_Positive" rend="Agréable">agréable</term>, assaisonné d’une <term type="Spectacle" rend="Satire">satire</term> fine et douce pour la correction des mœurs ? Les anciens <term type="Droit" rend="Législateur">législateurs</term> qui ont inventé le <term type="Spectacle" rend="Spectacle">spectacle</term> ont moins songé à amuser ceux de leurs citoyens qui vivaient dans l’oisiveté qu’à instruire le <term type="Société" rend="Peuple">peuple</term> en le portant, par des exemples, à la <term type="Morale_Négative" rend="Haine"><term type="Passion" rend="Haine">haine</term></term> du <term type="Morale_Négative" rend="Vice"><term type="Passion" rend="Vice">vice</term></term> et à l’<term type="Passion" rend="Amour">amour</term> de la <term type="Morale_Positive" rend="Vertu">vertu</term> : et effectivement, rien ne peut plus contribuer à guérir l’homme de ses défauts que de les exposer, comme on fait dans la <term type="Théâtre" rend="Comédie">comédie</term>, à la risée et à la censure <term type="Spectateur" rend="Public">publique</term>. Ces peintures satiriques font un tout autre effet que les exhortations les plus pathétiques ; tel qui est <term type="Passion" rend="Vicieux">vicieux</term> ne veut pas être ridicule. Le but de la <term type="Théâtre" rend="Comédie">comédie</term> n’est pas moins de corriger que de divertir. </p>
        <p>L'ancienne <term type="Théâtre" rend="Comédie">comédie</term>, contre laquelle les <term type="Religion" rend="Concile">conciles</term> et les <term type="Autorité" rend="Pères"><term type="Religion" rend="Père">Pères</term></term> ont tant fulminé, était d’une turpitude à ne le pouvoir exprimer. Loin d’y garder les bienséances, la pudeur y était offensée par des postures <term type="Qualité_Négative" rend="Infâme">infâmes</term> et par des <term type="Spectacle" rend="Représentation">représentations</term> que les gens les plus <term type="Morale_Négative" rend="Déréglé">déréglés</term>, s’ils ne sont pas de la lie du <term type="Société" rend="Peuple">peuple</term>, condamneraient eux-mêmes aujourd’hui. L'éloquence des <term type="Religion" rend="Saint">saints</term> <term type="Autorité" rend="Pères"><term type="Religion" rend="Père">Pères</term></term> et la véhémence de leur zèle ne pouvaient être mieux employées qu’à décrier ces <term type="Morale_Négative" rend="Infamie">infamies</term> ; mais autant cette <term type="Théâtre" rend="Comédie">comédie</term> était <term type="Morale_Négative" rend="Abominable">abominable</term>, autant celle d’aujourd’hui est-elle <term type="Qualité_Positive" rend="Modeste">modeste</term> et retenue. Ce n’est point, comme était l’ancienne, une école d’<term type="Qualité_Négative" rend="Impudicité">impudicité</term> ; on n’y voit ni <pb n="191" xml:id="p191"></pb>postures ni actions indécentes, les paroles libres en sont bannies et c’en serait assez pour faire siffler et choir la pièce la plus excellente, s’il y avait, même en petit nombre, des <term type="Qualité_Négative" rend="Équivoque">équivoques</term> grossières. Si dans la <term type="Théâtre" rend="Comédie">comédie</term> moderne il ne se trouve ni paroles ni actions qui soient contre les <term type="Qualité_Positive" rend="Bon">bonnes</term> mœurs, ne serait-ce point être trop sévère que de la proscrire absolument ? Ainsi parlent des gens qui ne sont point d’ailleurs d’une morale relâchée. </p>
        <p>D’autres soutiennent au <term type="Morale_Négative" rend="Contraire">contraire</term> que la <term type="Théâtre" rend="Comédie">comédie</term> d’aujourd’hui, tout épurée qu’elle est des <term type="Morale_Négative" rend="Infamie">infamies</term> de l’ancienne, est encore une école très dangereuse, et que ce qu’on y voit et ce qu’on y entend ne peut que corrompre les mœurs ; et effectivement on y voit et on y entend tout ce qui peut fasciner les yeux, tout ce qui peut charmer les oreilles, tout ce qui peut séduire le cœur. La magnificence du <term type="Spectacle" rend="Spectacle">spectacle</term>, la parure des <term type="Femme" rend="Femme">femmes</term> qui s’y trouvent, la parure des <term type="Femme" rend="Comédienne"><term type="Acteur" rend="Comédien">comédiennes</term></term>, la peinture vive des <term type="Religion" rend="Passion">passions</term> qu’on y représente, nommément celle de l’<term type="Passion" rend="Amour">amour</term>, qui règne dans toutes les pièces, sont autant d’objets dangereux qui laissent dans l’esprit et dans le cœur des <term type="Spectateur" rend="Spectateur">spectateurs</term> des sentiments de volupté et des impressions qui les disposent peu à peu d’abord au relâchement, ensuite au libertinage. La <term type="Théâtre" rend="Comédie">comédie</term> moderne, tout épurée qu’elle est, étant une occasion prochaine et quasi inévitable de <term type="Religion" rend="Péché">péché</term>, comment, disent ces censeurs, peut-on permettre d’y aller ? Comment, au <term type="Morale_Négative" rend="Contraire">contraire</term>, peut-on ne pas le défendre ? </p>
        <p>Ces raisons sont fortes ; cependant, comme elles ne sont pas sans réplique, M. l’<term type="Religion" rend="Archevêque">archevêque</term>, aussi fin que les <term type="Religion" rend="Jésuite">jésuites</term> qui cherchaient à l’embarrasser, ne voulant s’exposer ni aux railleries des gens du monde, ni aux <pb n="192" xml:id="p192"></pb><term type="Morale_Négative" rend="Reproche">reproches</term> des dévots, trouva un tempérament qui fut de ne point condamner la lettre, mais de punir le théatin qui en était l’auteur. Ce théatin était le <term type="Religion" rend="Père">Père</term> Caffaro, <term type="Société" rend="Fils">fils</term> d’un Sicilien qui avait fait révolter Messine, en 1675, et qui l’avait livrée au <term type="Autorité" rend="Roi"><term type="Société" rend="Roi">roi</term></term>. Les conjonctures, quatre ans après, ayant obligé le <term type="Autorité" rend="Roi"><term type="Société" rend="Roi">roi</term></term> d’en retirer ses troupes, la <term type="Société" rend="Famille">famille</term> de Caffaro se réfugia en France, où elle a subsisté des pensions que la cour lui donna. J'ai connu le marquis, le théatin et le <term type="Société" rend="Chevalier">chevalier</term> ; c’étaient de fort <term type="Qualité_Positive" rend="Bon">bonnes</term> gens qui ne manquaient point de mérite ; le <term type="Religion" rend="Religieux">religieux</term> était celui qui semblait en avoir le plus. </p>
        <p>Ce <term type="Religion" rend="Père">Père</term> était en liaison avec le poète Boursault. La liaison venait de ce qu’ils mangeaient souvent ensemble dans une maison de qualité, et de ce que Boursault avait un <term type="Société" rend="Fils">fils</term> théatin. C’était ce poète qui avait excité le <term type="Religion" rend="Père">Père</term> à mettre la main à la plume, pour prouver qu’il n’y a point de mal à aller à la <term type="Théâtre" rend="Comédie">comédie</term>. A parler juste, c’était le poète lui-même qui avait mis la main à la plume ; le <term type="Religion" rend="Père">Père</term> fournit les matériaux et le poète les mit en œuvre. La lettre ne fut faite que pour être à la tête des ouvrages de Boursault. Je ne sache point l’avoir vue imprimée ailleurs. Quelques railleries qu’aient faites de ce poète ses ennemis et ses jaloux, on ne peut nier qu’il n’eût de l’esprit ; en lui tout coule de source. Quoiqu’il ne sût ni <term type="Nationalité" rend="Grec">grec</term> ni latin, il n’avait pas laissé de faire des pièces fort estimées ; son Ésope à la cour a de grandes beautés. </p>
        <p>Le poète et le <term type="Religion" rend="Père">Père</term> étaient fort irrités sans savoir de qui se venger, lorsqu'ils apprirent que la lettre avait été lue tout entière à l’Académie, et que, pour les sentiments autant que pour les expressions, on l’y avait fort critiquée. L’un et l’autre conclurent de là que c’étaient <pb n="193" xml:id="p193"></pb>vraisemblablement les académiciens qui l’avaient déférée à M. l’<term type="Religion" rend="Archevêque">archevêque</term> ; ils s’en prirent à eux. On ignorait encore que c’étaient les <term type="Religion" rend="Jésuite">jésuites</term> qui avaient ourdi cette trame. Le <term type="Religion" rend="Père">Père</term> et le poète étaient d’ailleurs aigris ; le poète, contre l’Académie, parce qu’il n’en était pas, quoiqu’il eût vivement postulé longtemps pour en être ; et le <term type="Religion" rend="Père">Père</term>, contre des académiciens qui, le trouvant en compagnie, l’avaient raillé sur son langage. Il parlait un jargon mêlé de sicilien et de <term type="Nationalité" rend="Français">français</term>. </p>
        <p>Dans ces dispositions le <term type="Religion" rend="Père">Père</term> et le poète se joignirent à gens qui étaient après à critiquer le Dictionnaire de l’Académie. I1 n’y avait guère qu’un mois ou deux que l’Académie en corps avait présenté au <term type="Autorité" rend="Roi"><term type="Société" rend="Roi">roi</term></term> ce fameux dictionnaire où elle travaillait depuis plus de cinquante ans. La critique en parut sous ce titre : Dictionnaire des halles, comme si l’on eût voulu dire que celui de l’Académie ne pouvait guère être d’usage que pour les harengères et pour les crocheteurs. C’était un <term type="Morale_Négative" rend="Reproche">reproche</term> qu’on faisait à l’Académie d’avoir farci son dictionnaire de proverbes populaires, de quolibets et de rébus. Une autre chose qui a aidé à décrier ce dictionnaire est l’emploi des locutions plates et des définitions louches qu’on y remarque à chaque page. D’ailleurs, étant fait par racines et non par ordre alphabétique, bien des gens ne s’en accommodaient point, parce qu’ils avaient peine à distinguer les mots primitifs d’avec les mots composés. Pour un livre de cette importance, peut-être n’en fut-il jamais qui ait eu une plus malheureuse destinée. Quoique une compagnie dans laquelle il y a toujours eu des gens de lettres d’un grand mérite ait mis cinquante ans à le faire, il est tombé, dès qu’il parut, dans l’oubli et dans le <term type="Morale_Négative" rend="Mépris">mépris</term> si fort qu’on n’ose le citer ; aussi dit-on que les illustres <pb n="194" xml:id="p194"></pb>n’y avoient pris que peu de part et que c’est l’ouvrage des jetonniers. Nous avons dit ailleurs qui sont ceux à qui on donne ce sobriquet. Ces jetonniers, ayant su à force de fureter que le <term type="Religion" rend="Père">Père</term> Caffaro s’était vanté à ses amis d’avoir eu part à la critique et que le tiers était de lui, accoururent à l’archevêché y demander <term type="Droit" rend="Justice">justice</term> avec un empressement qui fit rire M. l’<term type="Religion" rend="Archevêque">archevêque</term>. Quoiqu’il fût de l’Académie, loin d’être disposé à venger le dictionnaire, il désapprouvait fort qu’on l’eût mis au jour, et disait que c’était pitié de croire qu’on pût faire <term type="Qualité_Positive" rend="Honneur">honneur</term> d’un ouvrage si médiocre à un corps d’un aussi grand nom. </p>
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