Il en avait un magasin d’ébauchés par la quantité de petites farces qu’il avait hasardées dans les Provinces ; et la Cour et la Ville lui présentaient tous les jours des originaux de tant de façons, qu’il ne pouvait s’empêcher de travailler de lui-même sur ceux qui frappaient le plus. […] Et si j’avais des ouvrages à faire, j’y travaillerais avec tranquillité, et peut-être seraient-ils moins remplis que les vôtres de choses basses et triviales ; car vous avez beau faire, vous ne sauriez quitter le goût de la farce. […] Qu’est-ce qu’il veut dire avec son halaba, balachou, ajoutait Mr le Duc de *** ; le pauvre homme extravague : Il est épuisé, si quelque autre Auteur ne prend le théâtre il va tomber : Cet homme-là donne dans la farce Italienne. […] Le peuple ne cherchait que la farce, et négligeait ce qui était au-dessus de sa portée.
Cessez sur-tout de donner à votre genre le titre fastueux de genre philosophique, parceque je vous prouverai, lorsque vous le voudrez, qu’il y a plus de philosophie dans la moindre des farces de Moliere (ces productions si méprisées par vous), que dans toutes les pieces qui ont paru depuis la mort de ce grand Homme.
Quelle excellente farce, où triomphe enfin le bon sens personnifié dans l’honnête homme de père si justement indigné des pommades, du lait virginal et du haut style 286 !
Ce qui y domine, ce sont, comme dans nos anciennes farces, les railleries contre les maris, contre les femmes et contre le mariage.
Ils commencent par les transformer en grosses farces très épicées, très cyniques, comme l’exigeait le goût d’un public encore grossier. […] Il n’a fait grâce à aucun des chefs-d’œuvre de l’auteur français, ni au Tartuffe, ni au Misanthrope, ni aux Femmes savantes : « Molière, disait-il, n’a réussi que dans le comique burlesque ; son talent, de même que son inclination, était pour la farce… La réputation classique de Molière maintient ses pièces au théâtre, quoiqu’elles aient sensiblement vieilli pour le ton et pour la peinture des mœurs. […] Il recule son point de départ bien au delà de l’époque présente, comme pour mieux s’assurer qu’il est dans la tradition nationale ; il prend pied le plus loin qu’il peut ; il s’essaye tout simplement, et comme s’il n’était que le plus ignorant des histrions populaires, dans la vieille farce telle que le XVIe siècle l’avait transmise au XVIIe siècle, c’est-à-dire un peu transformée par l’influence italienne, qui lui avait donné plus de mouvement et de pétulance bouffonne. […] « II fit des farces, dit de Vizé, qui réussirent un peu plus que des farces, et qui furent un peu plus estimées dans toutes les villes que celles que les autres comédiens jouaient. » Il n’y renonça pas, lors même qu’il fut installé à Paris, et l’on retrouve dans le journal de la troupe les titres d’un certain nombre de ces facéties dont le public parisien, à ce qu’il semble, ne s’accommodait pas plus mal que le public provincial. […] Sganarelle est dans ces conditions, et quoique Molière doive bientôt prendre son essor fort au delà de ces rôles à physionomies connues, revenant toujours les mêmes dans des actions différentes, il est certain que sa pensée était alors de s’approprier celui-ci et de le faire reparaître souvent ; nous ne tarderons pas à le revoir. » Sainte-Beuve ajoute : « Né probablement du théâtre italien, employé de bonne heure par Molière dans la farce du Médecin volant, introduit sur le théâtre régulier en un rôle qui sent un peu son Scarron, il se naturalise comme a fait Mascarille ; il se perfectionne vite et grandit sous la prédilection du maître.
Les Fourberies de Scapin ne sont qu’une farce et ne se donnent que pour une farce sans aucune prétention ni intention. […] II y avait peu de raisons pour que Rousseau y songeât ; car ce n’est qu’une farce ; il n’y en avait guère pour qu’il l’attaquât. […] On conviendra que Molière n’était point par son public excité à viser haut et était plutôt par son public vivement ramené à la farce. […] Mais cela n’est qu’une farce. […] Non ; par une farce jouée aux précieuses par leurs amants dédaignés.
. — Il a lutté avec les médecins jusqu’à la mort ; s’il était fatigué, il se rejetait avec délices dans l’antiquité, objet de ses études, et dans la vieille farce française qui devait lui rappeler souvent sa vie errante ! […] En fait de farce, il nous a donné plus de héros que tout le théâtre espagnol, si fécond, n’en trouva jamais : Sganarelle, Orgon, Scapin, les uns vieux, les autres jeunes, espiègles, imbéciles, ivrognes, amoureux, pendards ; et enfin M. de Pourceaugnac ! […] On passe, il est vrai, sa vie à la cour, oui, mais on est compté à peine comme un homme ; on coudoie, en rougissant, ces grands seigneurs dont on est à peine le jouet d’une heure ; absolument il faut amuser ces esprits qui s’ennuient, il faut plaire à ces intelligences parfois très lentes ; plus d’une fois il faut appeler la farce à son aide, et devenir un bouffon, quand on se sent un philosophe. […] Si parfois il improvisait quelques scènes détachées, c’était, faute de mieux, et en attendant quelque farce nouvelle des grands faiseurs. […] Voltaire a grand tort d’appeler Le Mariage forcé une farce ; c’est, bel et bien, une comédie pleine de goût autant que de gaieté, et dans laquelle on retrouve, à plusieurs reprises, toutes les hardiesses sensées de Molière.
Mais, au-dessous de ces noms ; il faut dégringoler jusqu’à Brueys, dont L’Avocat Pathelin prévaut ici sur La Vraie Farce de Me Pathelin ; jusqu’à Dallainval (L’École des bourgeois) ; jusqu’à Andrieux (Les Étourdis) ; jusqu’à J.
Voir le Récit en prose et en vers de la Farce des Précieuses (Paris, 1660), cité par Aimé Martin.