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3. (1866) Petite comédie de la critique littéraire, ou Molière selon trois écoles philosophiques « Première partie. — L’école dogmatique — Chapitre III. — Du drame comique. Méditation d’un philosophe hégélien ou Voyage pittoresque à travers l’Esthétique de Hegel » pp. 111-177

S’il fit descendre la tragédie des hauteurs de l’impersonnalité divine dans des régions plus humaines et plus personnelles, il ne creusa pas profondément la personnalité de l’homme. […] L’analyse du cœur humain, la peinture des caractères remplacèrent sur la scène l’antique guerre des Dieux. […] En outre, Alceste a beau être brouillé avec le genre humain, il tombe dans les filets d’une femme, il aime, et il serait tout disposé à augmenter légalement avec Célimène le nombre de ces exécrables humains, « pires que des loups, des vautours ou des singes malfaisants ». […] Ils savent combien vaine est la lutte que la folie humaine ose engager contre eux. […] Cette harmonie se réalise par l’union de la nature divine et de l’individualité humaine.

4. (1884) La Science du cœur humain, ou la Psychologie des sentiments et des passions, d’après les oeuvres de Molière pp. 5-136

Il n’y a pas d’autre cause à la diversité de la morale dans l’espèce humaine, question qui a toujours occupé les philosophes. […] Il a flatté deux passions puissantes du cœur humain : l’orgueil et la vanité. […] Si la nature humaine, hélas ! […] Celle qui est basée sur l’imperfection de la nature humaine mérite d’être citée. […] Dans la science du cœur humain, répéterai-je encore ici, il est bien difficile de surprendre Molière en défaut.

5. (1901) Molière moraliste pp. 3-32

N’est-il pas vrai que les médecins, au temps de Molière, ne connaissaient guère l’organisme humain ? […] Il croit aux progrès de la pensée humaine, s’appuyant chaque jour sur l’expérience. […] Derrière les grilles, la personne humaine cesse d’être libre, la femme voit sa beauté se faner sans profit, son âme se dessécher ou s’abêtir. […] « Faites votre devoir », dit encore Molière à tous les humains. […] C’est cette relativité dans la conception d’une vertu humaine qui me semble donner à la morale de Molière une valeur incomparable et définitive au point de vue positif.

6. (1772) De l’art de la comédie. Livre second. De ses différents genres (1re éd.) [graphies originales] « CHAPITRE XXXV. Du contraste des Caracteres. » pp. 386-397

« Oui : mais qu’un homme de génie s’en empare, qu’il donne à Philinte autant de sang froid, de fermeté, d’éloquence, d’honnêteté, d’amour pour les hommes, d’indulgence pour leur foiblesse, qu’un ami véritable du genre humain en doit avoir ; & tout-à-coup, sans toucher au discours d’Alceste, vous verrez le sujet de la piece devenir incertain. […] Vous voulez un grand mal à la nature humaine ! […] Et par fois il me prend des mouvements soudains De fuir dans un désert l’approche des humains. […] des mœurs du temps mettons-nous moins en peine, Et faisons un peu grace à la nature humaine ; Ne l’examinons point dans la grande rigueur, Et voyons ses défauts avec quelque douceur. […] Tous deux détestent presque également les humains : ils ne sont différents que par la maniere dont ils haïssent.

7. (1862) Molière et ses contemporains dans Le Misanthrope (Revue trimestrielle) pp. 292-316

Aussi est-il peu d’œuvres capitales spécialement consacrées à la peinture des mœurs et du cœur humain, qui n’aient subi ce travail d’investigation, cette analyse, parfois quelque peu indiscrète et souvent entachée d’exagération. […] Le poète comique puise .ses inspirations à deux sources différentes : l’une, la société qui l’entoure, avec ses ridicules et ses vices particuliers ; l’autre, le fond invariable -de la nature humaine. D’une part, s’élevant au-dessus des scènes de la vie réelle, il étudie l’homme dans sa partie éternelle et invariable, indépendante de l’influence d’un siècle ni d’un pays ; de l’autre, saisissant le côté mobile et fugitif de la nature humaine, il vivifie ses conceptions par les traits piquants de l’observation, pour donner ¡aux physionomies dramatiques un cachet d’actualité. […] En épousant Armande, dont il nous fait un portrait si gracieux et si piquant dans Lucile du Bourgeois gentilhomme, Armande élevée sous ses yeux et par ses soins, il croyait assurer le bonheur de sa vie, oubliant, lui le profond connaisseur du cœur humain, que la reconnaissance ne tient pas lieu d’amour37. […] Dans ce désolant tableau de la cour et des courtisans, ne reconnaissez-vous pas cet esprit observateur qui a vu de près le néant des grandeurs humaines 41 ?

8. (1881) Molière et le Misanthrope pp. 1-83

Elle ne m’éloigne pas trop de mon sujet, puisqu’il s’agit de La Bruyère, qui nous a laissé, lui aussi, une comédie humaine intéressante encore, pour être d’un moraliste. […] Evidemment un homme comme Molière doit être à lui-même un champ d’études, un document humain très riche et très complet, comme nous disons dans le patois du jour. […] Ce même homme qui exige du genre humain, de ce pauvre genre humain que nous sommes, toutes les perfections, tous les renoncements, ne fait pas à autrui la moindre charité : il veut qu’on le souffre, et ne souffre rien à personne. […] que deviendrait à ce compte la vie de relation, c’est-à-dire, en somme, la vie humaine ? […] Molière, ne croit pas. qu’aucun homme soit assez vertueux, assez pur, assez complet pour se permettre d’anathématiser la nature humaine.

9. (1877) Molière et Bourdaloue pp. 2-269

Ce travail est le récit d’un combat dont l’enjeu est d’âmes humaines. […] ceux qui savent voir le fond du cœur humain ne rient pas et ne désespèrent pas ! […] Ils approuvent le zèle dans autrui, mais eux-mêmes cèdent à la crainte et au respect humain. […] Comme vices unis à l’humaine nature. […] Les vices ne sont pas unis à la nature humaine.

10. (1866) Petite comédie de la critique littéraire, ou Molière selon trois écoles philosophiques « Première partie. — L’école dogmatique — Chapitre IV. — Molière. Chœur des Français » pp. 178-183

Ses comédies, trop locales pour être vraiment humaines, ne sont que des satires empreintes d’un caractère d’actualité transitoire258. […] Il a étudié la nature humaine d’après une méthode plus arrêtée et plus philosophique263. […] Elles ne pénètrent pas dans les tortueux replis de l’âme humaine, et de l’âme compliquée par la société269.

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