Les grandes émotions qui bouleversent le monde, les désastres même qui le désolent, impriment à l’intelligence humaine de salutaires secousses. […] Enfin, quand Molière meurt, c’est à peine si Louis XIV daigne permettre d’enterrer la nuit, presque à la dérobée, le cadavre de cet homme qui avait honoré la France et l’esprit humain.
L’opinion d’un homme d’un esprit aussi subtil que l’était celui de Stendhal, sur un observateur profond du cœur humain, tel Molière, ne pouvait manquer d’intérêt et de curiosité pour les gens de notre génération auxquels Beyle faisait appel3 ; il nous est bon de savoir comment l’œuvre de génie peut être analysée, retouchée même, par la critique de talent. […] Ce pauvre Petitot, s’il avait pu connaître les aimables remarques de son lecteur, aurait dû être animé d’une dose plus qu’humaine de modestie. […] L’ami du genre humain n’est point du tout mon fait. […] dit avec un air affecté, le sot qui est derrière moi, il ajoute en raisonnant avec une vieille badaude aussi affectée que lui : « D’abord, c’est que la Mysantropie [sic] tient toujours je crois à de la mauvaise humeur. » Telle est la connaissance du cœur humain avec laquelle ils jugent. […] point de faiblesse humaine !
On sait que tout humain pense différemment là-dessus, non seulement selon son âge, son sexe, son éducation, mais encore selon la trempe plus ou moins forte de son esprit.
La distinction de l’auteur et du déclamateur est un procédé imparfait, qui n’a d’autre raison d’exister que l’insuffisance de la nature humaine.
L’intérêt, dans la comédie, devait naître désormais de cette variété infinie du cœur humain, lequel contient plus de coups de théâtre que n’en peut créer l’imagination du dramaturge le plus fécond. […] Est-ce à cause de cet admirable tempérament qu’il n’a eu des faiblesses humaines que celles qui ne nuisent qu’à nous-mêmes, et qui, au lieu de nous faire usurper sur les autres, sont des avantages que nous leur donnons sur nous ? […] Le plus grand nombre est indirect : ce sont des confidences du cœur humain dont ses devanciers n’ont entendu que la moitié, et qu’il complète.
Dans l’édition de 1855, un passage a été ajouté : « La farce du Médecin malgré lui, composé à la hâte, et dans laquelle Molière ne daigna pas même s’asservir à la règle de l’unité de lieu, eut le plus grand succès et soutint Le Misanthrope, à la honte de l’esprit humain.
… Auguste suivait le conseil de la nature, qui veut que tout ce qui travaille se repose, qui entretient la durée par la modération, et menace la violence de fin… Ce repos, ces distractions sont des besoins de la vie humaine, quelque riche et suffisante à soi-même qu’elle puisse être d’ailleurs… Ce sont, à proprement parler, les voluptés de la raison et les délices de l’intelligence… Un grand philosophe28 n’a pas craint de dire que le repos et le divertissement n’étaient pas moins nécessaires à la vie que les repas et la nourriture… Mais il ne veut pas que les sages passent le temps comme le vulgaire.
Cependant, on voit par une multitude de lettres adressées par le duc de La Rochefoucauld à madame de Sablé, dans le temps qu’il complétait, corrigeait, soumettait à la critique les Maximes qu’il a publiées en 1665, que madame de Sablé les jugeait, et les modifiait très judicieusement ; on voit de plus qu’elle les soumettait au jugement d’autres femmes célèbres, de ses amies, notamment à la maréchale de Schomberg, Marie d’Hautefort, alors âgée d’environ 49 ans, anciennement l’objet de cette passion religieuse de Louis XIII, qui a été tant célébrée, et à son amie la comtesse de Maure ; qu’elle rédigeait elle-même des maximes, ou, pour parler plus exactement, des observations sur la société et sur le cœur humain, observations dont il paraît que le recueil de La Rochefoucauld renferme quelques-unes ; et enfin que cette dame avait de la fortune, une bonne maison, une excellente table, citée alors pour son élégante propreté ; qu’elle donnait des dîners dans la maison qu’elle occupait à Auteuil ; et que le duc de La Rochefoucauld allait souvent l’y voir.