Un valet y conduit seul toute l’action ; les incidents sont nombreux et ne sont pas tous vraisemblables ; les vieillards abondent ; une jeune fille est un objet de commerce dont deux rivaux se disputent l’acquisition ; de petites intrigues, presque aussitôt détruites que formées, se succèdent plutôt qu’elles ne s’enchaînent entre elles ; enfin, des personnages, inconnus à eux-mêmes et aux autres, apprennent tout-à-coup le secret de leur existence, et la pièce se dénoue par une quadruple reconnaissance. […] Les peines et les plaisirs que leur font éprouver les autres, ne peuvent égaler en vivacité ceux dont la source est en eux-mêmes, et par conséquent ils ne sauraient nous toucher autant : cette observation morale, convertie en règle dramatique, est un des plus heureux secrets de l’art, et la découverte en est due à Molière, comme celle de beaucoup d’autres. […] Fallait-il à Molière, pour lui enseigner à peindre les agitations de l’amour, d’autres maîtres que son cœur qui les éprouva toutes, et la nature qui n’eut aucun secret pour lui ?
Du moment qu’elle devint confidente et dépositaire des sentiments et des pensées du roi, et même des secrets de l’État, elle cessa de s’appartenir à elle-même : ce fut un devoir pour elle de donner au roi une parfaite sécurité sur le dépôt que sa confiance mettait à la discrétion de son amie ; elle lui devait de rompre toute familiarité qui aurait pu compromettre ce dépôt : il n’y a rien de si difficile à cacher qu’un secret avec tes personnes à qui l’on parle habituellement à cœur ouvert ; et il y a des secrets à la cour qui se découvrent par le soin de les cacher ; si bien qu’affecter de taire certaines choses, c’est les dire.
Les Précieuses ridicules, comédie en un acte & en prose, comparée pour le fond & les détails avec le Cercle des Femmes, ou le Secret du Lit nuptial, & l’Académie des Femmes, Pieces de Chappuzeau. […] Chappuzeau 9, & intitulé Le Cercle des Femmes, ou le Secret du lit nuptial.
L’étude de son propre cœur troublé par la passion lui avait donné des lumières pour mieux voir les secrets ressorts des actions humaines. […] Là se trouve le secret principal du style de La Fontaine ; tout y est en tableaux et en figures. […] Cette ruse de l’esprit, qui se cache avec le secret désir d’être surpris, tient au caractère de l’auteur, et il ne l’emploie guère que lorsqu’il parle en son propre nom. […] Ces vers de longueur inégale ne viennent pas par caprice, ils sont amenés par une secrète raison d’harmonie ou de sentiment. […] Où trouver plus de pathétique que dans ces plaintes sur les rigueurs de la mort : Défendez-vous par la grandeur, Alléguez la beauté, la vertu, la jeunesse ; La mort ravit tout sans pudeur : Un jour le monde entier accroîtra sa richesse ; plus de sensibilité et de douce mélancolie que dans ce passage où respire l’âme de Virgile, avec le souvenir de ses vers les plus émus : Solitude où je trouve une douceur secrète, Lieux que j’aimai toujours, ne pourrai-je jamais, Loin du monde et du bruit, goûter l’ombre et le frais ?
Molière, le plus âgé des quatre amis, le seul à portée de connaître les secrètes dispositions du roi ; La Fontaine, le plus répandu parmi les dames du grand monde, donnaient à leurs jeunes amis, l’un l’exemple de plaire au roi, l’autre celui de plaire aux femmes qui plaisaient au roi : ce qui ramenait toujours à plaire au roi. […] La Fontaine et Racine avaient besoin, l’un de l’imagina lion des femmes de la cour pour faire passer ses con tes, l’autre de leur âme pour faire sen tir plus vivement le pathétique dont la sienne renfermait le secret ; tous avaient besoin du roi pour obtenir la vogue, objet ordinaire de l’ambition des talents, et souvent leur unique récompense.
On dit qu’il y a quelque brouillerie dans le ménage, et que cela vient de la jalousie qu’elle a d’une jeune fille de Madame, appelée Fontanges. » Madame de Montespan ne connaissait pas la passion du roi pour madame de Fontanges, elle ignorait sa grossesse, qui n’était plus un secret que pour elle. Elle était seulement blessée de la négligence du roi et de ses attentions pour cette jeune et belle personne, qu’elle appelait une belle idiote, et elle avait recours à son secret ordinaire pour rappeler sur elle l’attention, c’était de s’éloigner. […] Enfin, nul autre ami n’a autant de soin et d’attention que le roi en a pour elle : et ce que j’ai dit bien des fois, elle lui fait connaître un pays tout nouveau, je veux dire le commerce de l’amitié et de la conversation, sans chicane et sans contrainte ; il en paraît charmé. » Cette lettre du 21 juin renferme tout le secret de la faveur dont jouissait madame de Maintenon, et de celle où elle devait parvenir. […] Madame de Maintenon écrit à ce sujet à Gobelin, le 2 juin, de Saint-Germain, une lettre où se trouvent de légères traces de son secret amour pour le roi et une nouvelle indication de la tendresse du roi pour elle. […] En se défendant par l’intérêt de l’honneur, auquel le roi pouvait opposer la promesse du secret, elle l’aurait rebuté ; en se défendant par la religion, par un devoir et par un intérêt commun ; en se défendant par un devoir qu’elle représentait comme pénible à son cœur, et comme assez contraire à son inclination pour laisser au roi l’espérance d’en obtenir l’oubli dans un moment propice, elle parvenait à la solution habile de cette grande difficulté de renvoyer le roi toujours affligé, jamais désespéré ; en prolongeant son désir, elle en faisait une passion vive et profonde.
Veut-on connaître le secret de tant de haines, il va lui-même nous l’apprendre. […] Cependant les hommes qui ont étudié tous les secrets du style n’ont pas trouvé dans celui de l’auteur la manière largeet franche et la touche vigoureuse du poète comique. […] Ils s’entretenaient de Tartuffe, au portrait duquel ils donnaient le dernier coup de pinceau, et ils achevaient de prouver que les dévots, non contents de leurs pieuses grimaces, ne s’insinuaient dans les maisons que pour s’enquérir des affaires les plus secrètes, mettre la discorde entre le père et les enfants, et devenir peu à peu les tyrans des familles. […] Où a-t-il trouvé cette peinture si énergique et si profonde de l’hypocrisie et du fanatisme, ce secret de forcer l’imposture jusque dans ses derniers retranchements, d’arracher la vérité au mensonge même, et de faire jaillir du choc des plus viles passions le triomphe de la vertu ? […] Ces vers ne caractérisent-ils pas fortement le jésuitisme, et faut-il s’étonner que les membres de cette association rancuneuse et puissante, liés par les mêmes intérêts et par les mêmes doctrines, aient essayé de ravaler un chef-d’œuvre qui a si bien révélé les secrets de leur politique tortueuse ?
Il fait en secret des présents à sa femme, & n’attend qu’un instant favorable pour tomber à ses pieds. […] Cependant l’Auteur trouve le secret de filer encore cinq actes ; mais comment ?
Austère philosophe armé de la satire, Des secrets dont les yeux creusaient la profondeur, Tu ne pus sans tristesse observer la laideur, Et puis, le sort cruel, pour tourmenter ta vie, Déchaîna deux démons, la Béjart et l’envie. […] Par quel secret, Molière !
Madame de Sévigné, fort aimée de madame Scarron, était instruite, comme madame de Coulanges, de beaucoup de particularités secrètes des relations de la gouvernante avec madame de Montespan et le roi. […] I, p. 14) : « La marquise d’Heudicourt était la complaisante de madame de Montespan, et lorsqu’on faisait encore un mystère de l’existence du duc du Maine et de son frère, cette marquise avait à la cour un petit appartement où la maîtresse et la gouvernante se rendaient en secret.
Ou il n’est pas présent, ou il est du secret. […] On appellera ces secrets dits à l’oreille comme on voudra, mais il est certain que je dois en parler dans cet article préférablement à tout autre, puisque, pour être bons, ils exigent précisément les mêmes précautions de la part de l’Auteur, que les aparté. […] Dès le lendemain elle s’arrangea en secret avec le Comte de...
Ils sont obligés de se voir en secret. […] Eraste a trouvé le secret d’appaiser Orphise ; mais l’oncle de la belle s’oppose plus que jamais à leur union. […] Orphise toutefois, malgré son désaveu, Daigne accorder ce soir une grace à mon feu ; Et j’ai fait consentir l’esprit de cette belle A souffrir qu’en secret je la visse chez elle.
Les acteurs peuvent donc jouer et circuler dans toutes les rues, se cacher, épier, écouter ou surprendre très naturellement des secrets et des mystères qui sont parfois impossibles à mettre en scène sur nos théâtres modernes. » Tel est en effet l’aspect général du théâtre figuré dans les comédies imprimées avec vignettes au seizième siècle, aspect non pas uniforme, cependant. […] Un faux marchand vient remercier tout haut le faux mendiant du service que celui-ci lui a rendu en lui donnant le secret d’avoir un héritier. […] Pedrolino ne peut leur révéler son secret, mais libre à eux d’éprouver l’excellence de ses connaissances occultes.
Le zéphyr entre ces eaux Fait mille courses secrètes, Et les rossignols nouveaux De leurs douces amourettes Parlent aux tendres rameaux. […] Je ne fais voir que rigueurs pour Tyrcis ; Et cependant, sensible à ses cuisants soucis, De sa langueur en secret je soupire, Et voudrois bien soulager son martyre. […] Dispositions dangereuses et imperceptibles ; la concupiscence répandue dans tous les sens : « Il y a des choses qui, sans avoir des effets marqués, mettent dans les âmes de secrètes dispositions très-mauvaises, quoique leur malignité ne se déclare pas toujours d’abord. Tout ce qui nourrit les passions est de ce genre… Qui sauroit reconnoître ce que c’est en l’homme qu’un certain fonds de joie sensuelle, et je ne sais quelle disposition inquiète et vague au plaisir des sens qui ne tend à rien et qui tend à tout, connoîtroit la source secrète des plus grands péchés… Le spectacle saisit les yeux : les tendres discours, les chants passionnés, pénètrent le cœur par les oreilles.
Hé bien, quel est ce beau secret ? […] L’autre est une prude : Frontin prend le nom & le titre du Sénéchal Groux, un habit sérieux, un maintien grave, trouve aussi le secret de lui plaire, & de la déterminer au mariage. […] Martin Guerre raconta à son ami tous ses secrets, jusqu’à ceux du lit nuptial.
Je le veux bien ; mais, si elle était dans le secret, comment ce secret fut-il si bien gardé ? […] J’ai dit que le secret, si secret il y eut, fut bien gardé et qu’il n’en perça rien. […] Cousin une opinion très voisine de celle-là : « Molière, aurait-il écrit, n’a dit son secret a personne23. » C’est ce secret que M. […] Ce clair et lumineux génie de Molière n’a pas de ces profondeurs mystérieuses ni de ces secrets insondables. […] Le vrai texte de Cousin, notablement altéré par M. du Boulan dans l’épigraphe de son livre, est celui-ci : « Molière n’a dit son secret à personne, et vraisemblablement il n’y a point ici de secret, excepté celui du génie.
Le prodigieux succès des Précieuses, en apprenant à Molière le secret de ses forces, lui montra l’usage qu’il en devait faire. […] C’est que les femmes font cause commune ; c’est qu’elles sont liées par un esprit de corps, par une espèce de confédération tacite, qui, comme les ligues secrètes dans un État, prouve peut-être la faiblesse du parti qui se croit obligé d’y avoir recours. […] Il étudiait l’homme dans toutes les situations ; il épiait surtout ce premier sentiment si précieux, ce mouvement involontaire qui échappe à l’âme dans sa surprise, qui révèle le secret du caractère, et qu’on pourrait appeler le mot du cœur. […] Renforcez la situation ; c’est une espèce de torture qui arrache au personnage le secret qu’il veut cacher.
Pandolfo, après avoir rappelé la confiance qu’il a en lui et le bien qu’il lui a fait, l’ayant, de simple valet qu’il était, intéressé dans son négoce, lui dit qu’il va lui faire confidence d’une affaire très importante, dont il lui recommande le secret. […] La nourrice, qui était seule dans le secret, mourut peu après ; et jusqu’à présent Lelio, qui est la fille en question, passe pour un garçon. […] Tebaldo dit à Lelio que, maintenant qu’il a reçu la confidence du secret paternel, en se rappelant les changements qu’il a remarqués en elle depuis quelque temps, il est convaincu qu’elle aime. […] Ce ne fut qu’au dix-huitième siècle que ce comédien fît un extrait de la pièce de Nicolo Secchi dans ce dessein, et la fit représenter plusieurs fois sur le théâtre de l’Hôtel de Bourgogne, sous le titre de La Creduta maschio (la Fille crue garçon), avec un nouveau dénouement que son auteur raconte ainsi : « Lelio, sous le nom de sa sœur Virginia, écrit un billet à Fabio, en lui demandant pardon de n’avoir point avoué devant son père la secrète intelligence qui existe entre eux, et lui donne à l’ordinaire un rendez-vous dans sa chambre pour la soirée prochaine.
Comme en outre il était grondeur et bourru, surtout avec ses inférieurs, ces défauts semblaient repousser l’apparence même des vices de cour, et promettre des vertus qu’il avait très-réellement, mais qu’il gâtait à la fois par un grand faste en public et par de secrètes complaisances. […] Donner la vie en spectacle aux vivants eux-mêmes ; peindre dans les personnages l’homme de tous les âges et de tous les pays ; transporter sur la scène la vie intime de la société tout entière ; embrasser d’un coup d’œil l’unité variée de la nature, « si féconde en bizarres portraits 22; »connaître l’homme, comprendre ce qu’il y a d’un et d’immuable dans ce « sujet divers et ondoyant 23 ; »suivre et saisir, dans le labyrinthe du cœur humain, les passions, ces Protées aux mille métamorphoses ; prendre pour type l’espèce et non l’individu ; attaquer les travers et les ridicules , abstraction faite des personnes ; tracer des caractères et non des portraits ; inventer et non copier ou contrefaire; n’emprunter à l’observation que des traits de caractère et d’effet, en les rendant plus vifs et plus saillants que la réalité, sans toutefois faire violence à la vérité et à la nature ; tenir compte des préférences des contemporains, tout en restant fidèle aux préceptes éternels de l’art ; en un mot, observer et créer, voilà le rôle du poëte comique ; et tel fut le secret de Molière. […] L’entendre autrement, c’est ignorer ce qu’il y a de multiple et de complexe dans cette mystérieuse physiologie dramatique dont l’auteur seul a le secret. […] N’est-il pas lui-même l’autorité la plus imposante, et ne nous a-t-il pas légué le secret de son art dans cette; admirable poétique de L’Impromptu de Versailles ?
Le Lord Comte de Clarandon voit dans le pays de Galles, Eugénie, fille du Baron Hartley, en devient amoureux, & s’insinue si bien dans l’esprit de Madame Murer, tante de sa maîtresse, qu’elle lui permet d’épouser sa niece en secret, même à l’insu du pere. […] Eugénie révele son secret à son pere : il est furieux ; il lui pardonne ensuite dès qu’il la sait enceinte : mais on apprend dans l’instant que son mariage n’est que simulé. […] Angélique, à l’aide d’une porte pratiquée en secret dans la cloison de l’appartement de Pontignan qu’elle aime, entre dans sa chambre, lui écrit & lui demande une réponse : Pontignan la fait & la laisse sur la table.
Harpagon prend pour juge, entre Elise & lui, Valere, qui est précisément en secret l’amant de sa fille. […] Il leur apprend le secret de cacher les taches & les trous qu’ils ont à leurs habits. […] Comme il a épousé en secret Elise, il croit que son mariage n’est plus caché, & le découvre lui-même, après le quiproquo le plus plaisant.
La chose n’est pas encore sure, & jusqu’à ce qu’elle soit faite, le secret est nécessaire. […] Toutes les fois qu’un Auteur aura le secret d’opposer avec art deux choses contraires, il peut être sûr d’arracher des applaudissements : Le Sage & Dufresny l’ont bien senti, lorsque l’un parle de la conscience d’un Maquignon dans Turcaret, & l’autre de la conscience d’un Tailleur dans une scene déja rapportée. […] Leuson a le plus grand secret à dévoiler ; Henriette veut savoir ce que c’est : son amant exige, avant de l’instruire, qu’elle jure de l’épouser.
Epargne-moi, mon fils, la honte & le regret De révéler moi-même un si fâcheux secret : Dispense-moi, mon fils, d’un récit si funeste. […] Le Lord Clarandon devient épris d’Eugénie ; elle est trop vertueuse pour qu’il puisse se flatter de l’avoir en qualité de maîtresse : il lui propose un hymen secret, afin de ménager, dit-il, un oncle qui s’indigneroit d’un mariage trop inégal. […] Thatley insiste, & demande seulement que le mariage soit secret jusqu’à la mort du Lord Dirton, son oncle, dont il attend des biens considérables.
Rien n’est caché, rien n’est secret ; les promenades en triomphe : cet air déplairait encore plus à une femme qui serait un peu jalouse ; mais tout le monde est content. » La suite de cette lettre se rapporte à la situation de mesdames de Montespan et de Maintenon à l’égard l’une de l’autre. […] Nous avons parlé de cette lettre sous la date de 1673, parce qu’elle s’applique à deux années de mésintelligences, de prétentions d’un côté, de griefs de l’autre… « Ce secret, ajoute la lettre, roule sous terre depuis plus de six mois. […] Elle était l’objet des secrètes et tendres sollicitations du roi et ne voulait pas y répondre ; et madame de Montespan était de nouveau rendue aux habitudes de ce prince, pour qui le plaisir était un besoin.
Tous dans le secret, à l’exception de deux, les personnages s’appellent eux-mêmes des acteurs, et ils nomment râles ce qu’ils vont faire. […] Dans les deux comédies, une grande princesse, dont la main est disputée par des rivaux à qui leur naissance permet d’y aspirer, et dont le cœur est en secret épris d’un jeune guerrier couvert de gloire, mais d’une condition obscure, qui l’adore en secret lui-même, s’en remet à cet amant du soin de choisir pour elle entre ses prétendants. […] Il excellait, à la vérité, dans l’art de faire des allusions délicatement hardies aux intrigues politiques ou galantes de la cour ; et, comme dit le privilège pour l’impression de ses œuvres (car la grave chancellerie elle-même ne crut pas se commettre en libellant l’éloge des petits vers de Benserade) : « La manière dont il confondait le caractère des personnages qui dansaient, avec le caractère des personnages qu’ils représentaient, était une espèce de secret personnel qu’il n’avait imité de personne, et que personne n’imitera peut-être jamais de lui. » Molière, il n’en coûte rien de l’avouer, n’avait pas au même degré ce genre de mérite. […] Tandis que la scène offrait en spectacle l’union d’une grande princesse de l’antique Thessalie avec un simple officier de fortune, une grande princesse du sang royal de France, Mademoiselle songeait en secret à réaliser cette fable, en donnant sa main et ses riches apanages à un cadet de Gascogne, à Péguillin, comte de Lauzun, qui comptait moins d’exploits guerriers que Sostrate, mais beaucoup plus de bonnes fortunes, et qui était aussi avantageux, que le héros grec se montre modeste. […] Elle est assez extraordinaire pour que, dans ce temps, quelques personnes aient pu soupçonner Molière d’avoir été dans le secret de la moderne Ériphile, et d’avoir cherché à disposer les esprits en faveur de sa résolution.
Martine saisit l’occasion propre à sa vengeance, leur dit qu’ils trouveront dans le bois un homme vêtu de telle & telle façon, qui a des secrets admirables pour ces sortes de maladies ; les avertit en même temps qu’il est très singulier, & qu’il faut bien souvent le faire convenir de son savoir à grands coups de bâton. […] Cet homme, étonné, eut beau protester qu’on le prenoit pour un autre, on le fit convenir, à coups de fouet, qu’il avoit un secret merveilleux.
Il persifle très-agréablement, d’un style dont ses successeurs n’ont plus le secret, qui d’ailleurs n’est plus nécessaire. […] Peut-être pour toucher ces sévères appas, Aurez-vous des secrets que ces princes n’ont pas. […] Bourdaloue ensuite prononcera le dernier mot de la vraie piété sur le sens de l’œuvre, et nous livrera vraiment le secret de la comédie. […] « Parole de malédiction pour ces esprits d’accommodement, qui, sans jamais choquer le monde, croient avoir le secret de contenter Dieu. […] …les gens comme nous brûlent d’un feu discret Avec qui pour toujours on est sûr du secret.
Tous les deux se connoissent pour rivaux, & font en secret mille efforts pour se supplanter. […] Un intriguant qui les imiteroit sur notre scene seroit sifflé, & mériteroit de l’être ; mais un valet qui serviroit une passion honnête, qui trouveroit le secret de se tirer des embarras les plus grands sans blesser les bienséances théâtrales, qui ne donneroit pas des coups de bâton à son patron, mais qui le tromperoit en lui faisant de fausses confidences, & qui, aussi fin que les Daves, les Mascarilles, les Scapins, mettroit le sceau à son adresse en procurant un sort heureux aux amants qu’il protege ; un tel intriguant, dis-je, seroit certainement applaudi.
Il disait que la nature semblait lui avoir révélé tous ses secrets, du moins pour ce qui regarde les mœurs et les caractères des hommes.
Il traite Isabelle, sa pupille, avec toute la sévérité possible ; ne lui permet pas le moindre ajustement ; ne la laisse parler à personne : il croit, en agissant ainsi, avoir trouvé le secret de lui plaire, & veut absolument l’épouser. Isabelle frémit d’autant plus en voyant approcher le moment d’une telle union, qu’elle aime en secret Valere, jeune homme charmant. […] Il est clair que tout cela est imité de la piece latine ; mais Térence manque totalement le but moral de sa piece, puisque le jeune homme qu’on éleve avec une honnête indulgence, en abuse, se marie en secret, &, non content de faire des folies pour son compte, partage encore celles de son frere.
Milfort revient : Belti s’empresse de lui dire que Belton n’a pas d’or : Milfort offre tout ce qu’il possede : Belti est étonnée que Belton refuse : celui-ci la prie de le laisser avec son ami : elle est fâchée qu’il ait des secrets pour elle, & sort en soupirant. […] Belti veut arracher à Belton le secret qu’il lui cache. […] J’ai un secret merveilleux pour rafraîchir les Dames.
Louis XIV, dans toute l’ardeur de sa passion pour mademoiselle de La Vallière, voulut donner aux deux reines une fête dont sa maîtresse pût recevoir en secret l’hommage, et Molière fut chargé d’y contribuer. […] À considérer le fond du sujet, un jeune prince, obligé de feindre l’insensibilité, pour vaincre celle de la beauté qu’il aime, n’a rien de commun avec Louis XIV, faisant partager à mademoiselle de La Vallière, sans ruse et sans effort, la passion qu’il a conçue pour elle, et n’employant dans ses amours d’autre dissimulation que celle qui pouvait en dérober quelque temps le secret à des yeux jaloux, et en augmenter le charme par le mystère. […] Le Burlador, c’est-à-dire le trompeur, le fourbe de Séville, n’est qu’un scélérat vulgaire, sans profondeur et sans éclat, qu’un abusent de femmes, dont le stratagème ordinaire est de surprendre le secret d’un rendez-vous amoureux accordé à un autre, et de l’y remplacer à la faveur de la nuit et d’un déguisement.
S’il est un art digne d’attirer notre admiration, de plaire à notre esprit, et de charmer en même temps notre cœur, c’est celui qui, dissipant les épaisses ténèbres qui enveloppent le cœur humain, découvre ses pensées les plus secrètes, pénètre dans ses mystères les plus intimes, découvre à l’homme la marche de ses passions, tantôt l’instruit, l’amuse, tantôt lui cause les émotions les plus fortes et lui fait verser les larmes les plus délicieuses : tel est l’art dramatique. […] Il ne suffit pas d’être doué d’un esprit observateur, de savoir lire dans le cœur humain, d’en arracher les secrets, il faut encore savoir intéresser par la manière dont on présente ses découvertes. […] Il semble que, pressé par un sentiment secret, il ait voulu rassembler toutes ses forces, toute sa vigueur pour créer, pour enfanter le chef-d’œuvre de tous les temps, et marquer le terme où l’art doit s’arrêter à jamais.
Ce secret de faire passer sur le théâtre des traits un peu hardis, a été trouvé si bon que plusieurs acteurs l’ont mis en usage depuis avec succès.
Lors Mopse me voyant, Mopse qui par augure Connoissoit les secrets plus secrets de nature, Qui la chose à venir à chacun prédisoit, Par le vol des oiseaux lesquels il avisoit, A dextre ou à senestre, en pair ou impair nombre ; Il entendoit encor des corbeaux, des vautours, Des corneilles le chant, leurs tours & leurs retours : Bref, Mopse savoit tout.
Non, mon cœur ne peut plus déguiser avec vous : Pour une autre, en secret, Madame, je soupire. […] Après les sentiments qu’il vous a fait connoître, Fâchez-vous, éclatez autant qu’il vous plaira, Il vous dira toujours, & vous répétera Que son amour pour vous est fondé sur l’estime ; Que la raison l’éclaire & la vertu l’anime ; Qu’elles l’ont affermi dans son culte secret, Et qu’il adore en vous un mérite parfait ; Qu’il l’avouera tout haut, qu’il s’en fait une gloire ; Qu’il fuit tout autre nœud ; que vous devez l’en croire ; Qu’il met à vous fléchir son bonheur le plus doux, Et qu’il sera constant, fût-il haï de vous.
Léandre s’applaudit d’avoir déterminé Damon, & recommande le secret à l’Olive. L’Olive dit que le secret est à lui aussi bien qu’à son maître. […] « Un homme d’un âge avancé, pere d’un fils & d’une fille qui avoient déja passé le printemps de leur âge, s’avisa d’épouser en secret une jeune personne qui, au bout de quelques mois, l’engagea à déclarer son mariage. […] Oronte ordonne qu’on avertisse Cléon ; il est de la mascarade & se présente : alors Oronte saisit cette occasion pour déclarer son mariage secret : ses enfants demandent à voir leur belle-mere.
Tout ce qu’il vous débite en grimaces abonde ; A force de façons, il assomme le monde ; Sans cesse il a, tout bas, pour rompre l’entretien, Un secret à vous dire, & ce secret n’est rien ; De la moindre vétille il fait une merveille, Et, jusques au bon jour, il dit tout à l’oreille. […] Il est clair que Simon & la Fleche, présents à l’explication, doivent être très fâchés ; la Fleche d’avoir si mal adressé son maître, & le Courtier d’avoir en même temps trahi le secret du pere & du fils : aussi prennent-ils la fuite.
Qui sait, enfin, si le jésuite n’a pas été animé d’un secret ressentiment contre le poète qui avait jeté l’odieux et le ridicule sur certaines maximes tant reprochées à la fameuse société ? […] Suivant cet abbé, un des hommes les mieux informés de l’histoire secrète du siècle de Louis XIV, M. de Guilleragues, qui s’était amusé à recueillir tous les traits de cafardée échappés au fameux abbé de Roquette, depuis évêque d’Autun, et alors son commensal dans la maison du prince de Conti, les avait communiqués à Molière qui en avait composé sa comédie. […] Un fourbe, lors même qu’il est seul, continue de composer son air, son maintien, son langage, comme s’il craignait que d’invisibles témoins ne surprissent le secret de sa perversité. […] Ici, c’est un trait de vérité locale, qui sert à marquer que Tartuffe n’est pas homme à se trahir devant un tiers, et que, pour avoir son secret, il faut absolument l’intercepter et, pour ainsi dire, le violer Notice historique et littéraire sur Amphitryon Amphitryon fut joué le 13 janvier 1668, et eut vingt-neuf représentations consécutives.
Les Femmes savantes n’obtinrent pas un accueil plus favorable ; mais comme, dans ce dernier ouvrage, Molière s’attaquait à une coterie puissante, on a lieu de penser qu’il fut victime d’une vengeance secrète. […] Voyez-le donnant au jeune Baron des leçons de son art, et lui révélant peut-être les secrets qui en firent depuis un des plus grands comédiens dont s’honore la scène française. […] Quoique le secret de Raisin fût découvert, il ne laissa pas de former le dessein de tirer encore partie de son épinette à la foire Suivante. Dans le temps il fait afficher, et il annonce le même spectacle que l’année précédente ; mais il promet de découvrir son secret, et d’accompagner son épinette d’un petit divertissement. […] Ce fut en Provence qu’elle fit connaissance d’un gentilhomme, nommé de Modène, avec qui elle contracta, dit-on, un mariage secret, dont elle eut une fille le 2 juillet 163811.
Lors même qu’on arriverait à me prouver que les comédiens d’aujourd’hui ont reçu les révélations de leurs devanciers immédiats, et qu’on remonterait ainsi, preuves en main, par une suite non interrompue de confidences, jusqu’aux dernières années du règne de Louis XIV, il resterait à établir que le secret, en passant de bouche en bouche, est demeuré ce qu’il était au premier jour, que les acteurs qui ont joué pour la première fois les ouvrages de Corneille, de Racine et de Molière, qui ont reçu leurs conseils et profité de leurs leçons, ont pu les transmettre sans les altérer. […] Non-seulement en effet ils ne réussiront jamais à prouver que le secret de Corneille, de Racine, et de Molière est venu jusqu’à eux, transmis fidèlement de génération en génération, mais il n’est pas malaisé de leur montrer que le sens qu’ils donnent parfois à leurs rôles ne s’accorde pas avec l’intention de hauteur et blesse le goût et la raison. […] Si l’Opéra, au lieu de jouer toute l’année quatre ou cinq pièces, voulait reprendre l’ancien répertoire et remettre en honneur l’Armide et l’Orphée de Gluck par exemple, il ne laisserait pas aux chanteurs le soin de deviner les intentions du compositeur ; il appellerait pour diriger les répétitions un maître de chant initié à tous les secrets du style musical.
Là est un des plus grands secrets de la popularité de Molière : il exprime une morale qu’il ne crée pas, une morale qui ne lui appartient pas en propre, mais qui, par-dessus tous les dogmes, par-dessus les systèmes les plus ingénieux, n’est autre chose que la Morale même. […] Arnolphe est le type de l’éternel jaloux, mais ce qui donne à sa manie, à son égoïsme, un caractère touchant, sinon poignant, ce sont les accents douloureux dont sa jalousie s’exprime, et cette douleur est trop sincère, trop personnelle pour qu’on n’y retrouve pas l’expression des chagrins secrets dont était torturé le mari malheureux d’Armande Béjard.
Tâchons de lui ravir tous ses secrets.
C’était lui que Molière montrait « par l’exemple d’une affaire domestique, passant à s’ingérer dans les affaires les plus secrètes et les plus familières des familles » et mettant en usage les adresses d’Escobar pour capter la fortune de son hôte et caresser dévotement sa femme. […] Il l’appelle son frère et l’aime dans son âme Cent fois plus qu’il ne fait mère, fils, fille et femme ; C’est de tous ses secrets, l’unique confident Et de ses actions le directeur prudent. […] Tous disent à la femme qui se refuse : « Vous ne m’aimez pas », tous veulent des offres réelles ; Tartuffe est convaincu, mais il est pressé, si pressé, si enflammé, qu’il en oublie toute circonspection, qu’il livre sa science, la science dont la possession le fait supérieur à tous les autres hommes ; il l’expose, il s’en targue, il vend le secret de l’État ; le tout afin de dire : « Je réponds de tout, contentez-moi. ». […] La lettre, d’ailleurs, ajoute plus loin cette très belle parole, digne de Molière même et qu’il a certainement inspirée : « La Providence de la nature a voulu que tout ce qui est méchant eût quelque degré de ridicule. » Voilà le secret du Tartuffe. […] Je ne sais pas, le père Bernard n’ayant pas trahi le secret de la confession, s’il fut athée, comme Tétait son maître Lucrèce, le cher objet pourtant de ses études.
Le philosophe grec a-t-il aperçu entre la comédie et la tragédie je ne sais quelle profonde et secrète identité ? […] Car nous avons perdu le secret d’Aristophane pour affranchir les personnages publics de leur tragique solennité, et pour les remplir de vie et de liberté comiques. Ce grand secret, c’est une immense faculté de rire jointe à une faculté immense d’inventer ; c’est la gaieté la plus franche unie à l’imagination la plus libre, et c’est là ce qui distingue essentiellement l’ancienne comédie de la nouvelle20. […] Son secret lui échappe malgré elle et à son insu. […] Le secret du poète comique pour empêcher que nos sentiments moraux ne soient blessés, ce n’est pas de tenter entre son art et la morale une conciliation impossible, c’est de les séparer par convenance.
Elle trouve le secret de glisser à son amant une clef du jardin. […] Mais ce qui le confirma bien davantage en cette appréhension, fut qu’ayant pris envie à Philippe, étant couché, d’aller aux lieux secrets, il se leve nud en chemise, & passe à travers la chambre de son frere : celui-ci, au moyen d’un clair de lune, le reconnut ; & le voyant en cet état, il jetta un grand cri, qui ne donna pas moins d’appréhension à Philippe qui reconnut la voix de son frere, & qui s’en retourna à son lit extrêmement effrayé, croyant de son frere ce que son frere croyoit de lui ; de sorte qu’ils passerent tous deux le reste de la nuit en l’appréhension l’un de l’autre.
Il disoit que la nature sembloit lui avoir révélé tous ses secrets, du moins pour ce qui regarde les mœurs & les caracteres des hommes. […] P. di Moliere, divise in quattro volumi, e arrichite di bellissime figure, da Nic. di castelli, secret. di S.A.S.E. di Brand. 1698. in Lipsia a spese dell’autore, e appresso Gio-Ludovico Gleditsels.
Il trouve le secret de fléchir son courroux. […] Chez Plaute, Amphitrion se félicite & se fait féliciter par ses amis de la fortune qu’il va faire : chez Moliere, Amphitrion est un héros qui, remplacé par un Dieu dans le cœur de sa femme, est accablé par la toute-puissance, gémit en secret, & va cacher sa honte. […] Sosie : un moi, de vos ordres jaloux, Que vous avez du port envoyé vers Alcmene, Et qui de nos secrets a connoissance pleine, Comme le moi qui parle à vous, Amphitrion.
Mercure les avertit que le prétendu jeune homme est un petit frippon bien dangereux qui veut les attrapper : elles forment le dessein de se venger de lui ; pour cet effet elles feignent de vouloir l’amener en secret chez elles, s’il permet qu’on lui lie les pieds & les mains.
Le duc de Saint-Simon, dans une de ses notes sur les mémoires de Dangeau, sous la date du 10 mai 1690, reproche à madame de Montausier d’avoir accepté la place de dame d’honneur de la reine, dont la duchesse de Navailles avait été dépouillée pour avoir, dit Saint-Simon, fait murer une porte secrète par où le roi se rendait de nuit dans la chambre des filles de la reine.
Les femmes d’à-présent sont bien loin de ces mœurs : Elles veulent écrire & devenir auteurs : Nulle science n’est pour elles trop profonde ; Et céans, beaucoup plus qu’en aucun lieu du monde, Les secrets les plus hauts s’y laissent concevoir ; Et l’on sait tout chez moi, hors ce qu’il faut savoir.
Il sait donner à l’amour un si bel air de galanterie, et de cette façon il fait de la passion quelque chose de si facile à avouer tout haut, que bien peu de femmes pourraient dire, avec cette effronterie naïve, les plus secrets sentiments de leur cœur. […] Voilà tout le secret du succès de la comédie de Marivaux ; elle est pour quelques-uns un regret, elle est pour tous de l’histoire ; elle a été un grand écueil pour ceux qui ont voulu imiter ce style à part, et qui avaient imaginé de faire parler les bourgeois de ce temps-ci, comme parlaient les grands seigneurs d’autrefois. […] Un jour que Cicéron lui-même interrogeait Roscius, le Talma romain, le priant de lui dire, en deux mots, le secret de son art, et par quelle magie il arrivait à produire ces grands effets dramatiques ? — Mon secret est bien simple, répondit Roscius, la bienséance 43 ! […] Le Cabinet satyrique, ou recueil parfait des vers piquants et gaillards de ce temps, tirés des secrets cabinets des sieurs Sigognes, Régnier, Motin, Berthelot, Meynard, 1666.
Qu’il sache, quand il perd, d’une ardeur non commune, À force de savoir rappeler la fortune ; Qu’il apprenne un métier qui, par de sûrs secrets, En le divertissant l’enrichisse à jamais. […] Ou sa façon de rire et son ton de fausset Ont-ils de vous toucher su trouver le secret ? […] L’on a des secrets à vous y révéler. […] Mais les gens comme nous brûlent d’un feu discret, Avec qui pour toujours on est sûr du secret. […] Dans la scène du quatrième acte, il insiste encore sur ce moyen, qui lui semble de nature à devoir décider Elmire, car on juge toujours les autres d’après soi, et Tartuffe ne peut concevoir qu’il soit possible de ne pas mal faire lorsqu’on est certain du secret; aussi lui dit-il : Vous êtes assurée ici d’un plein secret, Et le mal n’est jamais que dans l’éclat qu’on fait.
Le théâtre est l’Église du diable Voilà comment tiennent, l’une à l’autre, ces œuvres fameuses de la comédie ; un lien secret réunit à Molière, au maître absolu de ce grand art, toutes les comédies qui ont été faites après lui, et de même que Longin appelait le théâtre d’Eschyle, d’Euripide et de Sophocle : le Relief des Festins d’Homère , on pourrait appeler les comédies qui ont suivi L’Avare, Les Femmes savantes, Le Misanthrope et L’École des femmes, le relief des soupers de de la petite maison d’Auteuil. […] En trois heures, ni plus ni moins, vous voulez absolument tout le secret de cette âme, de cet esprit, de ce jeune cœur ; et quand enfin la charmante fille a tout dit, quand vous ne lui avez épargné aucune équivoque, quand elle s’est bien fatiguée à comprendre ou plutôt à deviner vos poètes comiques, vous la rappelez du fond du théâtre, vous voulez la revoir pour l’applaudir, vous êtes ivres de joie, et personne ne prend en pitié cette enfant, la voyant la proie et la victime de votre admiration ! […] Enfin, et ceci est une critique à faire aux pédants (meâ culpâ), armés de citations dans l’une et l’autre langue ( utriusque linguæ , disait Horace) : « Ne paraissez pas si savant, de grâce ; humanisez votre discours et parlez pour être entendu. » Qui voudrait avoir le secret de la critique appliqué à l’art du théâtre, se pourrait contenter d’étudier et de méditer La Critique de l’École des femmes ; il y trouverait les meilleurs et les plus utiles préceptes de prudence, de modération, de finesse, et comme dit un de nos vieux auteurs : En délectant profiteras.
Rambert part du même point pour y chercher les secrets du génie du poète. […] La lutte dont il soutirait en secret ne tardait pas à se trahir de nouveau. […] C’est après de longues et secrètes luttes, et lorsqu’il allait quitter le théâtre, que Racine peignit, dans Phèdre des passions et des remords d’une puissante énergie, et c’est, plus tard que, rompant le silence du repentir, il conçut ce type immortel de Joad, la mâle expression de la foi chrétienne.
Don Juan, qui respecte la vieillesse de son rival, & qui n’a voulu, en se battant, que donner le temps à son valet de parler à Léonor, se laisse désarmer, fait une fausse confidence au Jaloux, lui dit en secret, & comme malgré lui, que la dame enfermée dans sa maison est Dona Luisa.
Si je suis découvert dans mes plaisirs secrets, Tout le corps en chaleur prendra mes intérêts ; Et, sans me remuer, je verrai la cabale Me mettre hautement à couvert du scandale.
La gloire du maître de la comédie n’a, du reste, rien perdu à ces investigations, et l’admiration qu’il inspire n’a fait que s’accroître, à mesure qu’on a pénétré la plupart de ses secrets.
Je vais vous développer tous les secrets de l’art facile qui vous séduit. […] Il a eu autrefois à Lemnos un commerce secret avec sa mere.
Soyez surpris, avec raison, de voir la qualité & l’intérêt s’établir des privileges dans le sanctuaire des arts : dites-vous à vous-même qu’au théâtre les vrais nobles, les vrais riches, sont ceux qui ont hérité de Moliere, de Corneille, & qui les approchent de plus près : gémissez en secret ; mais gardez-vous d’insister si vous desirez qu’on vous joue par grace dans les petits jours, ou pendant les chaleurs de l’été57, encore serez-vous très heureux. […] Il trouvera le secret d’écraser tout débutant qui pourroit l’alarmer, & de soutenir tout pigmée qui servira à le faire paroître plus grand.
Ce serait un beau secret. […] Monsieur de La Ressource, le secret au moins, je vous en prie.
Voilà qui est bien : suis-moi ; j’ai des secrets pour déguiser ton visage & ta voix.
J’ai peine à croire, je l’avoue, que les grands hommes soient si peu dans le secret de leur génie qu’on le prétend de nos jours ; et il me semble que si je pouvais interroger Molière lui-même sur son œuvre, il m’en dirait des choses au moins aussi sensées que celles qu’en ont pu dire Messieurs tel ou tel, dont les noms figurent, en petits caractères, au bas de chaque page de ses œuvres dans les éditions Variorum. […] Toutefois, écoutons son secret : car il va. libéralement nous le dire. […] je le connoi, dit Arnolphe ; et il ne se peut rien voir de plus plaisant que le changement de son visage, le rapprochement de ses sourcils et la grimace dont il avale cette pilule… Mais Horace ne voit point cela, ou n’en soupçonne point la cause ; et il s’éloigne, bien aise d’avoir parlé de celle qu’il aime, et recommandant le secret, — sans doute pour se laisser le plaisir de le conter lui-même à tout le monde, et Arnolphe, un moment abattu, finit l’acte en courant après lui afin d’en tirer davantage… Un gros bourdonnement s’élève, le parterre applaudit, les loges font les renchéries ; les marquis sur le théâtre se lèvent avec un bruit proportionné à leur importance et vont derrière la scène agacer les comédiennes ou draper Molière chez Molière. […] Lekain, — le farouche Orosmane, — « Le voilà donc connu, ce secret plein d’horreur. » Lekain, le tragique incarné, rêva de jouer le rôle d’Arnolphe, prétendant que ce n’était pas faire une excursion dans un domaine étranger, mais rentrer dans un bien qui lui appartenait. […] Notre homme a donc en soi et en son système une confiance imperturbable ; et comment ne rirait-on pas de lui, quand, au début de la pièce, on l’a vu avec toutes sortes d’airs de supériorité, d’ironies et de rires gras ; déclarer qu’il.est sûr de son affaire, qu’il a un secret infaillible, ;.que ce n’est pas à lui qu’on en conte et qu’il a tout expérimenté ; et qu’on le voit à la fin battu par une innocente ; lui, le malin, l’homme qui sait, comme on dit aujourd’hui, s’éloigner Honteux comme un renard qu’une poule aurait pris !
Théoriquement, on blâmera l’hypocrisie de part et d’autre, mais d’une part avec énergie et conviction et de l’autre avec une secrète complaisance. […] Or quelle invraisemblance y a-t-il qu’Orgon, dans son absolu et aveugle abandon, ait confié ses secrets et donné une partie de sa fortune à son dangereux séducteur ? […] secrètes ; nous y avons touché incidemment dans les pages précédentes ; mais comme la même question se reproduira au sujet de Don Juan, nous l’ajournons pour la traiter à fond après l’examen de ce second ouvrage. […] C’est là que l’impiété et le libertinage se présentent à tous moments à notre imagination : « Une religieuse débauchée et dont on publie la prostitution, un pauvre à qui on donne l’aumône à condition de renier Dieu, un libertin qui séduit autant de filles qu’il en rencontre, un enfant qui se moque de son père et qui souhaite sa mort, un impie qui se raille du ciel et qui se rit de ses foudres, un athée qui réduit toute la foi à deux et deux font quatre, un extravagant qui raisonne grotesquement sur Dieu et qui par une chute affectée casse le nez à ses arguments, un valet bizarre dont toute la créance aboutit au moine bourru9 », voilà toutes les horreurs dont la pièce est remplie et qui, suivant l’auteur du pamphlet, sont l’indice d’une conspiration secrète contre la religion. […] Mais la vertu d’Alceste n’a nullement ce caractère ; et lorsque récemment, sous prétexte de dévoiler le secret d’Alceste, on a eu l’idée d’y voir la peinture du jansénisme, on s’est trompé du tout au tout, et on a détruit précisément toute la philosophie de la pièce.
Madame est du secret, Monsieur, apparemment ?
Une lettre de madame de Sévigné, du 6 novembre, raconte avec sa grâce ordinaire comment le roi, sous le nom d’un certain Langlée, espèce d’aventurier qui tenait un jeu à la cour, lui donna la plus belle robe dont on eut jamais eu l’idée : « M. de Langlée a donné à madame de Montespan une robe d’or sur or, rebrodé d’or, rebordé d’or, et par-dessus un or frisé, rebroché d’un or mêlé avec un certain or qui fait la plus divine étoffe qui ait jamais été imaginée : ce sont les fées qui ont fait cet ouvrage en secret.
Aussi ne doit-on pas voir en lui un original pour qui la manie de censurer tout ce qui l’entoure ne serait qu’une attitude adoptée par un secret désir de se distinguer du commun, et d’attirer les regards51. […] Se donner raison dans la forme, simuler une rupture, prendre l’offensive, accuser au lieu de se défendre, opposer aux brusqueries des mots évasifs, le persiflage, l’indignation feinte, et se donner des airs de victime, voilà son secret. […] Aussi Goethe a-t-il pu dire : « Entre toutes les pièces de Molière, L’Avare, dans lequel le vice détruit la piété paternelle et filiale, a une grandeur extraordinaire, et est, à un haut degré, tragique. » Ne serait-ce point la raison secrète qui troubla les contemporains ? […] Les précieuses de noble parage aimaient alors à trouver de fines distinctions sur ces menus problèmes de psychologie, sur les sympathies soudaines, ou les mouvements secrets des cœurs. […] La situation de l’acte IV, scène 3, est celle de Mithridate dérobant à Monime le secret de son cœur ; mais le ton n’est pas le même, et la note reste comique.
L’Apothicaire n’en quitte pas sa part, parcequ’il prétend avoir de bons secrets. […] On lui a parlé de la femme d’un savetier qui fait un onguent excellent, & d’un chymiste qui a des secrets épouvantables : il veut les consulter.
La ressemblance que l’on pourrait trouver entre L’École des maris et L’École des femmes, sur ce qu’Arnolphe et Sganarelle sont tous deux trompés par les mesures qu’ils prennent pour assurer leur tranquillité, ne peut tourner qu’à la gloire de Molière, qui a trouvé le secret de varier ce qui paraît uniforme. […] Mardi dernier* Sa Majesté, Admira fort la rareté, D’une machine surprenante, Faite en épinette sonnante, Qui par un secret non commun, Et sans la voir toucher d’aucun, Joue avecque justesse extrême, Plusieurs nouveaux airs d’elle-même. […] Il était temps que le pauvre enfant sortît de sa prison, car il était si mal à son aise depuis cinq ou six heures, que l’épinette en avait contracté une mauvaise odeur. » Le secret de l’épinette de Raisin était découvert lorsque Loret en parla, car après le passage que nous venons de rapporter, cet auteur poursuit ainsi. […] « [*]Quoique le secret de Raisin fût connu (à la Cour) il ne laissa pas de former le dessein de tirer encore parti de son épinette à la foire suivante de l’année 1662. Dans le cours de celle de Saint-Germain, il fait afficher et il annonce le même spectacle que l’année précédente ; mais il promet de découvrir son secret et d’accompagner son épinette d’un petit divertissementa. » Loret parle aussi du spectacle que Raisin donna à cette foire, et de plus, il nous apprend que l’épinette et les enfants de Raisin parurent encore devant le roi et toute la Cour ; voici ses termes : Muse historique du 11 mars 1662.
On peut comparer la véritable Thalie à une femme charmante déchirée en secret par les soupirants qu’elle a rébutés.
Le capitaine Rhinocéros mourut au mois d’octobre 1624 : « Quand ce capitan trépassa, rapporte son camarade Beltrame, on trouva dans son lit un très rude cilice, ce qui causa quelque surprise, car nous n’ignorions pas qu’il était pieux et buon devoto, mais nous ne savions rien de ce cilice. » Il entrait sans doute, dans cette émulation de piété, un secret besoin de protester contre l’excommunication sévère qui pesait en France sur la profession comique.
Les expositions étaient généralement très vives, très brusques dans la comédie de l’art ; Molière lui déroba ce secret.
Sosie ne sert à rien dans la piece, d’ailleurs son maître pouvoit se servir de lui sans lui confier son secret ; & Simon a un triple tort, celui d’aller bavarder avec un pauvre diable qui n’a que faire de ce qu’il lui apprend, celui de se choisir un confident qui ne lui sera d’aucune utilité, du moins aux yeux du spectateur, & celui de donner, par cette confidence importante, du relief & de la consistance à un personnage qu’on ne reverra plus. […] C’est de tous ses secrets l’unique confident, Et de ses actions le directeur prudent : Il le choie, il l’embrasse ; & pour une maîtresse, On ne sauroit, je pense, avoir plus de tendresse.
Je doute qu’il ne vousist pas Vous dire à son trépassement Devant moi si privéement Aucuns secrets par aventure : Pardonnez-moi, car je vous jure Que je cuidoye par ceste ame Qu’il eût eu mon drap. […] Marine les surprend, appelle à grands cris la Comtesse : le Chevalier se jette aux pieds de la Soubrette pour lui demander le secret.
L’amour n’a pas eu de secrets pour Molière. […] La main qui a tracé les scènes du joueur de piquet et du chasseur de cerf, dont Louis XIV avait, dit-on, désigné l’original à Molière, dans la personne de son grand-veneur, le marquis de Soyecourt, cette main-là était initiée à tous les secrets de son art. […] Il s’en va confier à son propre rival ses plus secrets desseins ; et le piquant de l’affaire, c’est qu’il lui emprunte des pistoles pour mener à bien son entreprise. […] On retrouve à chaque instant, chez notre auteur, des preuves de cette puissance secrète des femmes, laquelle fit plus tard la haute et scandaleuse fortune de Mmede Pompadour et de MmeDubarry. […] qui ne s’est trouvé dans ces positions où l’ennui, l’étourderie, la dissipation, entraînent à des démarches qu’une voix secrète condamne au fond de la conscience !
Sans contredit, cette phrase rassemble Tous les ennuis secrets d’un amant mécontent.
Il observait beaucoup ; il y était porté par son caractère, et c’est sans doute le secret de son art.
Et quand il est sorti, Zephiro fait à part lui cette réflexion : « Avec quelle adresse les gens comme Ipocrito savent s’insinuer dans les secrets des femmes !