D’où il suit que l’on peut tout leur sacrifier, même jusqu’à la vérité des caractères. […] Or, ce qui vous divertit le mieux, ce n’est pas la vérité, c’est la fiction. […] La vérité ne se doit donc pas à un tel homme. […] En un mot, épargne-t-il la vérité à son ami ? […] C’est là encore un effet comique obtenu aux dépens de la vérité.
Il ajoute à la vérité : « C’était sans doute parce qu’ils ne sont pas beaux. […] et quel besoin est-il de preuves pour une vérité qui s’explique si bien par une autre qui n’est pas douteuse ? […] Le bel esprit a essayé de nos jours d’accréditer un paradoxe qui me paraît blesser tout ensemble la vérité, la morale et le goût.
Observons cependant, à propos de Térence, que le possible qui suffit à la vraissemblance d’un caractere ou d’un évenement tragique, ne suffit pas à la vérité des mœurs de la comédie. […] Veu & corrigé bien & deument selon la vraie vérité, & ainsi que le mystere est joüé à Paris cette présente année mil cinq cent quarante-ung. […] Le choix des objets & la vérité de la peinture caractérisent la bonne comédie. […] Moliere, à la vérité, mêle quelquefois le comique grossier avec le bas comique. […] Ce sont par exemple des personnes qui ont lu beaucoup de livres anciens & nouveaux, où ils n’ont point trouvé la vérité.
Ma probité n’est pas assez bien établie chez lui, mon exactitude lui est trop suspecte, pour croire que je lui aie donné la vérité. […] Et quelle certitude puis-je donner des soins que j’ai pris, pour découvrir la vérité des faits, que mon honneur et ma réputation ? […] Dans un endroit il me reprend de n’être pas sincère, de supprimer des faits ; dans un autre il trouve mauvais que je dise la vérité. […] Il confond le bon cœur avec les manières : Celles de Chapelle et de Molière ne s’accordaient pas à la vérité ; mais ils se connaissaient intérieurement pour des personnes essentielles et ils essayaient à tous moments de se convertir l’un pour l’autre. […] Mais ce fait est connu de trop de personnes pour être ignoré ; et je doute fort de la vérité du sien.
Pour nous convaincre de cette grande vérité, supposons quelqu’un qui connoisse tout Moliere 6, excepté son Dépit Amoureux ; & mettons sous ses yeux les scenes les plus belles de cette comédie. […] Ils feignent, pour savoir la vérité, de renoncer, l’un à Lucile, l’autre à Marinette. […] De ce premier défaut sont nés tous ceux qu’on voit dans la piece, & qui feront toujours reprocher à l’Auteur d’avoir employé de si bons matériaux pour remplir un sujet ingrat, puisqu’il péchoit contre la premiere des regles, la vérité. […] Nos prédécesseurs ont rendu les sujets très rares à la vérité ; ils se sont emparés des plus saillants ; mais nous ne devons pas nous décourager, graces à la folie des hommes qui paroît de temps en temps sous des formes nouvelles.
Il est surprenant que cette vérité ait échappé à un critique pour qui les ouvrages de Molière ont été un objet d’étude et de travail. […] C’est une vérité commune, dont un proverbe fait foi, qu’un père avare trouve la punition de son vice dans le vice opposé de ses enfants. […] Au contraire, les mots naïfs, les mots arrachés par la situation au caractère ou à la passion d’un personnage, conserveront toujours le droit de plaire par le naturel et la vérité. […] Et quel peintre de la société a mieux senti, mieux observé que Molière, cette mesure précise, qui, de l’exagération de l’art, fait sortir la vérité de la nature ? […] Ce n’était là malheureusement qu’une saillie sans vérité : Molière ne guérissait pas plus que s’il eût exécuté ponctuellement les ordonnances de son docteur.
Uranie répond qu’à la vérité ces mots ne sont pas du tout plaisants en eux-mêmes, mais qu’ils le deviennent par réflexion à Arnolphe, et que l’auteur ne les a pas donnés, comme des traits d’esprit, mais comme des traits de caractère. […] Lysidas, d’erreur ou de vérité, elle n’en croit, ni plus ni moins, ce qu’elle a senti par elle-même. […] Il est vrai qu’elle s’y résigne, en considérant que les vérités les plus simples, comme les vérités les plus hautes, ne sont pas susceptibles d’une démonstration rationnelle, et que, pour prouver qu’il fait jour, comme pour prouver Dieu, il ne faut point raisonner, mais ouvrir les yeux et sentir. […] Mais, si le poète fait tristement, courageusement, le sacrifice des espérances les plus chères au cœur de l’homme à ce qu’il croit être la vérité, quoi de plus beau ? […] On n’a pas votre culture et votre esprit sans être sensible à tant de vérité, de délicatesse, de force, d’élévation et de profondeur.
Il fallait un génie du premier ordre pour peindre les défauts et le ridicule des hommes, avec cette finesse et cette vérité qui touche en même temps le cœur et l’esprit : Molière parut, et la comédie devint l’école du monde. […] « [*]Je ne ferai point comme ceux dont on vient de parler, qui louent et qui blâment excessivement, je dirai la vérité, sans que ce fameux auteur (Molière) s’en doive offenser ; et certes, il aurait grand tort de le faire, puisqu’il fait profession ouverte de publier en plein théâtre les vérités de tout le monde : cette raison m’oblige à publier les siennes plus librement que je ne ferais. […] Ma foi, puisque vous me connaissez si bien, je vais vous dire la vérité de la chose ; mon maître étant mort, je me trouvai fort embarrassé de ma personne, parce que je me trouvais fort gueux, et que je n’avais gagné à son service que la méthode de faire des vers (cosi cosi). […] Cette vérité, soutenue par un fond de plaisanterie gaie, et d’une sorte d’intérêt né du sujet, attira un grand nombre de spectateurs. » « * Le Cocu imaginaire fut joué quarante fois de suite, quoique dans l’été, et pendant que le mariage du roi retenait toute la Cour hors de Paris. » Le lecteur ne sera peut-être pas fâché de trouver ici de quelle façon Grimarest rend compte de cette pièce. […] Son Étourdi, son Dépit amoureux, ses Précieuses ridicules, et son Cocu imaginaire, sont plus que suffisants pour prouver cette vérité, puisque la Cour les a non seulement approuvées, mais encore le peuple, qui dans Paris sait parfaitement bien juger de ces sortes d’ouvrages ; quelques applaudissements toutefois que l’on ait donnés aux deux premières de ces pièces, la troisième a beaucoup plus fait d’éclat qu’elles n’ont fait toutes deux ensemble, puisqu’elle a passé pour l’ouvrage le plus charmant et le plus délicat qui ait jamais paru au théâtre ; l’on est venu à Paris de vingt lieues à la ronde, afin d’en avoir le divertissement.
La vérité est que la complaisance de Louis XIV alla loin. […] En 1694, le monde supportait encore l’expression nue de la vérité. […] A la vérité, il sait réparer ce dernier mal, en prêchant la servitude. […] A la vérité, Cléante est là, pour débonder encore quelques sentences. […] Il faut s’arrêter partout et manquer de respect à la vérité, ou tomber dans la tragédie.
Puis, à cette vérité si simple et si oubliée, Molière joint des préceptes qui fixent avec juste mesure dans quelle limite la femme, l’épouse, la mère devra cultiver son intelligence et acquérir ce que l’instruction lui peut ajouter de mérite et d’agrément. Chrysale dit, dans sa protestation contre le pédantisme féminin : Il n’est pas bien honnête, et pour beaucoup de causes, Qu’une femme étudie, et sache tant de choses313 ; et à la délicatesse de cette réflexion dont le vieillard pousse les conséquences trop loin, Clitandre ajoute le dernier mot de la vérité et du bon sens : Je consens qu’une femme ait des clartés de tout. […] C’est une vérité morale de premier ordre, et qui ne se peut mieux exprimer, que l’ignorance n’est pas la vertu. […] Non, ce n’était pas trop de cette triviale énergie pour attaquer l’erreur qui croit sauver la vertu par la stupidité et l’ignorance ; ce n’est trop d’aucune des scènes de la comédie pour dire et répéter tous les dangers auxquels sont exposés les malheureux tenus dans les ténèbres, et pour proclamer cette philosophique vérité, que le vrai se confond avec le bien, et que si nous savions parfaitement, nous pourrions ne faillir jamais. […] Ta muse avec utilité Dit plaisamment la vérité ; Chacun profite à ton École ; Tout en est beau, tout en est bon ; Et ta plus burlesque parole Est souvent un docte sermon337.
Encore est-il que c’est une profonde vérité. […] Et il y a de la vérité dans cette idée. […] Pour ce qui est de « il ne lui fait du moins ni avance ni déclaration », comme vérité, c’est la vérité ; comme critique de Molière, c’est très injuste. Comme vérité, c’est la vérité. […] La vérité pour moi est que la déclaration de Tartuffe à Elmire est une petite merveille.
Nous avons encore établi dans le Livre précédent, comme une vérité incontestable, que tout l’art de l’imitateur consiste à bien saisir, à bien rendre la nature. […] Convenons qu’il ne sera question ici que de la belle nature, telle que l’a imité Moliere dans les parties & l’ensemble de ses meilleures pieces ; telle enfin que doit la voir un Philosophe qui se propose de corriger & de faire rire les hommes en leur peignant au naturel leurs gestes, leurs traits, leurs travers, leurs ridicules, leurs vices, enfin toutes les vérités que leur amour-propre leur déguise, ou qu’il tient cachées sous les replis du cœur humain.
L’Alceste de Fabre d’Eglantine est d’une vérité frappante. […] Mais, naïf, ou emporté par la force de la vérité, Molière le dit lui-même ! […] Il s’emporte contre eux, et il les aime ; il leur dit de dures vérités, et il les aime ; il les fustige, et il les aime. […] Je reconnais qu’il n’est pas d’une vérité moyenne et facilement vérifiable qu’un valet bâtonne son maître. […] En empruntant ces vérités au sens commun de son temps, Molière avait quelques chances de passer à travers tous les siècles pour champion de la vérité éternelle.
Mais je crois aussi qu’en fait de vérités il y a peu à gagner avec lui. […] On le retrouve jusques dans ses moindres forces, qui ont toujours un fond de vérité et de morale. […] Aujourd’hui que les philosophes nous disent quelques vérités, il faut que les contes reviennent sur la scène.
A peine a-t-il dit une vérité qu’il se hâte d’enfiler vingt folies. […] Je tâche donc à me faire comprendre, sans blesser ni mon homme, ni la vérité. […] Mais la vérité est que si les acteurs sont d’accord pour ma thèse, les littérateurs ne le sont point contre. […] « Il rencontre l’Auvergnat ; celui-là lui dira la vérité. […] Mais pour l’amour pur de la vérité absolue !
Il serait tenté plutôt de cacher sa blessure, s’il n’avait l’impatience de la justice et de la vérité. […] Chacun voit qu’en effet la vérité les blesse. […] C’est encore ici la vérité qui triomphe, en dépit de l’invraisemblance. […] Battu par Harpagon, pour lui avoir dit ses vérités, qu’il désirait entendre, il se console en s’écriant : « Eh bien ! […] Tout y est justesse et vérité.
Le mari s’étant apperçu que, quand elle le faisoit boire, elle ne buvoit jamais, entra dans quelques soupçons, & se douta de la vérité. […] Ils y accoururent, & s’étant informés des uns & des autres de la vérité du fait, ils se saisirent de Tofan, & le rosserent si bien, qu’ils penserent l’assommer : après cette belle expédition, ils firent ouvrir la porte, ramasserent toutes les nippes de la belle que l’un d’eux amena chez lui. […] C’est assez raisonner sur une chose qu’il étoit bon, à la vérité, de faire remarquer, mais sur laquelle nous ferions mal de nous appesantir. […] Si vous m’avez coupé les cheveux, je ne m’en suis pas apperçue ; il est aisé de savoir la vérité : &, en disant cela, elle se décoeffe, & fait voir de beaux & de longs cheveux.
On les emploie pour exprimer ces vérités équivoques qu’on peut nier, qu’on peut affirmer avec un succès égal : ressource inestimable pour les dissertations académiques. […] La pauvre vérité a souvent de ces chances. […] Elle serait assurément plus conforme à la vérité. […] Que ses portraits, image fidèle et précieuse de la société du temps, soient des chefs-d’œuvre de vérité et de vie, nul ne le conteste ; mais qui a jamais songé à comparer les beaux portraits que Rigaud peignait à la même époque aux toiles inspirées de Lesueur et de Poussin ? […] Cette majesté collective a bien d’autres avantages sur Louis XIV et tous les autres protecteurs des lettres, quand ce ne serait que de permettre, d’aimer même la contradiction ; car un moyen de plaire au public, moyen un peu usé aujourd’hui, a été souvent de lui rompre en visière, de lui dire de brutales vérités, de le calomnier même, et il l’a souffert, et il s’en est réjoui.
Il fallut que la voix tardive des hommes de goût s’élevât contre cette injuste froideur qui accueillait un chef-d’œuvre, et ramenât le public à la vérité de ses propres impressions. […] Le doux et sincère Thomas, pour un autre motif que je ferai connaître tout à l’heure, donne exactement ici la même entorse à la vérité que le sophiste éloquent et chagrin. […] Voilà, pour dire la vérité et donner enfin l’explication que j’ai promise, ce qui est cause que Thomas a fait de la comédie de Molière un faux exposé, pour en tirer une fausse conséquence. […] Ce rôle de Bélise, il le faut bien avouer, manque de vérité ; du moins il n’a pas la vérité dramatique, qui n’est autre que la vraisemblance. […] Bonnefoi, notaire prévaricateur, et méritant un châtiment légal, est un personnage étranger à l’état actuel de la société, ou, pour mieux dire, privé de ce caractère de vérité générale qui convient à la comédie de mœurs.
Cet aveu n’est autre chose que le sentiment réfléchi d’un sçavant détrompé ; mais le mot du vieillard, qui du milieu du parterre s’écria par instinct, Courage, Moliere, voilà la bonne comédie, est la pure expression de la nature, qui montre l’empire de la vérité sur l’esprit humain. […] Cette vérité, soutenuë par un fonds de plaisanterie gaye, & d’une sorte d’intérêt né du sujet, attira un grand nombre de spectateurs12 pendant quarante représentations, quoique ce fût en été, & que le mariage du Roi retînt la cour hors de Paris. […] Choqué du maintien grave, des dehors étudiés, & du vain étalage de mots scientifiques que les médecins de son tems affectoient, pour en imposer au public, il a crû pouvoir tirer de leur ridicule un fonds de comique plus amusant, à la vérité, qu’instructif. […] Paris fut frappé de la vérité du tableau qu’on lui présentoit ; la foule imposa silence aux critiques. […] On s’étonnera peut-être que je n’aye point fait M. de Moliere avocat, mais ce fait m’avoit absolument été contesté par des personnes que je devois supposer en sçavoir mieux la vérité que le public ......
Il faut ne leur offrir que des vérités palpables, pour ainsi dire. […] La vraisemblance ordinaire caractérise les choses qui arrivent ordinairement dans le cours de la vie commune des hommes ; l’extraordinaire est celle qui doit son ombre de vérité à la puissance des Dieux, ou de la féerie. […] Moliere, qui consultoit sa servante, étoit plus persuadé qu’un autre de cette vérité : voilà ce qui me donne la témérité d’exposer mes réflexions.
La poésie, à ses yeux, n’était pas la parure des choses, elle en était l’idée intime ; l’élément poétique répondait aux meilleures parties de notre être; il ne pouvait déchoir alors que l’état social se perfectionnait, car une vérité ne pouvait contredire une autre vérité. […] Point de moralité dans l’art en dehors de la vérité ; représenter l’homme tel qu’il est, c’est déjà faire un pas dans les domaines de la morale ; le bien connaître est le seul moyen de lui donner une impulsion salutaire. Corneille est héroïque, mais sa force est trop souvent en dehors de la vérité; il éveille le sentiment de la grandeur, mais il ne montre pas où réside la véritable grandeur : « Il renfle l’âme et ne la nourrit pas. » Comme poète, Racine est plus chrétien ; il ne tente pas de m’apprendre que je puis tout; il me fait voir que par moi-même je ne puis rien 1 . » C’est du poète que Vinet parle en ces termes, complétant, corrigeant peut-être, ce que nous venons d’entendre de la bouche de M. […] Au seizième siècle, cette vérité se montra sous un nouveau jour. […] Il a quelque chose d’analogue à ces passions énergiques et à cette soif de vérité, la folie de Pascal.
Il ne nous suffit plus, comme aux premiers spectateurs de Molière, qu une comédie nous charme par la vérité des caractères, l’habileté de l’intrigue et l’agrément du langage : nous voulons savoir quel esprit secret l’anime, quel but invisible aux yeux vulgaires s’est proposé l’auteur, au nom de quels principes latents il a fait parler et agir les personnages qui s’agitent devant nous. […] Le but de la comédie est de faire rire : voilà la vérité. […] Ce manque de vérité et même quelquefois de vraisemblance, qui est un caractère des œuvres artistiques, a été reproché à Molière par les critiques qui ne se sont pas placés au point de vue de l’art : « Il a outré souvent les caractères. […] « Jusque-là, il y avoit eu de l’esprit et de la plaisanterie dans nos comédies ; mais il y ajusta une grande naïveté, avec des images si vives des mœurs de son siècle, et des caractères si bien marqués, que les représentations sembloient moins être des comédies que la vérité même : chacun s’y reconnoissoit, et encore son voisin, dont on est plus aise de voir les défauts que les siens propres. » Perrault, Les Hommes illustres qui ont paru en France pendant le dix-septième siècle, article J.
Molière, quel que fût son dépit, respectait trop les bienséances et la vérité, il se respectait trop aussi lui-même pour se permettre publiquement un quolibet si offensant et si calomnieux. […] Le théâtre, tant tragique que comique, a une règle générale fondée sur la vérité des choses, c’est qu’on ne doit y faire figurer aucun personnage parfait. […] Nous tromperions-nous en admirant Tartuffe comme un personnage plein de vie et de vérité, naturel et dramatique à la fois ? […] Ici, c’est un trait de vérité locale, qui sert à marquer que Tartuffe n’est pas homme à se trahir devant un tiers, et que, pour avoir son secret, il faut absolument l’intercepter et, pour ainsi dire, le violer Notice historique et littéraire sur Amphitryon Amphitryon fut joué le 13 janvier 1668, et eut vingt-neuf représentations consécutives. […] Si la vraisemblance dramatique existe pour nous, comme pour les anciens, dans les deux sujets d’Amphitryon et des Ménechmes, il s’en faut qu’il puisse y avoir chez nous la même vérité théâtrale dans la représentation des deux pièces : le défaut de masques en est la cause.
C’est une vérité. […] C’est une vérité.
Il est déjà très corrompu au commencement du premier acte ; et pourtant, à mesure que le drame se développe, on voit sa corruption croître tellement, qu’il est impossible que ce spectacle ne fasse pas réfléchir à celte mystérieuse vérité morale, qu’une chaîne indissoluble lie tous les vices, et force presque nécessairement à rouler jusqu’en bas celui qui a commencé à descendre cette pente, insensible d’abord, qui devient un précipice à la fin : Dans le crime il suffit qu’une fois on débute : Une chute toujours attire une autre chute ; L’honneur est comme une île escarpée et sans bords : On n’y peut plus rentrer dès qu’on en est dehors43. […] Je ne parle pas des filles mises à mal, c’est d’une vérité trop évidente ; mais ce valet, qui croit en Dieu au fond, qui voudrait avertir et retenir son maître, et à qui sa faible raison ne permet de défendre que ridiculement la cause de la vérité61 ; qui est forcé à mentir62, à insulter63, à cacher comme une honte les moindres bons sentiments64, à partager enfin toute la vie et tous les crimes de don Juan, « parce qu’un grand seigneur méchant homme est une terrible chose : il faut qu’on lui soit fidèle, en dépit qu’on en ait, et la crainte réduit d’applaudir bien souvent ce que l’âme déteste65 ; » ce valet, nous le voyons se gâter, s’endurcir, imiter l’escroquerie du maître66, engager le Pauvre à jurer un peu 67 ; et enfin, après le châtiment de don Juan, n’avoir d’autre sentiment en face de cette mort effrayante, que le regret des gages qu’il perd68 : ah ! […] Surtout, quelle hardiesse et quelle vérité dans la leçon, venant de tout en bas au grand seigneur si haut placé, par la bouche du mendiant contre qui sa corruption échoue ! […] C’est encore au point de vue de l’influence du vice qu’on doit étudier l’Avare 92, moins pour la banale vérité qu’il ne faut pas trop aimer les écus, que pour le spectacle de toutes les conséquences que traîne avec soi cette passion sordide.
Regnard est après Moliere l’Auteur comique le plus généralement estimé ; il faut donc, si ce que nous venons de dire est vrai, qu’il soit après Moliere celui qui a le plus imité ses prédécesseurs ; aussi est-ce la vérité même. […] Le meilleur rôle est celui d’Agathe : elle forme l’intrigue & le nœud de la piece ; ses ruses sont, à la vérité, un peu grossieres. […] Il étoit si facile de savoir la vérité ! […] A tous ces événements amenés par force, enchaînés par l’invraisemblance même, il suffit d’opposer la vérité des incidents amenés naturellement par la robe volée, l’unique mobile de tout, & qui, chose bien extraordinaire, met elle seule tous les personnages dans une situation propre à dévoiler leurs véritables caracteres. […] Tous ces divers caracteres, animés par la robe, se soutiennent d’un bout à l’autre dans toute leur vérité ; au lieu que ceux de la piece françoise, ne tenant à rien, & faux par eux-mêmes, se démentent continuellement.
Que cela soit vrai ou non, les partisans outrés de Racine le rapportent pour prouver la vérité de sa diction ; ils ont raison, mais ils ne prouvent point ainsi la vérité & sur-tout la vivacité de l’action de ses pieces.
Dans les Fâcheux, Moliere devoit peindre nécessairement plusieurs importuns, & soutenir l’attention du public par la variété autant que par la vérité de ses images ; il eût manqué son but si l’un de ses portraits eût été assez fort pour dominer sur les autres d’une façon sensible : aussi tous les caracteres qu’il introduit dans cette piece ont-ils à-peu-près la même force, la même valeur ; ce qui devoit être nécessairement, puisque l’Auteur les destine tous à la même chose : l’un ne doit pas faire plus qu’un autre, les coups qu’ils portent doivent donc être également frappés. […] L’amour le met en feu, la contrainte le tue ; Et si par la pitié vous n’êtes combattue, Je meurs & de la feinte & de la vérité.
Il s’aperçut que ces vérités prétendues n’étaient que des balivernes à la mode. […] La vérité est que M. […] Vérité enregistrée par Dubois. […] Cette scène manque donc de chaleur et de vérité dans la couleur. […] Quelle vérité !
C’est là une vérité évidente, et je ne la démontrerai point. […] Mais les caricatures grotesques ont bien plus d’expression et de vérité idéale que les portraits les plus fidèlement exécutés42. […] Le spectateur ignorant ne voit et n’admire dans une œuvre d’art que sa vérité extérieure et grossière ; mais l’amateur délicat considère surtout la vérité intérieure de la composition. […] Mon rôle modeste s’est borné à en développer quelques conséquences, à produire au grand jour une faible partie du trésor de vérités qu’ils renferment, et je n’ai pas négligé une occasion de répéter les propres paroles du maître, certain qu’elles charmeraient mon auditoire. […] Les images idéales et les caricatures grotesques ne prétendent dans la poésie à aucune autre vérité qu’à celle de l’expression.
Repoussons une imputation qui a peu de vraisemblance et dont rien n’atteste la vérité. […] Cet âge était précisément celui qu’avait Molière lui-même à cette époque ; et ce qui ajoute à la singularité de ce rapport qui n’est sûrement pas fortuit, c’est qu’amoureux et jaloux presque autant qu’Arnolphe, il venait d’épouser la Béjart, qui était presque aussi jeune qu’Agnès, mais, à la vérité, n’était pas aussi ingénue. […] Ta Muse, avec utilité, Dit plaisamment la vérité, Chacun profite à ton École ; Tout en est beau, tout en est bon ; Et ta plus burlesque parole Vaut souvent un docte sermon. […] Ces divers ridicules étaient peints avec trop de vérité et de vivacité dans La Critique, pour que ceux qui avaient servi de modèles, reconnus par tout le inonde, ne se reconnussent pas eux-mêmes, et n’en devinssent pas plus furieux contre l’auteur. […] En parcourant des yeux ce léger crayon, fruit de la circonstance et d’un heureux accès d’humeur satirique contre d’injustes censeurs, on est frappé du nombre de figures originales que Molière a placées depuis dans ses plus importants ouvrages, en leur donnant, à la vérité, le développement et le coloris qu’elles ne pouvaient avoir dans une simple esquisse.
On a pu voir combien ils étaient vrais, non seulement par les inscriptions, mais parce que la vérité parle tout haut. […] Là, est le cachet de la vérité. L’histoire ne vit que par la vérité. […] La vérité, c’est qu’un beau jour il abandonna sa boutique pour suivre celle de Molière emmenant sa femme et sa fille. […] Il fut aimé pour sa gaieté, pour le naturel de son jeu, pour la vérité de son comique dans les rôles de paysan.
On.admire, sans trouver de termes pour la louer, cette scène étonnante, où, avec une vérité crue et une hardiesse sans exemple, sont placés face à face le vice et la vertu, dans une situation si critique, qu’il fallait toute l’audace du génie pour l’aborder. […] Après tant de vérité, tant de principes excellents, tant de grâce et de bon sens apporté dans la peinture de la femme, il serait trop rigoureux de reprocher à Molière d’avoir introduit sur la scène quelques femmes d’intrigue, comme Nérine ou Frosine 398 ; sans doute, le moraliste doit être aussi sévère pour elles que pour les Mascarilles et les Scapins 399 : mais elles sont plus que compensées par ces bonnes et fidèles servantes comme Nicole, Martine, Toinette, qui ne connaissent de famille ni d’affection que leurs maîtres, et qui sont, avec toute leur rusticité, des modèles de bon sens et de dévouement400. […] On doit surtout un respect profond à Molière, pour avoir compris et montré cette vérité mystérieuse de l’union intime de la femme et de l’honneur, qui fait penser à la gracieuse légende de l’hermine.
Je ne prendrai point le dernier des Auteurs pour le faire jouter contre Moliere ; je choisirai celui qui, de l’aveu de tout le monde, marche le plus près de lui, & que tant de personnes, un peu trop faciles à la vérité, placent à ses côtés. […] Ils ne font, à la vérité, que changer de ridicule ; mais si le malade n’en voit pas moins le sombre bord, il a l’avantage de faire plus gaiement les apprêts de son dernier voyage. […] Il voit cependant les Auteurs les plus célebres de son temps, les mieux reçus à la Cour, les mieux pensionnés, briller par des ouvrages dénués des graces de la vérité, de celles de la belle nature, mais remarquables en revanche par le clinquant le plus faux, & par toutes les grimaces de l’affectation. […] Ce style figuré, dont on fait vanité, Sort du bon caractere & de la vérité : Ce n’est que jeu de mots, qu’affectation pure, Et ce n’est point ainsi que parle la nature. […] Vous les voulez traiter d’un semblable langage, Et rendre même honneur au masque qu’au visage, Egaler l’artifice à la sincérité, Confondre l’apparence avec la vérité, Estimer le fantôme autant que la personne, Et la fausse monnoie à l’égal de la bonne ?
À la vérité, il n’est pas sans inquiétude sur les allures de Dorimène. […] Ce titre, à la vérité, ne fut pas sans lui causer d’abord un singulier embarras. […] Armande, à la vérité, était enceinte ; mais de cruels soupçons... […] À la vérité, le]public d’alors ne le connaissait pas par la lecture autant que le public d’aujourd’hui ; mais on allait le voir. […] Mais la vérité, c’est qu’il ne pouvait plus rester chez lui quand il n’y était pas au travail.
La vérité est qu’il ne cessa point de le louer quand il le vit dans le tombeau : il lui reprocha seulement d’avoir eu trop de complaisance pour le parterre, censure raisonnable à certains égards, injuste à tout prendre (G). […] Mais la vérité est que Moliere ne mourut pas de cette façon : il eut le tems, quoique fort malade, d’achever son rôle. […] A la vérité il a excellé dans ses Portraits, & je trouve ses Comédies si pleines de sens, qu’on devroit les lire comme des instructions aux jeunes gens, pour leur faire connoistre le monde tel qu’il est. […] Songent-ils bien que si je m’étois réglé sur leurs idées de perfection, j’aurois fait un Livre qui leur eût plu à la vérité, mais qui eût déplu à cent autres, & qu’on eût laissé pourrir dans les magazins du Libraire ?
Il ressuscite la vérité morte ; il nous rend par la magie d’une langue éternellement neuve, la vie même de nos pères, si différente de la nôtre, et pourtant, si semblable : passions, travers, physionomies, grimaces ; notre sottise d’autrefois, encore si bien portante aujourd’hui, et notre esprit de toujours, le talisman de la féerie gauloise, votre esprit à vous, l’esprit français, composé de bon sens, de bonne foi, de bon cœur, l’esprit de Rabelais, d’Henri IV et de Voltaire : notre esprit historique, national, qu’on nie de temps en temps chez nous, quand c’est la mode, mais que l’étranger nous envie toujours, — ce piquant, ce charme particulier de nos femmes, qu’elles soient la reine Marguerite, Sévigné, la marquise, ou Jenny l’ouvrière, — cette gaîté robuste et en quelque sorte fatale qui force le grand Corneille à écrire le Menteur, une fois en sa vie, et Racine à interrompre Andromaque pour lancer l’éclat de rire des Plaideurs, — cette immortelle bonne humeur, enfin, qui vit de nos gloires, qui survit à nos désastres et qui, loin d’abaisser notre caractère, est le meilleur argument de notre éloquence et Tarme la plus fidèle de notre valeur. […] Elle analyse sans ménagement, elle observe sans pitié ni pudeur, comme on fourrage en pays ennemi; c’est de vive force qu’elle s’empare de la vérité : elle a raison. […] Au théâtre, cette pente est dangereuse parce que la vérité du professeur n’est presque jamais la vérité de tout le monde.
A ne vous rien cacher de la vérité pure, J’ai d’amour en ces lieux eu certaine aventure ; Et l’amitié m’oblige à vous en faire part. […] Un jeune objet qui loge en ce logis, Dont vous voyez d’ici que les murs sont rougis : Simple à la vérité, par l’erreur sans seconde D’un homme qui la cache au commerce du monde ; Mais qui, dans l’ignorance où l’on veut l’asservir, Fait briller des attraits capables de ravir : Un air tout engageant, je ne sais quoi de tendre, Dont il n’est point de cœur qui se puisse défendre. […] c’est la vérité qu’un homme... […] c’est la vérité qu’un homme... […] Commandons à tous les Poëtes D’être fideles interpretes De l’Ecole & de sa beauté, D’en dire bien la vérité, Et d’en parler en conscience.
Non : c’est par vérité. […] Tout cela est très-comique et très-sérieux : la vérité banale, et pourtant sans cesse attaquée par des utopistes des deux sexes, que le mariage est la base, et la moralité de toute société humaine, n’a pas été proclamée plus haut, dans les ouvrages les plus graves, que dans les scènes les plus risibles de Molière. […] Les paroles de Sganarelle ne sont que celles d’un valet ridicule, et le refrain qui ahurit M. de Pourceaugnac n’est que le couronnement d’une farce folle ; mais sous ce ridicule et cette folie demeure et brille une vérité morale de premier ordre, affirmée nettement par Henriette et Clitandre dans les Femmes savantes, prouvée implicitement de la manière la plus victorieuse et la plus touchante par Elmire dans le Tartuffe.
L’effroi ou la honte que ces prédications parurent jeter dans l’âme des deux amants, furent plus forts et plus déterminants en 1675 qu’ils ne l’avaient été dans les années précédentes, où les carêmes n’avaient pas été prêches avec moins de véhémence, et où les vérités de la religion n’avaient pourtant rien obtenu. […] Voilà sur quoi vous pourrez faire nos réflexions comme sur une vérité. […] Une lettre subséquente nous apprendra que la vérité qui était comme à Pomponne le 24 juillet, s’est répandue à Paris dans le mois suivant.
Il faut, à la vérité, qu’un comique ménage des jeux de théâtre aux comédiens ; mais il ne doit jamais le faire aux dépens de sa gloire. […] Plusieurs de mes lecteurs vont s’écrier peut-être, qu’il n’étoit pas nécessaire d’écrire une vérité incontestable, qui n’est ignorée de personne.
D’autre part, si l’on trouve ici la vérité choquante, c’est que, le plus souvent, lorsque l’on songe à Molière, on ne considère que le grand écrivain et pas du tout l’acteur, quoique la comédie jouée ait tenu autant de place dans son existence que la comédie écrite ; on ne veut voir l’auteur du Misanthrope que sous de nobles traits. […] Cette transformation nous a valu un chef-d’œuvre, et il y reste assez du Molière authentique pour sauvegarder les droits de la vérité. […] Toutes les sortes d’amour lui portent bonheur ; il les exprime avec une vérité suprême, soit en de petites scènes où l’action se pose un moment, mais qui ne tiennent à l’intrigue que par un fil léger, ou dans des pièces entières, inspirées de lai seul. […] Il y a, dans l’Impromptu de l’hôtel de Condé, un portrait de Molière tragédien où se trouve certainement une part de vérité. […] C’est une double infirmité de notre nature, d’abord de ne pouvoir prendre notre parti de nos défauts, et aussi de déprécier ce qu’ils nous interdisent ; mais, au théâtre surtout, le Renard et les Raisins sont une vérité.
Nous savons, il est vrai, qu’on ne prouve pas qu’il fait jour, qu’on ne prouve pas non plus les axiomes, qu’ainsi l’impossibilité de prouver ne prouve elle-même rien contre certaines vérités, et de peur que vous ne vous avisiez de dire que vos théories sont évidentes comme la lumière du jour ou comme les axiomes, nous allons vous montrer comment vous les formez toutes. […] ; 3º le moment historique (nous retrouvons une croyance, des principes, une méthode : mais cette nouvelle doctrine n’est pas encore une synthèse ; elle n’est évidemment qu’un dernier fragment de la vérité totale, de cette inconnue que nous cherchons).
Le bon-homme Hégion se laisse quelque temps persuader par Tindare ; mais Aristophonte, aidé de cet air d’assurance que donne la vérité, triomphe enfin. […] Ils ont, à la vérité, imaginé d’exprimer le sentiment par des lignes entieres de points. […] Ne soutenez plus une opinion flatteuse pour vous, à la vérité, mais qu’il est si facile de pulvériser Dorine va vous dire encore : Je n’en parle, Monsieur, que pour votre intérêt.
Ce vieillard était homme de grand sens, puisqu’il était ainsi frappé de la supériorité du nouveau genre tenté par Molière, sur celui dans lequel ses devanciers et lui-même jusqu’alors s’étaient renfermés ; mais Ménage fit preuve d’une candeur plus admirable encore, lorsqu’il reconnut de si bonne grâce une longue erreur de son esprit, et qu’il fit si complètement le sacrifice de son amour-propre à la vérité qui venait le désabuser. […] C’est ainsi à peu près qu’un beau portrait de Vandick, représentant un, personnage qui depuis longtemps n’est plus et dont le souvenir même n’excite aucun intérêt, est toujours d’un grand prix aux yeux des connaisseurs, qui savent y admirer la correction et la fermeté du dessin, l’éclat et la vérité de la couleur, l’air de nature et de vie, enfin l’art et la main d’un grand maître. […] Ce Gorgibus du Cocu imaginaire est dessiné absolument sur le même modèle que celui des Précieuses ridicules ; c’est, pour dire vrai, le même personnage dans deux situations différentes, et, ce qui le rend digne d’observation dans les deux pièces, c’est qu’il montre quelque chose de ce bon sens naturel, de cette raison populaire que nous verrons développée avec plus de force, mais non avec plus de vérité, dans l’admirable rôle du Chrysale des Femmes savantes. […] Elles ont entre elles une espèce de liaison et d’enchaînement ; de leur ensemble résulte une intrigue, légère à la vérité, mais à laquelle toutefois chaque scène concourt de manière à ne pouvoir être supprimée ou changée de place, sans que l’économie de la pièce en soit dérangée.
Un ingénieux écrivain, dont la longue carrière dramatique a été semée de brillants succès, celui qui peut-être dans notre siècle, par la ressemblance des peintures, la gaieté franche et communicative, et la vérité d’observation, rappelle le plus l’inimitable Molière, M. […] Ô portraits encore pleins de vérité ! […] Dimanche peut être présentée comme un chef-d’œuvre de vérité et de comique. […] Depuis le noble empesé de campagne, jusqu’au pétulant marquis de cour, depuis les boutades brutales de Gorgibus, jusqu’au style quintessencié de Philaminte, c’est la même vérité : aucun trait n’échappe à son coup d’œil perçant ; il saisit dans des ridicules semblables des différences imperceptibles. […] Mais telle est la vérité profonde du portrait et la plénitude des détails, qu’à toutes les époques on a pu en montrer au doigt les originaux, et aujourd’hui encore le parterre se plaît à substituer au nom de Tartufe des noms contemporains.
Reprenez la vérité comme votre bien, et laissez-moi les paradoxes, — ou le scepticisme.
Voltaire, qui, à la vérité, avait une bonne raison pour ne pas aimer que l’on décriât les femmes savantes (c’était son attachement pour la marquise du Châtelet), observe fort judicieusement et en homme de l’art, que dans la pièce dont nous parlons, « Molière attaque un ridicule qui semblait peu propre à réjouir ni la cour, ni le peuple à qui ce ridicule paraissait être également étranger, et qu’elle fut reçue d’abord assez froidement. […] J’ai peint à la vérité d’après nature ; j’ai pris un trait d’un côté et un trait d’un autre, et de ces divers traits, qui pouvaient convenir à une même personne, j’en ai fait des peintures vraisemblables, cherchant moins à réjouir les lecteurs par la satire de quelqu’un, qu’à leur proposer des défauts à éviter et des modèles à suivre ».
Les périodes suivantes nous apprendront ce que vaut ce bienfait, ici je me borne à insister sur cette vérité, que nous le devons au mélange et à la parité des sexes dans la société dont l’hôtel de Rambouillet donna le premier exemple.
Personne n’a jamais mieux connu les ridicules, & ne les a peints avec tant de force & de vérité.
Si je tenois, disoit-il, toutes les vérités dans ma main, je me garderois bien de l’ouvrir : on sait que la découverte d’une seule vérité fit traîner Galilée dans les prisons de l’Inquisition.
Combien de fois n’arrivera-t-il point que le contraste demande une scene, & que la vérité de la Fable en demande une autre ? […] C’est une vérité que nous devons avoir toujours présente en composant.
Il n’eut à la vérité qu’une pension de mille livres. […] Cette espèce de comédie est presque sans nœud, ni liaison dans les scènes ; mais elle brille par la vérité des portraits, et par l’élégance toujours soutenue du style.
Molière, dit à Boileau, en lui serrant la main : voilà la plus belle vérité que vous ayez jamais dite.
S’il s’agissait d’un sophiste vulgaire, la fausseté palpable de ces arguments dispenserait d’y répondre, surtout une troisième fois ; mais on doit à un homme tel que Rousseau, on doit principalement à ceux qu’il pourrait abuser par le prestige de son talent et de sa renommée, de plaider contre lui la cause de la vérité, toutes les fois qu’il lui plaît de prendre en main celle de l’erreur. […] L’histoire de Psyché a exercé la sagacité de plusieurs de ceux qui ont essayé de découvrir les vérités morales ou physiques cachées sous le voile des fables. […] comment une farce, pleine de sel et de gaieté sans doute, mais privée de cette vérité, de cette profondeur d’observation, qui font du théâtre un miroir de l’homme et de la société, serait-elle venue, pour ainsi dire, séparer deux admirables peintures de caractères et de mœurs, si Molière, en la composant, n’avait cédé à d’autres suggestions qu’à celles de son génie, n’avait obéi à d’autres intérêts qu’à ceux de sa gloire ? […] Il se vante, mais il ne va pas au-delà de la vérité ; il promet beaucoup, mais il fait plus encore.
Ta muse avec utilité Dit plaisamment la vérité ?
On y promene le spectateur dans une galerie de portraits, faits, à la vérité, de main de maître, mais qui peuvent se transporter, se retrancher même au gré de l’acteur, & qui nous peignent des personnes avec lesquelles il est très inutile de lier connoissance, puisque la plupart ne doivent entrer pour rien dans la piece. […] La scene est finie : Alceste, dans deux ou trois couplets, a dévoilé, à la vérité, la droiture de son caractere, en apostrophant la satyrique Célimene & ses fades adulateurs ; mais il n’a rien fait de ce que j’attendois sur sa parole. […] » J’ai déja dit, je crois, qu’il falloit travailler avec autant de soin le plan d’une seule scene que celui d’une piece entiere ; &, je le répete, parceque c’est une vérité très essentielle, si, comme le dit le Pere Brumoi, l’intrigue d’une piece est un labyrinthe qui va & revient sur lui-même, dans lequel on aime à se perdre en cherchant à en sortir, le plus petit de ses détours doit, à mon avis, avoir une entrée agréable, & nous conduire, par un sentier fleuri, vers une issue qui nous rejette dans le centre.
La premiere situation est tiraillée & sans vraisemblance, la derniere a du moins un air de vérité ; mais l’une & l’autre mêlées ensemble font un tout qui ne vaut rien. […] Sbrigani feint d’être surpris ; & après s’être beaucoup fait prier, & avoir consulté fort long-temps une bague que Pourceaugnac lui donne pour l’engager à dire la vérité, il lui avoue que Julie est une coquette achevée ; ce qui dégoûte le prétendu, parcequ’on aime à aller le front levé dans la famille des Pourceaugnac.
La naïve Sophie, en sa simplicité, Est une glace encore pure, Qui réfléchit la nature Dans toute sa vérité. […] Il y a, à la vérité, comme nous l’avons remarqué, un couplet où il est question de Sophie léguée à Eraste ; mais ce n’est qu’en passant.
Il a voulu faire suivre, à chaque face de son édifice, l’alignement des rues : toujours parce qu’il n’a pas su ou n’a pas voulu se pénétrer de l’idée qu’un monument n’est pas un bâtiment bourgeois, et que le mettre en harmonie avec ce qui l’entoure et ce qui sert d’habitation, c’est justement lui ôter son caractère de dignité et de vérité relative. […] Ne serait-il pas temps de réparer cet oubli, et d’élever sur la place publique, comme un témoignage d’orgueil national, un monument à celui qui fut si souvent et énergiquement l’apôtre de la vérité et du sens commun, et qui, comme Molière, n’a eu son pareil chez aucun peuple moderne ?
C’est ainsi qu’il put peindre avec tant de relief et de vérité toutes les variétés de la physionomie humaine. […] Les hommes véritablement pieux ont une tout autre allure, et Molière a peint leurs mœurs avec une vérité qui prouve à quel point il les estimait, et que réellement il ne voyait au monde « chose plus noble et plus belle que la sainte ferveur d’un véritable zèle » : Point de cabale en eux, point d’intrigues à suivre ; On les voit pour tous soins se mêler de bien vivre. […] Leurs faiblesses, et ils en ont, ne sont que des traits de vérité plus frappants et des arguments de sincérité.
Je croyais Jeanneton plus douce qu’un mouton, etc… Alceste, en substituant à un sonnet précieux une chanson quelconque, ne sort d’un excès que pour se jeter dans l’autre ; et la vérité, aux yeux de Molière, est entre les deux. […] Telles sont les vérités que Molière enseigne aux hommes, les menaçant, s’ils se refusent à bien vivre, non pas des chaudières bouillantes dans un problématique enfer, mais des sanctions humaines qui nous préoccupent en fait bien davantage. […] Alceste dira la vérité, toute la vérité, coûte que coûte, et à tout venant.
Ce tableau est fait de main de maître et, quoique Pierre Gringore fût à peine né à l’époque où le poète lui attribue la moralité de 1482, cette licence non impardonnable, tant de fois dépassée d’ailleurs par l’école de la couleur locale, ne saurait empêcher de rendre justice çà la vérité de la peinture. […] Nous continuons, au Xe, par un colloque de Vérité et de Mensonge, Àlithia et Psevtis, c’est-à-dire christianisme et paganisme, chanté à quelque repas d’évêque. […] A la vérité, on se trouverait d’accord ainsi avec un ancien critique, qui n’a connu ni « le théâtre » de Hroswitha, ni les Vierges sages et les Vierges folles, ni les Epîtres farcies ; il en coûtera peut-être quelque chose à notre amour-propre d’avoir édité tant de vieux textes, pour n’arriver qu’à répéter avec Boileau, que « le théâtre fut longtemps, chez nos dévots aïeux, un plaisir ignoré. » Toutefois, Messieurs, je n’y vois pas grand mal et, quand les idées reçues ont du bon, je trouve assez sage de s’y tenir. […] Paix et Miséricorde se jetèrent à ses pieds; Justice et Vérité plaidèrent contre Paix et Miséricorde, en suite de quoi Dieu déclara que, pour racheter le crime commis, il fallait qu’il se trouvât un homme sans péché, qui consentît à souffrir les tourments et le supplice pour le salut de l’humanité.
Heureux si par mes efforts j’ai pu contribuer à rétablir quelquefois la vérité ! […] J’en ai eu plus de peine à développer la vérité ; mais je la rends sur des mémoires très assurés, et je n’ai point épargné les soins pour n’avancer rien de douteux. […] Mais j’ai de bons garants de la vérité que j’ai rendue au public, à l’avantage de cet auteur. […] Mais ce fait m’avait été absolument contesté par des personnes que je devais supposer en savoir mieux la vérité que le public ; et je devais me rendre à leurs bonnes raisons. […] Molière, quel que fut son dépit, respectait trop les bienséances et la vérité, il se respectait trop lui-même, pour se permettre publiquement un quolibet si offensant et si calomnieux.
L’optique du théâtre a ses licences, personne n’en doute ; mais elles ne doivent pas aller au-delà de la vérité. […] Le croirait-on, si la vérité ne nous en était garantie par des preuves authentiques ? […] Amphitryon furieux, proteste qu’il arrive à l’instant de l’armée, et va chercher des témoins pour attester la vérité de ce qu’il avance. […] Monmeni rendait, dit-on, ce personnage intéressant ; tant pis : il ne pouvait y réussir qu’en blessant la vérité du rôle. […] La multitude rit à la vérité, mais les gens de goût haussent les épaules.
Est-ce que vous ne vous dites pas : eh oui, c’est bien cela, c’est la vérité même, l’amour est le privilège de la jeunesse. […] Je tiens à une idée que j’y ai mise, à une pensée d’éducation que vous n’y voyez pas ; j’apportais une vérité nouvelle. Eh bien, si les contemporains de Molière n’ont pas soupçonné cette vérité nouvelle et si Molière lui-même n’y a pas fait allusion, soyons donc certains qu’elle ne lui est jamais venue.
Si d’un autre côté je voulois mettre sur le théâtre le Faux Magnifique 62, j’aurois, à la vérité, l’avantage de ne pas trouver le fond du caractere épuisé, parcequ’on a mis rarement la magnificence en action63 : mais la matiere est-elle bien comique, bien morale ? […] Monsieur votre oncle, dont je suis connu, sait si je dis la vérité : & puisque l’on me force de parler ; sachez, Madame, que Monsieur, à qui je vois que l’on donne la qualité de Comte, est à peine gentilhomme, & très mal dans ses affaires. […] Peu de temps après que M. de Marmontel eut donné sa Poétique, on lut aux François cinq Défiants, qui tous furent refusés, & le méritoient, parceque le héros qui, à la vérité, se méfioit de plusieurs personnes, se confioit à celles qu’il auroit dû redouter davantage, & qui le trahissoient, de sorte que le Défiant se trouvoit la victime de sa confiance.
Il lui avait offert, avant d’en venir là, de lui faire voir la vérité, soit en l’accompagnant lui-même, soit en disant à deux amis de l’accompagner, quand il irait au rendez-vous habituel. […] Pandolfo se rassure et dit à Ricciardo qu’il veut auparavant parler à sa fille pour savoir d’elle la vérité, et que dans une heure il lui rendra réponse. […] Il a peur seulement que Virginia, ou par honte ou par colère, ne nie la vérité.
Peut-on nier, cependant, qu’elles aient un coin de vérité ? […] Toutes les suppositions sont un peu vérité. […] Chez Molière, l’intrigue est nulle, le sujet matériel presque toujours emprunté, le dénouement forcé ; mais les caractères sont d’une vérité que le temps n’a pas encore altérée. […] C’est cette marche de la passion, que Molière voit et peint en visionnaire, qui est la vérité absolue de son œuvre. Pour revenir à Monsieur de Pourceaugnac, plus on médite ce type, plus on admire l’effrayante vérité de tous les détails.
Nous avons dans la Gouvernante, comédie en vers & en cinq actes, de la Chaussée, une méprise qui ne dure pas long-temps à la vérité, mais qu’on peut citer comme un modele, par la vraisemblance avec laquelle elle est amenée, & par le naturel avec lequel elle est filée. […] Il la fait remarquer au Maréchal, & lui dit ensuite, avec un air de vérité, que notre héroïne étant un jour à table, en déshabillé, devant une jatte de crême qu’elle distribuoit à son mari & à ses enfants, une épingle, trop foible pour soutenir un énorme poids, avoit laissé tomber sa gorge, & qu’afin de ne point scandaliser ses gens, ses enfants & leur précepteur, elle avoit été obligée de la relever bien vîte pêle mêle avec ses larcins.
Quelques-uns peuvent à la vérité avoir été amenés sans dessein prémédité de la part des personnages ; mais pourra-t-on attribuer la derniere jalousie de Laura au hasard ? […] Je me suis appesanti sur cet article, pour prévenir la mauvaise interprétation qu’on pourroit donner aux idées de Riccoboni, un peu louches à la vérité dans les premieres phrases.
Cependant Darviane aime Rosalie ; il s’emporte contre son rival : Mélanide alarmée lui fait les reproches les plus vifs ; il se doute de la vérité ; & pour faire cesser son incertitude, il va joindre le Marquis : ils ont ensemble la scene suivante. […] Aucun ne l’a fait avec tant d’adresse ; il étoit nécessaire de convaincre mes Lecteurs de cette vérité : sans cette précaution les ennemis de Moliere n’auroient pas manqué de prodiguer aux Auteurs modernes le titre de créateurs, & de donner à leur maître celui de plagiaire, de traducteur, de copiste.
Si malgré tes efforts, tes succès, tes lauriers, Des vices dont gémit notre humaine faiblesse Tu ne corrigeas pas l’incorrigible espèce, Laissant sur nos défauts tomber tes traits railleurs, Dans l’emploi périlleux de nous rendre meilleurs Prêtant ton éloquence à la plus noble cause, J’aime que ton courage à le tenter s’expose : Mais de la vérité les dangereux accents Ont armé contre toi la horde des méchants. […] Malin observateur de nos vices bourgeois, Bon et joyeux Picard, peut-être, quelquefois, Dans tes tableaux, brillants de vérité, de grâce, À nos petits travers tu donnas trop de place ; Mais que l’on applaudit le flexible talent Dont la variété nous charma si souvent, Et que de fois Picard, en voulant nous distraire, Dans la cause du rire a trouvé l’art de plaire !
Harpagon a surpris Cléante baisant la main de Mariane, il se doute qu’on lui préfere son fils : il veut découvrir la vérité. […] Désespéré de trouver un rival chéri dans son fils, il rejette d’abord cette idée importune : il se livre ensuite aux soupçons ; &, pour découvrir la vérité, il fait appeller Monime ; il feint avec elle de se rendre justice, de se trouver lui-même trop vieux pour unir son sort au sien, & lui offre de céder ce bonheur à son fils Xipharès, pourvu qu’elle n’étende pas sa haine jusques sur lui. […] Rendons cette vérité encore plus sensible par des exemples. […] Quand il se lave, il pleure l’eau qu’il est obligé de répandre : je veux qu’Hercule me punisse si je ne dis la vérité. . . . . .
Mais comme c’est une vérité de l’art littéraire ou poétique observée par Voltaire, que ce qui fait rire au théâtre, ce sont les méprises des personnages, et que c’est une autre vérité recueillie par l’observation, que la méprise la plus risible et la plus ridicule consiste essentiellement dans la prétention manquée, il faut avoir plus d’esprit qu’il ne m’en appartient, pour reconnaître que Molière, ce grand maître de l’art dramatique, cet observateur profond, n’a exprimé ou sous-entendu ces vérités dans la préface des Précieuses que pour masquer un gros et plat mensonge sur ses intentions relativement à l’hôtel de Rambouillet. […] Pour achever d’éclaircir la vérité sur la maison de Rambouillet, et écarter d’elle toute application de la comédie de Molière, il faut revenir à mademoiselle de Scudéry, et montrer que c’est à elle et à ses cercles qu’en voulait Molière, s’il en voulait à quelqu’un.
De son côté Molière, observateur profond, avait jugé qu’il avait besoin de flatter son maître pour avoir le droit de ne pas flatter son siècle : sous une minorité orageuse, il n’eût pas été libre d’exprimer une seule vérité, parce que chaque faction régnait à son tour, et qu’elles étaient trop éphémères ou trop faibles pour supporter le ridicule. […] Il sentit qu’il devait se retrancher sous une puissante égide, et résolut de faire passer la vérité par la cour pour la faire arriver à la ville. […] Ainsi les Tartuffes, en accusant Molière, prouvaient la vérité de ses portraits ; ils mettaient leurs noms au bas comme si on ne les eût pas suffisamment reconnus. […] Quelques injures qu’on puisse dire à un innocent, on craint de le défendre lorsque la religion y est mêlée ; l’imposteur est toujours à couvert sous ce voile, l’innocent toujours opprimé, et la vérité toujours cachée. […] Où a-t-il trouvé cette peinture si énergique et si profonde de l’hypocrisie et du fanatisme, ce secret de forcer l’imposture jusque dans ses derniers retranchements, d’arracher la vérité au mensonge même, et de faire jaillir du choc des plus viles passions le triomphe de la vertu ?