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155. (1892) Vie de J.-B. P. Molière : Histoire de son théâtre et de sa troupe pp. 2-405

Mais lorsque le mérite s’élève à une certaine hauteur, lorsque les services rendus s’étendent à la généralité des citoyens, et par dessus tout lorsqu’il s’agit d’un de ces génies qui sont la gloire, non d’une localité, non d’une nation, mais de l’esprit humain lui-même, qui pourrait demander que les honneurs qu’on lui rend ne fussent qu’une affaire purement municipale ? […] Le Sganarelle de Molière, dans toute ses variétés de valet, de mari, de père Lucinde, de frère d’Ariste, de tuteur, de fagotier, de médecin, est un personnage qui appartient en propre au poète, comme Panurge à Rabelais, Falstaff à Shakespeare, Sancho à Cervantès ; c’est le côté du laid humain personnifié, le côté vieux, rechigné, morose, intéressé, bas, peureux, tour à tour piètre ou [p.134] charlatan, bourru et saugrenu, le vilain côté et qui fait rire. » Le Cocu imaginaire ne fut pas accueilli avec moins de faveur que Les Précieuses ridicules. […] Sganarelle et Ariste personnifient, l’un ce fonds de rugosité et de barbarie morale qui venait du passé, l’autre la société nouvelle qui tendait à un respect plus grand de la conscience et de la personnalité humaines, même dans les faibles, dans les femmes et les enfants. […] Il gardait sa femme d’aussi près comme un jaloux italien, et si n’était pas encore bien assuré, tant était fort féru du maudit mal de jalousie. » Tel est Arnolphe surveillant sa pupille, qu’il veut épouser : égoïste et cynique, confiant en sa finesse, n’ayant que du mépris pour la nature humaine et en particulier pour la nature féminine, et, avec cela, passionné.  […] Il pouvait seulement, comme nous avons dit, s’avouer et prévoir qu’il ne parviendrait pas à s’attacher le cœur de la jeune femme, et, avec son expérience de la nature humaine, plaindre dès lors l’impuissance et le malheur de son amour.

156. (1824) Notice sur le Tartuffe pp. 91-146

Il est plus naturel de penser qu’il s’y rendit sans peine, et qu’il n’eut l’air de s’en défendre que pour ne pas compromettre la délicatesse de son goût ; et, si dans le fait il avait peu de penchant pour un genre indigne de ses hautes conceptions comiques et de la pureté de son école, il n’était pas fâché de traduire sur la scène le libertin effronté qui se joue de toutes les lois divines et humaines, avant d’y exposer le libertin hypocrite qui invoque sans cesse le ciel pour satisfaire les plus honteuses passions. […] La pièce prit dès lors son rang parmi les chefs-d’œuvre de la scène, et la postérité l’a placée à la tête des productions les plus étonnantes de l’esprit humain.

157. (1772) De l’art de la comédie. Livre quatrième. Des imitateurs modernes (1re éd.) [graphies originales] « CHAPITRE XIII. M. ROCHON DE CHABANNES. » pp. 381-412

Comment l’esprit humain peut-il aller jusques-là ?

158. (1863) Histoire de la vie et des ouvrages de Molière pp. -252

Molière enfin se contentait de se montrer supérieur à ses prédécesseurs, et à ses contemporains ; mais il n’osait encore aborder la représentation de la vie humaine, unique source du vrai comique, alors ignorée et depuis si souvent méconnue. […] 1662-1667 J’ai vu beaucoup d’hymens, aucuns d’eux ne me tentent ; Cependant des humains presque les quatre parts S’exposent hardiment au plus grand des hasards ; Les quatre parts aussi des humains se repentent. […] Le besoin des amusements, l’impuissance de s’en procurer d’agréables et d’honnêtes dans les temps d’ignorance et de mauvais goût, avait fait imaginer ce triste plaisir, qui dégrade l’esprit humain. […] que j’épargnai de bile Et d’injures au genre humain, Quand, renversant la cruche à l’huile, Je te mis le verre à la main. […] Cette pièce, une de celles auxquelles on est convenu de donner le nom de farces, fronde un ridicule qui, pour être aujourd’hui plus rare que du temps de Molière, existe néanmoins, et sera probablement durable encore, puisqu’il repose sur l’un des grands mobiles du cœur humain, la vanité.

159. (1772) De l’art de la comédie. Livre troisième. De l’imitation (1re éd.) [graphies originales] « CHAPITRE XI. » pp. 218-250

Je la trouve d’autant plus sublime, qu’elle peint bien le fond du caractere de Don Juan, qu’elle est revêtue du vernis hypocrite qu’il s’est donné nouvellement, qu’elle le rend encore plus odieux, qu’elle va merveilleusement au sujet, à l’intrigue, & qu’elle décele dans l’Auteur une grande connoissance du cœur humain ; peut-être même annonce-t-elle le seul homme qui pouvoit faire le Tartufe.

160. (1871) Molière

M’obliger à porter de ces petits chapeaux Qui laissent éventer leurs débiles cerveaux : Et de ces blonds cheveux, de qui la vaste enflure Des visages humains offusque la ligure ?

161. (1772) De l’art de la comédie. Livre troisième. De l’imitation (1re éd.) [graphies originales] « CHAPITRE VIII. » pp. 144-179

Elle étoit femme d’intrigue, & sa principale profession étoit d’être conciliatrice des volontés, possédant éminemment toutes les conditions requises à celles qui s’en veulent acquitter, comme d’être perruquiere, revendeuse, distillatrice, d’avoir quantité de secrets pour l’embellissement du corps humain ; & sur-tout elle étoit un peu soupçonnée d’être sorciere.

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