J’imagine que Corneille et Molière riraient bien, s’ils pouvaient connaître les intentions qu’on leur prête et les influences qu’ils sont censés avoir subies. […] Ainsi, pour nous résumer, Descartes, Corneille, Pascal, sont antérieurs à Louis XIV. […] Avec un zèle vraiment louable, il chercha à se procurer un Corneille et n’y épargna point la dépense : on sait ce qu’il obtint. […] Tallemand raconte ailleurs l’anecdote suivante : « M. de Schomberg dit à Louis XIII que Corneille voulait lui dédier Polyeucte. […] Corneille avait alors cinquante-sept ans, et Molière quarante.
Rambert voit dans Corneille le poète de la liberté. […] Les héros de Corneille opposent à la destinée une volonté inflexible; ils peuvent être brisés mais non vaincus. […] Ainsi font certains personnages de Corneille ; ils se débarrassent des sentiments qui les gêneraient. […] Cela même est à l’avantage de Corneille. […] Corneille, Molière et Racine, page 158.
De Racine il n’est pas question dans cette campagne : c’est qu’il est moins en faveur ; c’est aussi qu’il n’a pas cet arrière-magasin bien fourni dont Corneille et Molière offrent les ressources. […] Mais Corneille, mais Molière est plus avantageux : les Fâcheux ! […] se récrie quelqu’un, c’est l’œuvre commune de Corneille et de Molière : il faut donc que ce soit un chef-d’œuvre renforcé. — Mais comment ces deux poètes y ont-ils mis la main ? […] Ce n’est pas qu’on ne puisse être séduit par l’idée de nous offrir un Corneille inconnu, un Corneille antérieur au Cid, romanesque, plaisant, et déjà disposé à l’héroïsme. […] Corneille, Racine et Molière sont heureux en ce temps-ci, du moins ailleurs qu’au théâtre !
Balzac, Pascal et Corneille avaient à peu près fixé la langue. […] Descartes ne fit point entrer de poésie dans sa méthode ; Corneille point de métaphysique dans son théâtre. Molière ne mit rien de tragique dans ses comédies ; Corneille rien de comique dans ses tragédies, rien de tragique dans ses propres comédies. […] On réputait précieux ce vers de Corneille concernant le crime de Laïus, et la peine que les dieux en ont porter à ses enfants : Et s’il faut après tout qu’un grand crime s’efface Par le sang que Laïus a transmis à sa race… Sans doute il aurait fallu dire : par le châtiment des enfants de Laïus ! mais Corneille n’écrivait pas en prose.
M. Corneille. […] M. Corneille. […] Corneille, donnée en 1738. […] M. Corneille l’aîné. […] Corneille.
De la comédie au temps de Corneille. — Ce qu’il en fit. — Le Menteur. […] Après cette pièce et d’autres du même genre, une nouvelle imitation, celle du théâtre espagnol, fait tomber de mode l’imitation de la farce italienne, et produit la tragi-comédie, où se distinguent, après Hardy et sur ses traces, les Théophile, les Scudéry, Racan, Rotrou et Corneille, avant d’être le grand Corneille. […] Ce pas, Corneille n’en fit que la moitié ; mais c’était assez pour sa gloire, et assez pour emporter le reste. […] Le génie de Corneille avait quelque chose d’espagnol. […] Corneille est donc le père de la comédie, et c’est pour lui une gloire unique, que Molière lui en ait rapporté l’honneur.
Corneille va lui-même nous exposer son sujet. […] Corneille, loin d’avoir gâté son sujet, & de n’avoir pas soutenu la gloire du genre héroïque, l’a embelli, de l’aveu de tous les connoisseurs. […] Les justes admirateurs de Corneille peuvent certainement ne pas souscrire à toutes les notes que M. de Voltaire a faites sur ce grand Homme : mais Corneille lui-même avoue que sa piece n’a pas eu de succès. […] Corneille prétend que le refus d’un illustre suffrage fit tomber son Don Sanche. […] L’Auteur aura peut-être mieux vu le genre, que M. de Voltaire & que tous ceux qui le trouvent mauvais ; il nous le prouvera en le traitant mieux que Corneille : jusqu’à ce temps-là je le croirai détestable.