Ma foi, Monsieur, ceux qui empruntent sont bien malheureux, & il faut essuyer d’étranges choses lorsqu’on est réduit à passer, comme vous, par les mains des fesse-Mathieu. . . . . . . . . […] Cette piece pourroit être très morale, très philosophique, si, comme nous l’avons dit dans le Chapitre de la fortune des personnages, le héros avoit une fortune à risquer : ajoutons s’il avoit une femme, des enfants, ou quelque emploi qui le mît à même de faire l’infortune de plusieurs personnes par sa malheureuse passion ; si son pere savoit peindre avec force combien il est cruel d’avoir un tel fils ; & si, au lieu de goguenarder son frere sur son amour pour Angélique, il exhortoit les peres à donner à leurs enfants une éducation qui les mît à l’abri des chagrins qu’il éprouve ; si enfin le Joueur méritoit d’être deshérité par son pere, & de recevoir sa malédiction pour un cas plus grave que celui d’avoir mis le portrait de sa maîtresse en gage. […] Mille personnes se ruinent & vivent malheureuses toute leur vie, par la maudite manie qu’elles ont de plaider : Scapin, s’il leur reste tant soit peu de cervelle, est bien capable de les guérir de cette folie : qu’elles l’écoutent. […] Par conséquent George Dandin, qu’il offre pour modele, ne pouvoit être trop malheureux. […] Tout homme frémira de se laisser vaincre par le démon de l’avarice, quand il verra le malheureux Harpagon livré aux inquiétudes continuelles de perdre son trésor, redoutant jusqu’à ses enfants qu’il regarde comme autant d’ennemis, & se laissant aveugler par sa malheureuse passion, jusqu’au point de renoncer à toutes les loix de la probité, & de se déshonorer en faisant l’infame métier d’usurier.
Henriette déteste la malheureuse passion de son frere qui ruine sa femme & son fils. […] Béverley se peint sa malheureuse situation. […] Déplorables victimes D’un penchant malheureux, Nous nous précipitons d’abîmes en abîmes, Pour nous perdre à la fin dans des gouffres affreux.
Votre générosité profitera aux malheureux ! […] Les divagations du vieux Liseo font songer à un autre père malheureux, au roi Lear.
Et que je suis malheureux ! […] Malheureuse !
Je demande présentement si Dorante ne ressemble pas tout-à-fait à George Dandin, avec cette différence, que M. le Conseiller déplaît en tenant les propos qui sont applaudis dans la bouche du gendre malheureux de M. […] Corneille, à l’imitation des Espagnols, qu’on accuse de n’avoir jamais mis des caracteres sur le théâtre ; Corneille, dis-je, après nous avoir présenté le portrait d’un jeune homme qui se fait un plaisir d’accumuler mensonge sur mensonge, ne nous l’a-t-il pas fait voir, dans une seconde piece, luttant contre son malheureux caractere, & ne pouvant le vaincre, n’employer désormais ses mensonges que pour faire de bonnes actions.
Oubliant, les malheureux, cette parole de saint Augustin, que celui qui danse le dimanche fait encore un plus grand péché que celui qui laboure la terre. […] Tartuffe, lui, n’aura garde ; avec lui point de bruit ; des faits : l’autel peut être tranquille ; il ne dit que des messes basses ; et il se penche à l’oreille d’Elmire, plus onctueux que jamais, avec le regard de côté de ses yeux dévots, ses lèvres grasses troussées par un sourire d’intelligence, et il promet De l’amour sans scandale et du plaisir sans peur… Dans tout cela l’intention comique est évidente ; elle éclate dans le contraste entre cette langue angélique et le gaillard au teint de rubis qui la parle ; dans l’inaltérable confiance avec laquelle il offre son cœur, dans cette naïveté de prêtre avec laquelle promettant du plaisir, du plaisir sans crainte, il se croit dès lors irrésistible ; dans l’admirable choix des mots et des rimes : car quoi de plus drôle que ces expressions : les vains efforts de mon infirmité, les tribulations de votre esclave indigne , et cette fin de déclaration : Et je vais être enfin, par votre seul arrêt, Heureux si vous voulez ; malheureux s’il vous plaît ; dont la dernière syllabe ne peut pas se dire autrement que la bouche bée ? […] Je suis … « un méchant, un coupable, Un malheureux pécheur… » Ce malheureux pécheur , quel trait de génie comique ! je garantis qu’à ce mot la larme vient à l’œil d’Orgon : lui aussi est un malheureux pêcheur, nous sommes tous de malheureux pêcheurs devant l’Éternel, seulement nous n’avouons pas.
Mais le prodige de l’art, pour se tirer d’une situation difficile, c’est ce trait du caractère du Tartuffe : Oui, mon frère, je suis un méchant un coupable, Un malheureux pécheur, tout plein d’iniquité, Le plus grand scélérat qui jamais ait été.
Rohaut, je suis le plus malheureux de tous les hommes, ajouta Molière, et je n’ai que ce que je mérite. […] Mais, en négligeant même Le Boulanger de Chalussay, que de factums injustes, violents, amers, irritants, dirigés contre ce malheureux Molière ! […] Ce malheureux Benserade, qu’il parodia tout vif de la sorte, en savait quelque chose. […] Le malheureux grand homme Molière devait en rencontrer de plus atroces. […] Molière malheureux le sera-t-il dans son foyer ?
Vous êtes plutôt le diable, lui répondit ce pauvre garçon qui fut plus de vingt-quatre heures à comprendre comment ce malheureux bas se trouvait toujours à l’envers.
C’est donc, à tout prendre, encore deux mois de résignation et de patience pour les malheureux que ce grand règne inquiète. […] Il prend un air malheureux qui fait peine à voir ; il se trouble, il hésite, il est prêt à vous dire en frappant du pied, comme cet amateur homme d’esprit qui, jouant le rôle d’Alceste, prit la fuite au beau milieu du rôle en s’écriant : — Ce n’est pas ça !
Giliole, qui étoit d’accord avec son mari pour jouer un tour sanglant à Rossi, feint d’être désespérée, conseille au malheureux amant de se cacher dans un sac : l’époux entre, compte ses sacs, en trouve un de trop, applique dessus cinquante coups de bâton, & va manger les chapons de Rossi, qui se retire tout moulu. […] malheureuse géniture, tu me coûtes plus d’or que tu n’es pesante ! […] malheureux, je suis trahi ! […] Que je suis malheureux ! […] Il est clair que la vengeance du Parasite, l’embarras de Chrémès, & le courroux de sa femme y figurent bien mieux, que Scapin avec sa tête enveloppée, en demandant pardon des malheureux coups de bâton qu’il a donnés.
Moliere se maria, choisit fort mal sa compagne, et fut très malheureux en ménage.
Dupuis, seul, est quelque temps attendri par le sort malheureux des deux amants : mais il ajoute avec fermeté que l’hymen une fois fait il seroit abandonné, & qu’il ne veut pas se rendre infortuné pour faire le bonheur des autres. […] Pour moi je n’ai cherché qu’à prouver l’innocence de celui que j’ai aimé & que j’ai rendu malheureux. […] Malheureuse que je suis !
qui est tué à la fin (c’est malheureux, mais que voulez-vous !) […] Le théâtre n’y peut rien, — et quand par exemple un malheureux garçon, amoureux, non pas d’une étoile, mais de son reflet dans le ruisseau, achète un revolver avec son dernier louis pour Unir comme une comédie, je n’attribue cette chose triste ni au Théâtre-Français ni à l’Ambigu-Comique. […] ce mot, ce malheureux mot qui revient en vérité bien souvent dans l’Ecole des Femmes.
Comme il a pris la figure de Sosie, c’est sur ce malheureux esclave que tombe toute la vengeance d’Amphitrion ; cependant les chefs de l’armée, que Jupiter, pour se défaire de Sosie, a fait inviter à dîner, voyant deux Amphitrions, ne savent de quel parti se ranger. […] Un Auteur qui ne donne d’autre fondement à ses événements que le caprice du hasard, a les coudées franches : je suis surpris qu’on n’ait pas fait essuyer au malheureux Arlequin mille & une infortunes, rien n’étoit plus facile.
C’est en vain que l’on se fortifie, Par le grave secours de la Philosophie, Contre un sexe charmant que l’on voudroit braver ; Au sein de la sagesse il sait nous captiver : J’en ai fait, malgré moi, l’épreuve malheureuse. […] Défaites-moi, mon cher, de ce malheureux-là.
On pourroit la supprimer sans déranger la machine ; mais ce seroit bien dommage, puisqu’elle décele les indignes ressources des joueurs de profession, & qu’elle les décele aux yeux d’un pere alarmé par la malheureuse passion qui maîtrise son fils, & que cette scene augmente ses inquiétudes. […] Je vous défends de manier la carte ; vous êtes trop malheureux, heu... il ne faut point jouer, heu...
Nous avons assez parlé des parties de la comédie & de ses différents genres, pour savoir apprécier les changements heureux ou malheureux que notre guide fera, & pour nous instruire en même-temps dans l’art de l’imitation, art si difficile, que lui seul l’a connu supérieurement : c’est ce que nous prouverons encore en plaçant quelquefois Moliere imité à côté de Moliere imitateur, & en mettant sous les yeux du public les imitations de tous nos Auteurs, depuis Moliere jusqu’à nous.
O malheureux sort ! […] Je suis le plus malheureux de tous les mortels ! […] Il est singulier que, de tous les Auteurs qui l’ont mise sur la scene, aucun n’ait imaginé d’en retrancher cette malheureuse apostrophe faite au Public, & qui vient si mal à propos lui enlever le plaisir de l’illusion, en l’avertissant qu’il est à la comédie. […] Harpagon entend l’amour de ses louis d’or ; & après un quiproquo très long, Harpagon, déja trop malheureux par la perte de son trésor, apprend encore que sa fille a été subornée.
Ventrebleu, dit J… qui était le plus opiniâtre à se noyer, ces malheureux nous empêchent de nous noyer !
Mais cet éclaircissement causa un vacarme terrible ; la mère donna des marques de fureur et de désespoir, comme si Molière avait épousé sa rivale ; ou comme si sa fille fût tombée entre les mains d’un malheureux. […] ― Comment ventrebleu, dit J., qui était le plus opiniâtré à se noyer, ces malheureux nous empêcheront de nous noyer ? […] Mais ayant été malheureux de ce côté-là, il avait la prudence de n’en parler jamais qu’à ses amis ; encore fallait-il qu’il y fût indispensablement obligé. […] vous êtes plutôt le Diable , lui répondit ce pauvre garçon, qui fut plus de vingt-quatre heures à comprendre comment ce malheureux bas se trouvait toujours à l’envers. […] Une autre femme qui était à sa fenêtre et qui l’entendit, s’écria : Comment malheureuse !
Cette malheureuse disposition, inhérente à certains individus animés de passions vives, d’être totalement absorbés par elles, n’a pas échappé à la sagacité de Molière. […] » L’attrait de l’homme pour tout ce qui flatte et excite les passions qui le dominent, ne persiste pas moins, quoique les effets de cette flatterie et de cette excitation le rendent malheureux. […] Voici comment Molière a signalé cette malheureuse disposition d’esprit, si générale chez tous les grands criminels : « Ah ! […] L’incurabilité de ces esprits malheureux et un chiffre effrayant de récidivistes. […] Quel beau caractère n’a-t-il pas dépeint chez Don Louis, père de Don Juan ; quelles maximes admirables Molière n’a-t-il pas exprimées par la bouche de ce malheureux père dans la scène vi de l’acte IV !
En vous est mon espoir, mon bien, ma quiétude : De vous dépend ma peine, ou ma béatitude ; Et je vais être enfin, par votre seul arrêt, Heureux si vous voulez, malheureux s’il vous plaît. […] Et je vais être enfin, par votre seul arrêt, Heureux si vous voulez, malheureux s’il vous plaît.
En dispersant ce bien à tous les malheureux, Par ma foi, ce sera peu de chose pour eux : Ils n’auront pas chacun une obole, peut-être ; Et c’est cent mille francs jettés par la fenêtre. […] malheureux !
Dandin, alarmé, sort pour voir si sa femme auroit eu réellement la malice de se tuer : il ne trouve personne, veut rentrer ; mais Angélique & Claudine, sa suivante, se sont glissées adroitement dans la maison, se mettent à la fenêtre, accablent le malheureux Dandin d’injures, le font passer pour un ivrogne, un coureur de nuit, un libertin, dans l’esprit de M. […] C’est ce malheureux, répondit la belle en pleurant, qui revient ivre toutes les nuits.
Carondas, seul, dit qu’il est malheureux dans son coup d’essai. […] C’est qu’on fut malheureux de ne pouvoir vous plaire.
Un jour qu’ils sortoient d’une église ensemble, environnés d’un grand nombre de personnes qui baisoient leurs vêtements, & les conjuroient de se souvenir d’eux dans leurs bonnes prieres, ils furent reconnus de ce gentilhomme dont je viens de parler, qui, s’échauffant d’un zele chrétien, & ne pouvant souffrir que trois si méchantes personnes abusassent de la crédulité de toute une ville, fendit la presse, & donnant un coup de poing à Montufar : Malheureux fourbe, lui cria-t-il, ne craignez-vous ni Dieu ni les hommes ? […] Ce peu de paroles appaisa cette grande tempête, & le peuple fit place à frere Martin, qui s’approcha du malheureux gentilhomme, bien aise, en son ame, de le voir si mal-traité, mais faisant paroître sur son visage qu’il en avoit une extrême déplaisir : il le releva de terre, où on l’avoit jetté, l’embrassa, & le baisa, tout plein qu’il étoit de sang & de boue, & fit une rude réprimande au peuple. […] Oui, mon frere, je suis un méchant, un coupable, Un malheureux pécheur, tout plein d’iniquité, Le plus grand scélérat qui jamais ait été.
Valerio qui a tout vu de loin, plaint Arlequin, forme la résolution de prendre son âne et d’aller à la ville ; de cette façon il ne sera pas connu, il pourra apprendre des nouvelles d’Aurelia, et rendre service au malheureux qu’on a pris pour lui. […] Si nous en croyons le biographe de Scaramouche, Angelo Costantini, Scaramouche ne craignait pas de faire allusion à ce rôle scandaleux en parlant à la reine mère : « Voilà, Madame, trois coups mortels pour le pauvre Scaramouche, et il faut que je sois assez malheureux pour être marié ; car, sans cela, dans le chagrin où je suis, je m’irais confiner dans un ermitage pour le reste de mes jours.
Voici les premières lignes que vous lirez ; c’est Barbouillé qui parle : Il faut avouer que je suis le plus malheureux homme du monde. […] Or, il y a dans le village un malheureux qui meurt d’amour pour elle, qui l’aime ; son mariage avec Pierrot était décidé, et la voilà qui explique à Pierrot qu’elle va épouser ce jeune seigneur si brillant, qu’il aurait été si grand dommage de laisser noyer. […] Sa sœur est très malheureuse, son désespoir s’exprime dans la pièce de la façon la plus touchante et la plus noble ; elle se retire dans un couvent pour y mourir ; elle est blessée jusqu’au fond du cœur de l’affront que lui a fait Dom Juan. […] Par exemple à trente-cinq ans, à la fin de la jeunesse, vous connaissez les passions malheureuses dans lesquelles on peut tomber avant trente-cinq ans, et vous vous dites : je n’y tomberai plus. […] On m’a reproché encore d’avoir peint Molière plus malheureux, plus dévoré de passions violentes et quelquefois fâcheuses qu’il ne l’était, on m’a reproché d’avoir pris trop au sombre ses passions violentes.
Rohaut, je suis le plus malheureux de tous les hommes, ajoûta Moliere, & je n’ai que ce que je merite. […] Comment ventrebleu, dit J... qui étoit le plus opiniâtré à se noyer, ces malheureux nous empêchent de nous noyer ? […] Mais ayant été malheureux de ce côté-là, il avoit la prudence de n’en parler jamais qu’à ses amis, encore falloit-il qu’il y fût indispensablement obligé. […] vous êtes plutôt le Diable, lui répondit ce pauvre garçon, qui fut plus de vingt-quatre heures à comprendre comment ce malheureux bas se trouvoit toûjours à l’envers. […] Une autre femme, qui étoit à sa fenêtre & qui l’entendit, s’écria : Comment malheureuse !
En dispersant ce bien à tous les malheureux, Par ma foi, ce sera peu de chose pour eux ; Ils n’auront pas chacun une obole, peut-être ; Et c’est cent mille francs jettés par la fenêtre. […] Que dis-je, malheureux ? […] Ses amis lui firent sentir que ce nom avoit trop de rapport avec celui du malheureux Abbé ; il feignit de céder à l’honnêteté pour mieux servir la vengeance & la malignité qui lui firent substituer à la place celui de Trissotin, qui veut dire trois fois sot.
Aminta vient se joindre aux autres malheureuses que Don Juan a trompées. […] pauvre malheureuse, que je vous plains de vous laisser abuser par mon maître ! […] Don Alphonse doit solliciter la grace de Don Juan, quand on apporte une lettre, dans laquelle le Roi de Naples demande qu’on lui renvoie un scélérat nommé Don Juan, qui a séduit Dona Isabella, & qui est cause que sa malheureuse victime court après lui, déguisée en homme.
reprit-il, tu ne me comprends donc pas, malheureux critique ? […] — Malheureux, tu ne sais pas quel rapport ! […] Elle était ainsi la femme déclassée, et l’on dirait que Pascal lui-même a voulu tracer le portrait de cette créature malheureuse : « Le peu de temps qui lui reste l’incommode si fort et l’embarrasse si étrangement, qu’elle n’essaye qu’à le perdre : ce lui est une peine insupportable de vivre avec soi et de penser à soi ; ainsi, tout son soin est de s’oublier soi-même et de laisser couler ce temps, si précieux et si court, sans réflexion, en s’occupant de choses qui l’empêchent d’y penser.
Et maître Cornichon, défenseur de la dame, redouble les coups à tort et à travers et accable le malheureux mari. […] ) Serai-je assez malheureux pour que vous refusiez la proposition que je vous fais ?
Après une année des sais malheureux dans la capitale, les Béjart virent qu’il fallait émigrer en province. […] Il fut loué, célébré, redouté, — et tout à la fois, probablement, l’un des hommes les plus malheureux qu’il y eut au monde. […] Vous me direz qu’ils ne devaient s’en prendre qu’à eux-mêmes, puisqu’ils n’étaient malheureux que parce qu’ils étaient insatiables. […] Régner sur la terre pour ne jamais régner dans le ciel, c’est le sort d’un million de princes, mais de princes réprouvés, et par conséquent malheureux. […] Mais, dès qu’il faut faire le premier pas, une malheureuse réflexion survient, et c’est assez pour les retenir.
Si un homme offre plusieurs aspects aux différentes époques de sa vie et, pour ainsi dire, ne se ressemble pas à lui-même, selon qu’il est jeune ou vieux, heureux ou malheureux, tranquille dans son intérieur, ou façonné pour un rôle public, cela est surtout vrai de Molière, qui fut tant de choses, successivement ou à la fois, et dont la carrière diffère tant vers la fin de ce qu’elle fut au commencement. […] » demandait-il à Baron, qui présentait la requête du malheureux. […] Plus tard, il est l’amant heureux ou malheureux de Mlle du Parc, que Racine lui enlève, et de Mlle de Brie, pourvues l’une et l’autre de maris philosophes. […] Au moment où Molière s’exprime de la sorte, il est très malheureux et commence une longue plainte sur ses souffrances domestiques ; on ne s’étonne donc pas que son métier lui apparaisse sous des couleurs très sombres. […] Chalussay ne pouvait manquer de reprendre la thèse de Montfleury ; il répète donc les mêmes railleries, et, par surcroit, se moque avec assez de verve de l’obstination malheureuse de son ennemi à faire les amoureux tragiques : … Si tu le voyois quand tu veux contrefaire Un amant dédaigné qui s’efforce de plaire ; Si tu voyois les yeux hagards et de travers, Ta grande bouche ouverte, en prononçant un vers, Et ton col renversé sur tes larges épaules !
Un malheureux procès vous brouille avec mon pere : Mais vous fûtes amis : il m’aime tendrement ; Le procès finiroit par son désistement.
Et qui pourrait affirmer que l’espèce de trahison du roi envers cette même madame de Montausier, lorsqu’il trompa la reine et elle sur ses relations avec madame de Montespan, l’incurable maladie qui accabla madame de Montausier lorsqu’elle fut détrompée, et enfin sa mort, qui arriva pendant que l’Amphitryon de Molière amusait la cour et le public par le spectacle d’un mari malheureux ; qui oserait assurer, malgré les apparences, que ces faits n’eurent aucune influence sur l’esprit du roi ?
Celio, qui a tout vu de loin, plaint Arlequin, forme la résolution de prendre son âne & d’aller à la ville ; de cette façon, il ne sera pas connu, il pourra apprendre des nouvelles de Rosaura, & rendre service au malheureux qu’on a pris pour lui.
malheureux !
Les dernières amours de Henri IV, à cinquante-six ans, sa malheureuse passion pour Charlotte de Montmorency, qu’il avait mariée au prince de Condé, les jalousies de Marie de Médicis, les intrigues de sa cour contre les maîtresses du roi, le souvenir d’une guerre qu’on avait vue prête à s’allumer contre la maison d’Autriche pour ravoir la princesse de Condé, que son mari avait conduite à Bruxelles, dans la vue de la soustraire aux poursuites du roi, tout cela avait inspiré à toutes les âmes délicates un profond dégoût pour cette scandaleuse dissolution, dont la cour et la capitale offraient le spectacle, et les avait disposées à favorablement accueillir la continuation de L’Astrée.
Mais à cette heure, je ne veux pas de toi, tu me fais peur, tu as trop de vices sérieux à ta suite ; il y a dans ton regard quelque chose de funeste ; tu es trop méchant pour que de toi, l’on rie, et tu es trop damné pour qu’on te sauve ; malheureux qui a dépassé même le doute, en ton esprit perverti ; malheureuse victime de tes désirs impuissants ! […] Malheureux comédiens ! […] Voilà par sa mort un chacun satisfait, il n’y a que moi seul de malheureux, mes gages ! […] » Ô l’admirable et touchante éloquence, à propos de cette femme insultée à plaisir par ce malheureux M. […] » Ainsi finit ce malheureux drame. — Je me trompe ; il n’y avait que le marquis de Montespan qui pût le finir dignement et de manière que le dernier couplet fût à la hauteur de tous les autres.
Les incidents ont beau naître d’un sujet, être accrochés les uns aux autres, ou terminés naturellement, ils ne donnent point une marche rapide à l’action, s’ils n’ont pas le mérite de la variété, c’est-à-dire, s’ils ne sont alternativement heureux & malheureux.
L’homme qui l’entretient de ses chevaux, de ses bonnes fortunes, de sa caleche ; celui qui le consulte sur l’air & les pas d’un ballet qu’il vient de composer ; Alcandre qui le prie de lui servir de second, & de porter un cartel pour lui à son ennemi ; Alcippe qui lui raconte ses malheurs dans une partie de piquet ; Oronte & Climene qui le prient de décider si un amant jaloux est préférable à celui qui ne l’est point ; le Chasseur qui lui fait part d’une chasse malheureuse ; l’Homme aux projets, qui veut enrichir la France en l’entourant de ports de mer ; le Savant, qui sollicite la charge de Contrôleur, Intendant, Correcteur, Reviseur & Restaurateur général des enseignes de Paris ; enfin, les divers caracteres de ces fâcheux devant également impatienter Ergaste en l’arrêtant, aucun d’eux ne devoit écraser les autres par une force trop supérieure.
« On m’a dit que vous vous croyez malheureux, sachez qu’il n’en est rien. . . . » En vérité, Marquis, interrompit encore Lucile, vous me faites dire là des choses bien surprenantes. — Bagatelle, reprit Dorval, rien de plus simple que cette maniere d’écrire.
Rohault. — Oui, mon cher monsieur Rohault, je suis le plus malheureux de tous les hommes, ajouta Molière, et je n’ai que ce que je mérite. […] — Comment, morbleu, dit J., qui était le plus opiniâtré à se noyer, ces malheureux nous empêcheront de nous noyer ? […] « Je ne vois point, ajouta Molière, de passion plus indigne d’un galant homme que celle du vin : Chapelle est mon ami, mais ce malheureux penchant m’ôte tous les agréments de son amitié. […] Mais ayant été malheureux de ce côté-là, il avait la pru dence de n’en parler jamais qu’à ses amis ; encore fallait-il qu’il y fût indispensablement obligé. […] Une autre femme qui était à sa fenêtre et qui l’entendit, s’écria : « Comment, malheureuse !
Monsieur Bobinet représente au naturel cette classe d’êtres malheureux, que la misère oblige à vendre du latin aux enfants de famille ; que leurs élèves détestent, tourmentent, s’ils n’en ont fait leurs complaisants et leurs esclaves ; que les parents traitent comme les moins utiles de leurs valets, et qui, pour se maintenir dans cet agréable poste, font bassement la cour à tous les habitants de la maison, sans oublier le petit chien, le singe ou le perroquet. […] Molière, occupé des Femmes savantes, et ayant besoin d’un poète ridicule pour mettre en jeu le mauvais goût et le fol enthousiasme de ses trois héroïnes, se souvint du malheureux abbé ; et, son ressentiment lui faisant trouver légitime ce qu’en tout autre cas son honnêteté naturelle lui eût défendu, il le traduisit en personne et, pour ainsi dire, le piloria en plein théâtre. […] Cette espèce d’incrédulité n’est pas ordinairement le produit d’un examen philosophique ; elle est bien plutôt le fruit amer d’une expérience malheureuse, le résultat d’une longue suite d’espérances trompées. […] (1) Les trois vers substitués à ceux-ci par les éditeurs de 1682, qu’ici tous les autres ont suivis, sont un exemple bien remarquable des libertés souvent malheureuses et toujours répréhensibles qu’ils ont prises à l’égard du texte de Molière.
Qu’on lui donne soixante ans et des cheveux gris, qu’on en fasse un amoureux, un jaloux et une dupe, et ce malheureux, digne pour le moins d’un blâme compatissant, puisqu’il souffre, va soulever un éclat de rire universel de gaieté moqueuse et d’antipathique dédain. […] Ses personnages, comiques non pas pour autrui seulement, mais surtout pour eux-mêmes, ne paraissent jamais sérieusement malheureux, parce que, étant au-dessus de leur sottise, ils sont au-dessus de leur fortune. […] Ce qui caractérise le comique, au contraire, c’est la satisfaction infinie, la sécurité qu’on éprouve de se sentir élevé au-dessus de sa propre contradiction et de n’être pas dans une situation cruelle et malheureuse. […] Mais, maintenant, si le personnage s’absorbe tout entier dans ce but, en soi faux, et cela sérieusement, comme constituant le fond même de son existence, au point que si celui-ci se dérobe sous lui, il s’y attache d’autant plus et se trouve d’autant plus malheureux, une pareille représentation manque de ce qui est l’essence du comique.
Serait-ce par hasard le malheureux qui s’est laissé prendre aux filets de Célimène ? […] Il aimerait avec l’abandon d’un enfant ingénu et la puissance d’affection d’un homme longtemps malheureux. […] L’amour malheureux et jaloux est de tous les sujets dramatiques que fournissent les passions celui qui l’a plus préoccupé. […] Malheureux qui se fie à femme après cela ! […] Au moins voyons-nous des hommes éminents faire, pour l’arracher à sa fausse position, des efforts malheureux, qui ne serviront qu’à consacrer et cet abaissement et cette élévation funestes.
Malheureux mille fois celui, dont la manie Veut aux règles de l’Art asservir son génie !
L’avocat n’a pas à créer; il prend les faits dans son dossier; il les explique non pas, avec son imagination, mais avec sa raison et son expérience des affaires ; et quant au public, ignore-t-on que les portes de l’audience ne sont pas ouvertes pour que des esprits oisifs ou blasés viennent chercher le plaisir dans le scandale, l’intérêt dans l’aspect d’un malheureux ?
Après avoir fait part au spectateur de l’histoire secrete des principaux personnages d’un drame, & l’avoir intéressé à leur sort par cette confidence, il est juste de lui apprendre nettement, & le plutôt qu’on peut, l’état actuel de leurs affaires, & de le préparer adroitement sur ce qui peut leur arriver d’heureux ou de malheureux ; mais de façon que flottant entre la crainte & l’espérance, il s’intéresse doublement aux événements. […] Que ferai-je, malheureux que je suis ?
Par elle il voit d’abord vos cœurs aliénés, Le mari dérangé, la femme malheureuse, Et peut-être moins vertueuse... […] Ma fille & Desronais Auront beau m’accuser d’une injustice extrême, Je ne dois point, aux dépens de mon cœur, Pour faire plutôt leur bonheur, Me rendre malheureux moi-même66.
Je m’entends reprocher de n’avoir point développé l’âme de Molière ; de ne l’avoir point montré toujours sensible et compatissant, assignant aux pauvres un revenu annuel sur ses revenus, immolant aux besoins de sa Troupe les nombreux avantages qu’on lui faisait envisager en quittant le Théâtre, sacrifiant même sa vie à la pitié qu’il eut pour des malheureux, en jouant la Comédie la veille de sa mort. […] Verrait-il, sans porter la main sur ses crayons, l’abus que nous avons fait de la société et de la philosophie, le mélange ridicule des conditions, cette jeunesse qui a perdu toute morale à quinze ans, toute sensibilité à vingt, cette habitude malheureuse de vivre ensemble sans avoir besoin de s’estimer ; la difficulté de se déshonorer, et quand on y est enfin parvenu, la facilité de recouvrer son honneur et de rentrer dans cette Île autrefois escarpée et sans bords ?
On se persuada aisément qu’après avoir rendu furieux et irréconciliables des malheureux qu’on n’avait pu exterminer, le moyen le plus sûr de n’avoir rien à craindre d’eux était de les chasser. […] « Ayez pitié, lui écrivait-elle, de gens plus malheureux que coupables.
Dans la Piece, l’Amour, voulant s’insinuer dans le cœur de trois Nymphes & les séduire, s’annonce comme un malheureux jeune homme qui vit depuis trois jours de fruits sauvages, qui a passé la nuit au pied d’un arbre : cette idée paroît effectivement prise dans Anacréon.
La beauté et l’humeur avenante de sa femme lui avaient procuré une juste mais malheureuse célébrité. […] Il l’engagea à traiter le sujet de La Thébaïde, pour lequel Molière eut toujours, comme nous l’avons déjà vu, une prédilection souvent malheureuse. […] Comme elle était encore fort jeune quand je l’épousai, je ne m’aperçus pas de ses méchantes inclinations, et je me crus un peu moins malheureux que la plupart de ceux qui prennent de pareils engagements. […] Le dénouement du Misanthrope prouve qu’Alceste se berçait d’un faux espoir : les efforts de Molière ne furent pas moins malheureux. […] a dit quelque part qu’un avare est plus malheureux qu’un pauvre, et un jaloux qu’un cocu.
Passion malheureuse. […] À cette vue, redoublent les transes du malheureux. […] C’est dans l’intérêt de leur bonheur qu’elle défend le sien : car ils seront malheureux avec elle. […] répondit-elle, c’est ce Molière. »Une autre femme qui était à sa fenêtre et entendit ce propos, s’écria : « Comment, malheureuse ! […] I) n’est qu’un amant malheureux.
Il est clair qu’il faut des courtiers aux amants assez malheureux pour ne pouvoir faire l’amour de plain-pied : à qui s’adresseront-ils donc, si ce n’est aux personnes qui les entourent ?
On remarquait comme précieux dans un autre ouvrage : que Daphné avait toute son âme dans ses jeux ; Dans un autre : qu’un malheureux avait le front chargé d’un sombre nuage ; Dans un autre : qu’un grand homme voit les troubles des petites âmes du haut de sa vertu… qu’il échappe un sourire de son sérieux… que la frayeur court dans une assemblée.
Il est si malheureux qu’il ne peut y réussir, & qu’il est obligé de s’en donner lui-même. […] Tout le monde sait qu’il fit habiller l’acteur représentant le rôle de Trissotin, précisément comme étoit vêtu Cotin ; & que, pour porter l’imitation plus loin, il fit acheter un vieux manteau de sa malheureuse victime.