Madame Scarron prouve encore ici, ne fût-ce que par l’absence de toute expression de gratitude, qu’elle ne craint rien tant que le soupçon d’une secrète intelligence avec le roi.
Ce sont deux courtisanes effrontées, qui insultent à la pudeur par leur pose et leurs vêtements entr’ouverts ; il y a telles figures dans les musées secrets d’Italie, moins indécentes d’intention que ces deux courtisanes, exposées sur la voie publique aux regards de nos femmes et de nos filles.
Vous n’ignorez pas qu’en ces occasions, Un secret éventé rompt nos prétentions. […] Elle étoit femme d’intrigue, & sa principale profession étoit d’être conciliatrice des volontés, possédant éminemment toutes les conditions requises à celles qui s’en veulent acquitter, comme d’être perruquiere, revendeuse, distillatrice, d’avoir quantité de secrets pour l’embellissement du corps humain ; & sur-tout elle étoit un peu soupçonnée d’être sorciere.
quand nous pénétrons dans ce drame secret, Notre esprit s’épouvante et notre cœur se serre De voir tant de gaîté couvrir tant de misère, Et nous donnons des pleurs à l’héroïque effort Qui le pousse au théâtre une heure avant sa mort ! […] Si tant de vérité dans vos œuvres respire, C’est que par votre voix la nature a parlé : Vos héros ont l’amour dont vous avez brûlé, Vos haines sont en eux, comme vos sympathies ; Toutes les passions que vous avez senties, Tous les secrets instincts par vos cœurs observés, En types immortels vous les avez gravés ; L’art ne fut pas pour vous cette stérile étude Qui peuple d’un rhéteur la froide solitude ; L’art, vous l’avez trouvé, lorsque pauvres, errants, Vous viviez au hasard mêlés à tous les rangs ; Personnages actifs des scènes toujours vraies, Qui passaient sous vos yeux ou tragiques ou gaies ; L’art a jailli pour vous, nouveau, libre, animé, De tous les sentiments dont l’homme est consumé ; Vous avez découvert sa science profonde Non dans les livres morts, mais au livre du monde.
Cet auteur était ennemi secret des grands hommes de son siècle, et jamais il n’a parlé de Molière, de MM. […] Il disait que la nature semblait lui avoir révélé tous ses secrets, du moins pour ce qui regarde les mœurs et les caractères des hommes.
Quelle était alors sa préoccupation secrète, mystérieuse, outre ses essais comme acteur et auteur ? […] L’art de parler à tous, de faire accepter à tous sa pensée fut justement un des grands secrets de Molière. […] D’un autre côté la petite Armande était allée, de treize à seize ans, dans cet intervalle, et Molière heureux de sa charmante élève, de son esprit, de sa grâce, confiant dans l’avenir, écrivit tout d’inspiration ce beau rôle d’Ariste, pour enseigner à tous, naïvement, son secret d’être heureux : Il nous faut, en riant, instruire la jeunesse, Reprendre ses défauts avec grande douceur, Et du nom de vertu ne pas lui faire peur. […] Cet enfant mourut peu après sa naissance, comme avait fait le premier ; le second seul ( né en 1665, au temps des relations avec le comte de Guiche, ) survécut à Molière : c’était une fille, elle s’appelait Esprit-Madeleine ; elle avait eu pour marraine sa tante Madeleine Béjart, et pour parrain le comte Esprit de Modène, amant (et peut-être mari en secret) de Madeleine. […] Ce public, assemblé tous les soirs, qui venait l’écouter depuis plus de trente ans, il lui avait confié les secrets de son âme, et plus il approchait de son terme, plus il avait besoin de le voir et de lui parler encore.