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164. (1772) De l’art de la comédie. Livre troisième. De l’imitation (1re éd.) [graphies originales] « CHAPITRE V. » pp. 71-105

On peint à Elvire le chagrin dans lequel il est plongé : elle veut le consoler : elle l’envoie chercher ; elle lui promet de ne pas traiter le vainqueur aussi bien qu’il le craint. […] Par ces noires couleurs, non, ce n’est pas la fille d’un Roi, ce n’est pas une Princesse que la médisance avoit respectée jusqu’ici ; ce n’est pas en un mot cette Delmire qui t’adore que tu viens de peindre, c’est un monstre vomi par l’enfer, c’est l’opprobre du monde entier, c’est...

165. (1706) Addition à la Vie de Monsieur de Molière pp. 1-67

Et bien j’ai eu intention de la faire telle pour peindre le travers d’un Voyageur, Philosophe bien plus. […] Mon Censeur n’est plus le même, quand il parle du Courtisan extravagant, il manque de goût, « Cela, dit-il, n’est pas bon dans un Livre ; c’est un morceau de Pièce tout fait pour le Théâtre. » Mais il n’a pas remarqué que cette aventure aurait été plate, si je n’avais mis le Courtisan en action, si je n’avais peint son caractère par ses expressions, que je n’aurais pu employer dans un simple récit.

166. (1862) Corneille, Racine et Molière (Revue chrétienne) pp. 249-266

Le jour où Molière peignit les jalousies d’Alceste, il souffrait d’un mal dont plusieurs souffraient avec lai, et, depuis deux cents ans, aucun de ceux qui ont aimé comme Alceste n’a entendu sans émotion ses reproches à Célimène. […] C’est après de longues et secrètes luttes, et lorsqu’il allait quitter le théâtre, que Racine peignit, dans Phèdre des passions et des remords d’une puissante énergie, et c’est, plus tard que, rompant le silence du repentir, il conçut ce type immortel de Joad, la mâle expression de la foi chrétienne.

167. (1884) La Science du cœur humain, ou la Psychologie des sentiments et des passions, d’après les oeuvres de Molière pp. 5-136

La première consiste à peindre les caractères, c’est-à-dire les sentiments et les passions qui inspirent les pensées et dirigent les actes des personnes que l’on observe. […] Il serait oiseux de démontrer, après tant d’autres, combien Molière a excellé dans l’art de peindre les caractères. […] Après avoir cité le passage où Arnolphe essaye trop tard de conquérir l’affection d’Agnès par des paroles amoureuses, M. de Laprade ajoute : «  Tout cela est dans la vérité, dans la nature, et peint de main de maître ; mais c’est une nature laide, affligeante, dont le spectacle déprave. […] On ne saurait peindre avec plus de vérité l’amour tel qu’il est dans l’humanité et les idées qu’il suggère, que ce qu’il l’a fait dans la scène ni de l’acte IV du Misanthrope: Alceste, s’adressant à Célimène. […] En premier lieu, pour peindre l’absorption du père de Psyché par la douleur que lui cause l’arrêt des Dieux qui ravit sa fille à son affection : « Mon juste désespoir ne saurait se contraindre (dit-il), Je veux, je veux garder ma douleur à jamais ; je veux sentir toujours la perte que je fais ; de la rigueur du ciel, je veux toujours me plaindre ; je veux jusqu’au trépas incessamment pleurer ce que tout l’univers ne peut me réparer. » Ces vers admirables, qui par leur expression sentimentale peuvent rivaliser avec les plus beaux de Corneille et de Racine, font naturellement penser à la répétition ; employée par Virgile pour peindre l’absorption d’Orphée par le souvenir d’Euridice, dans ces vers si suaves et si tendres : Te dulcis conjux, te solo in littore secum te veniente die, le descendente canebat.

168. (1772) De l’art de la comédie. Livre premier. De ses différentes parties (1re éd.) [graphies originales] « CHAPITRE XX. Des Unités. » pp. 352-366

Si Moliere, par exemple, pour peindre son Harpagon, avoit mis en même temps sous les yeux du spectateur, & les traits d’avarice de son enfance, & ceux qu’il fait lorsqu’il veut sacrifier sa fille à l’amour d’un homme qui la prend sans dot, cette duplicité d’action seroit choquante, parceque l’avarice d’un enfant est tout-à-fait différente de celle d’un homme mûr.

169. (1772) De l’art de la comédie. Livre second. De ses différents genres (1re éd.) [graphies originales] « CHAPITRE XII. Des Pieces intriguées par une Soubrette. » pp. 135-150

Vous m’avez trop bien peint au bon Monsieur Argante.

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