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71. (1835) Mémoire pour servir à l’histoire de la société polie en France « Chapitre XXVI » pp. 279-297

Un directeur était un parasite, « jaloux d’obtenir le secret des familles, aimant à trouver les portes ouvertes dans les maisons des grands, à manger souvent à de bonnes tables, à se promener en carrosse dans une grande ville, et à faire de délicieuses retraites à la campagne, à voir plusieurs personnes de nom et de distinction s’intéresser à sa vie, à sa santé, et à ménager pour les autres et pour lui-même tous les intérêts humains…, couvrant tous les intérêts du soucieux et irrépréhensible prétexte du soin des âmes ». […] C’était pourtant au fond une âme assez basse, et pleine de vénération pour les grandeurs humaines ; d’ailleurs tracassier et processif.

72. (1914) En lisant Molière : l’homme et son temps, l’écrivain et son œuvre pp. 1-315

Les connaisseurs jouent à la longue pour les pièces supérieures le rôle du Roi pour les Plaideurs et obligent la foule à les applaudir par respect et par respect humain. […] C’est le défaut humain qui a le plus d’estomac. […] Kant nous dit : en face d’un acte à faire ou à ne pas faire, demandez-vous si vous voudriez qu’il fût érigé en loi générale des actions humaines, on juge par-là de toute la morale de Kant. […] On voit qu’il ne ménage pas l’espèce humaine. […] Quand on y réfléchit on le trouve très juste, très vrai de grande vérité humaine et presque sans exagération.

73. (1919) Molière (Histoire de la littérature française classique (1515-1830), t. II, chap. IV) pp. 382-454

Et puis, il change en quelque sorte de sens à mesure qu’il est vécu par un plus grand nombre de générations  : on s’aperçoit peu à peu qu’il y a là quelque chose d’inhérent à la nature humaine ; et du même coup, qu’un simple changement de condition ou de caractère selon les temps ou selon les lieux peut rendre le sujet entièrement nouveau. […] Tandis qu’on enseigne autour de lui, non seulement parmi les jansénistes, mais parmi les jésuites aussi,    que la nature humaine est corrompue ou insuffisante ; que nos plus dangereux ennemis, nous les portons en nous, et que ce sont certains de nos instincts  ; qu’en suivant leur impulsion nous courons de nous-mêmes à la damnation éternelle ; qu’il n’y a donc d’espoir de salut qu’à les tenir en bride, que la vie de ce monde nous a été donnée pour ne pas en user, et la nature pour nous être une perpétuelle occasion de combat, de lutte, et de victoire sur elle-même, Molière, lui, croit précisément le contraire. […] Ce qu’il a voulu nous montrer, n’est-ce pas qu’en nous enseignant à n’avoir « d’affection pour rien », la religion nous enseignait à nous détacher, non pas tant de nous-mêmes que de ces sentiments humains qui font le prix de la vie ? […] « Le seigneur Harpagon est, de tous les humains, l’humain le moins humain »,etc., ou relisons George Dandin.

74. (1819) Introduction aux œuvres de Molière pp. -

Ses maximes sont vulgaires ; il a peu, disons mieux, il n’a pas de ces traits pénétrants qui vont comme au fond du cœur humain pour y chercher, pour en faire sortir le secret caché dans ses replis. […] Térence a cette plaisanterie de réflexion que fait naître dans l’âme d’un sage le spectacle des folies humaines. […] Les hasards de la vie humaine peuvent rapprocher instantanément deux personnes du caractère le plus opposé ; mais de ces rencontres fortuites et passagères, l’art ne doit pas foire un moyen constant et uniforme. […] Alceste, parce qu’il a été joué par une coquette, sent augmenter sa haine contre les humains, et court s’enfoncer dans un désert. […] Les douleurs les plus légitimes suivant la nature et la société, n’obtenaient point alors, pour se calmer, la moitié du temps qu’on accorde aujourd’hui aux afflictions mêmes que le respect humain devraitpeut-être empêcher de montrer.

75. (1759) Moliere (Grand Dictionnaire historique, éd. 1759) [graphies originales] « article » pp. 604-605

Ci gist qui parut sur la scène Le singe de la vie humaine, Qui n’aura jamais son égal ; Qui voulant de la mort, ainsi que de la vie, Etre l’imitateur dans une comedie, Pour trop bien réussir, y réussit fort mal : Car la mort en étant ravie, Trouva si belle la copie, Qu’elle en fit un original.

76. (1853) Histoire de la littérature dramatique. Tome II « Chapitre III. Le théâtre est l’Église du diable » pp. 113-135

Encore une fois, c’est un mensonge, cette morale en pleine bouffonnerie, en pleine licence, en plein exercice de l’amour, de la colère, de la tromperie, de la gourmandise et des plus mauvais instincts du cœur humain. […] Alors, et malgré soi, l’on s’incline en présence de ces grandes œuvres, justement parce qu’elles sont les œuvres les plus dangereuses de l’esprit humain ! […] Ces grands hommes, l’honneur de l’esprit humain, reconnaissaient très volontiers les devoirs de la critique ; ils étaient, avant tout, de véritables hommes de lettres, et ils prouvaient, par leur exemple, que cette qualité d’homme de lettres est la plus grande et la plus honorable dont se puisse décorer un galant homme.

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