Fabié raconte une anecdote de la vie de Corneille ; vers la fin, il hausse le ton en alexandrins convenablement frappés ; il plaint le poète de n’être pas né ou du moins mort de nos jours : on lui aurait fait un si bel enterrement !
Mais Molière a frappé le coup le plus juste de toute cette satire du vice élégant dans le tableau de la corruption que répand autour de soi le gentilhomme corrompu, et qu’il impose à tout son entourage.
Il avait été frappé du plaisir qu’elle avoue avoir éprouvé à la lecture d’une critique de Bérénice, et n’avait pas remarqué que ce qu’elle appelle la folle passion de cette pièce lui déplaisait non seulement par sa folie, mais aussi parce que Bérénice rappelait cette Marie Mancini, nièce de Mazarin, que Louis XIV avait voulu épouser, et qui était odieuse à la société fréquentée par madame de Sévigné, Il n’avait pas lu ce qu’elle dit de Bajazet : La pièce m’a paru belle ; Bajazet est beau, mais Racine n’ira pas plus loin qu’Andromaque.
Quand Scapin démontre au seigneur Argante qu’il vaut encore mieux donner deux cents pistoles que d’avoir le meilleur procès, et qu’il lui détaille tout ce qu’on peut avoir à souffrir et à payer dès que l’on est entre les griffes de la chicane, cette leçon si vivement tracée qu’elle frappe même un vieil avare, et le détermine à un sacrifice d’argent, cette leçon n’est-elle pas d’un bon comique? […] C’est là sans doute le mérite qui avait frappé Louis XIV lorsqu’on représenta devant lui le Bourgeois gentilhomme, que la cour ne goûta pas, apparemment à cause de la mascarade des derniers actes. […] Voilà sans doute ce qu’on eût dit du temps de Molière, et ce que diraient encore ceux qui ne font que des comédies; car d’ailleurs ce sujet, tel que je viens de l’exposer, pourrait frapper les faiseurs de drames, et en le chargeant; de couleurs bien noires, ils ne désespéreraient pas d’en venir à bout.
Seulement, je trouve que le spectre qui frappe le prince Hamlet est plus touchant, car il est encore plus silencieux que celui qui avertit Don Juan. […] Un soir, le roi entend la jeune fille qui parle d’amour ; à ces propos d’amour son nom est mêlé, et lorsqu’à la dérobée il jette un coup d’œil sur cette jeunesse si bien emparlée et si tendre, il reconnaît la belle personne dont le portrait l’a frappé chez le surintendant Fouquet ; aussitôt ce roi égoïste se sent ému jusqu’au fond de l’âme ; c’est quelque chose de mieux que les sens, c’est presque le cœur qui lui parle, et de ce jour qui la devait plonger, vivante, dans un abîme de supplices et de repentirs, madame de La Vallière préside à ces fêtes, à ces spectacles, à ces miracles de la poésie et de la peinture, à ce beau siècle, à ce théâtre ou Molière et Lulli semblent lutter à qui produira les amusements les plus aimables. […] — La lumière purpurine qu’Hébé de son urne verse sur la froide terre, m’est revenue dès que je t’ai aimée. » Et comme ce malheureux Bragelone se trouve fort ridicule de parler ainsi, il ajoute : « C’est l’amour qui m’a d’abord enseigné les mots dorés sous l’effigie desquels les cœurs honnêtes frappent, eux aussi, leur métal massif. » Je ne sais pas si c’est là du métal massif, c’est de la lourde poésie à coup sûr. […] Seigneur Don Juan, comptez vos pertes de cette journée seulement : vous avez perdu cette belle fille que vous poursuiviez dans votre barque fragile, vous avez perdu deux jolies filles de la campagne sicilienne, deux alouettes au beau plumage que vous aviez prises à la glu de votre déclamation : le mendiant du chemin vous a trouvé sans réplique, une statue de pierre vous a frappé d’épouvante, et maintenant voici que Dona Elvire, une dernière fois, vient chez vous, et, chose étrange, vous la trouvez belle à ce point que vous voudriez la retenir, mais elle s’enfuit et elle vous laisse à votre abîme ; enfin M.
Voici ces lignes frappées au coin de la dignité et du bon sens : « Je leur abandonne de bon cœur mes ouvrages, ma figure, mes gestes, mes paroles, mon ton de voix et ma façon de réciter pour en faire et dire tout ce qui leur plaira, s’ils en peuvent tirer quelque avantage. […] Il est grand seigneur avant tout, le plus probe, le plus excellent des grands seigneurs ; mais il n’est frappé que des abus qui le touchent, et non point de ceux qui pèsent sur la foule ; il jouit même de privilèges injustes, dont son âme, si droite, n’est aucunement choquée, accoutumée qu’elle est à ces abus ; et la pensée ne lui vient pas que son souffle pourrait abîmer un matin cette société de courtisans, de flatteurs, de juges corrompus, ce monde brillant, mais faux, qui le gêne et l’indigne à chaque pas. […] Molière, dès alors, frappé des prétentions à la noblesse, manifestées par un grand nombre de bourgeois, commençait à attaquer ce ridicule si commun de son temps, et même du nôtre, où les titres ont beaucoup perdu de leur valeur. […] Dans Don Juan, Molière avait commencé à poursuivre sérieusement la noblesse oisive, vaniteuse, libertine, attaquée déjà dans l’Impromptu de Versailles ; dans le Bourgeois gentilhomme, et plus tard encore, dans la Comtesse d’Escarbagnas, il devait frapper cette noblesse plus fortement encore.