Ici, les affections de famille font taire les intérêts de la cité. […] Il fallait qu’elle marchât à la conquête du monde, et devant son char militaire ils prosternaient leurs personnes et leurs affections de famille. […] Et, tandis que la comédie ne se glisse point au foyer d’une famille conforme à sa véritable idée, dont le chef sait maintenir sur les siens son autorité naturelle, elle entre sans façon dans une famille désorganisée, où les maîtres sont devenus les serviteurs et les serviteurs les maîtres, où le père a perdu par sa faute le respect de ses enfants. […] Le divin fondateur du christianisme n’avait prétendu abolir ni l’État ni la famille, et ses apôtres ont nettement prêché le mariage et la soumission à l’ordre établi. […] Dans Roméo et Juliette, la division des familles est la base générale de l’action.
Quelle que soit la corruption générale d’une grande nation, même d’une grande cour, il s’y trouve toujours quelques familles où se conserve l’honnêteté des mœurs, où la raison, le droit sens, la bienséance exercent leur légitime empire, où les bons principes sont héréditaires, comme certaines conformations : ici est d’ordinaire le privilège des familles nombreuses qui s’entretiennent, par les sympathies mutuelles de leurs membres, dans les traditions de vertus où elles sont nées. Tel fut le caractère des familles de Vivonne et d’Angennes. […] Charles d’Angennes, marquis de Rambouillet, était d’une famille inébranlable dans sa fidélité à Henri IV. De huit frères qu’ils étaient, aucun n’entra dans le parti de la Ligue6 ; mérite qui appartient peut-être qu’à cette famille, toute nombreuse qu’elle était. […] Il était d’ailleurs naturel à une jeune femme élevée dans une famille de mœurs pures et décentes, de partager le dégoût général pour les amours du roi, qui n’avaient plus l’excuse de la jeunesse.
D’ailleurs il avait été trop attaché à la famille du connétable de Luines, pour n’être pas ennemi du cardinal de Richelieu. […] Le comte de Modène, ainsi débarrassé d’une famille qui lui était devenue presqu’étrangère, s’occupa principalement de son fils, jeune homme plein d’esprit et de mérite, dont on admirait la facilité à s’exprimer, mais qui malheureusement mourut fort jeune12. […] La famille Bejard crut devoir se prêter à une précaution nécessaire pour l’exercice des droits que M. de Modène avait l’intention de laisser à ses héritiers légitimes. […] Elle n’osa jamais prendre celui de Modène, dont la famille ne l’aurait pas souffert. […] Il n’y a pas jusqu’au Nobiliaire du comté Vénaissin 32, dont l’auteur, travaillant sur les Mémoires fournis par la famille de Modène, dit (en 1750) que la fille de M. de Modène a épousé Molière.
Bernardin, se contente d’écrire1 : « L’enlèvement par les corsaires ne semblait pas comme aujourd’hui une intrigue démodée, empruntée à la comédie antique ; en se servant de ce procédé commode pour dénouer le Parasite et l’Avare, Tristan et Molière employaient un moyen dramatique qui était encore de leur temps fondé sur la réalité des choses ; écoutons plutôt Mascarille dans l’Étourdi (IV, 1) : C’est qu’en fait d’aventure il est très ordinaire De voir gens pris sur mer par quelque Turc corsaire, Puis être à leur famille à point nommé rendus, Après quinze ou vingt ans qu’on les a crus perdus ; Pour moi, j’ai déjà vu cent contes de la sorte. […] On voit combien Alcidor, pris sur mer par quelque Turc corsaire, est à point nommé rendu à sa famille après vingt ans qu’on l’a cru perdu. […] S’il est ainsi, vous perdrez la raison ; A l’heure qu’il faudra jaser comme un oison, Vous deviendrez muet, et peut-être Manille Prendra quelque soupçon que vous aimez sa fille ; Que de son fils absent vous empruntez le nom, Et venez comme en masque apporter un momon ; Rengainez votre amour, cachez sa violence, Et vous souvenez bien des choses d’importance ; Il faut de la mémoire à qui sait bien mentir, N’oubliez pas les noms de Jaffe ni de Tyr, Vous citerez encore d’autres lieux de Syrie Pour vous conduire enfin jusqu’en Alexandrie, Où vous avez trouvé ce marchand Marseillais Qui vous a reconnu pour chrétien, pour Français, Pour natif de sa ville, et d’honnête famille, Et vous a racheté. […] Tel qu’il est constitué maintenant, l’acte IV de l’Étourdi implique une reconnaissance possible et, pour quiconque est familier avec les conventions dramatiques, une reconnaissance inévitable et prochaine dans la famille de Trufaldin. Il achemine donc Molière à un dénouement tout autre que celui de l’Inavvertito, où Bellorofonte retrouvait une sœur de Celia qu’il avait autrefois aimée, Laudomia, mais où Mezzetin (Trufaldin) restait sans famille comme auparavant.
Enrique accuse fort légérement Don Sanche, respectable vieillard, d’avoir tenu des propos contre sa famille, & le fait maltraiter dans l’obscurité par des lâches à ses gages. […] Il sort pour consulter sa famille. […] Don Alvar & Don Lope se rencontrent : ce dernier veut venger la mort de son frere : l’autre le prie de permettre qu’il soit digne de se mesurer avec lui, & de souffrir qu’il se lave auparavant d’un affront fait à sa famille. […] Don Pedre lui communique la lettre de son pere, & le prie de lui laisser venger l’affront fait à sa famille avant de l’obliger à se battre contre lui : le Comte le loue de sa délicatesse, lui dit à son tour qu’il a un rendez-vous & qu’il y court quelques dangers : Don Pedre offre de l’accompagner. […] Alonse, freres d’Elvire, courent après le scélérat pour venger l’affront fait à leur famille, ou forcer D.
Et c’est là ce qu’avait peint Molière : le prêtre, je veux dire le jésuite dans la famille. […] Celui sans doute des cadets de famille pauvres, qu’on destinait aux ordres. […] Cependant la famille, unie contre l’ennemi commun, fait un suprême effort. […] En sacrifiant à Dieu la famille. […] Où elle domine, encore une fois, que voulez-vous qu’il reste de la famille ?