Il y a, dans les livres de Quintilien, un interlocuteur nommé Apollodore, qui disait : « Persuader, c’est s’emparer de l’esprit de celui qui vous écoute, et le conduire en triomphe au but que l’on se propose. » En triomphe !
Possédée contre Armande d’une haine féroce, haine de femme et de comédienne, elle n’a qu’un but qui est de la rendre odieuse ; ce qu’elle sait des actions de son ennemie, elle le dénature, ou, tout au moins, l’exagère ; ce qu’elle ne sait pas, elle l’invente.
Les pauvres bêtes sont assommées de peur ; ils tombent l’un et l’autre à genoux, et y retombent jusqu’à six fois symétriquement, avec des postures inimaginables ; si cela est delà farce, comme l’assure le poète pincé, un certain Br……Bross…… Boursault, à ce que j’entends dire, — au moins cette farce ne manque-t-elle pas son but ; on rit ; l’on rit davantage encore lorsqu’Arnolphe montant lui-même chercher Agnès, Alain, seul avec Georgette, lui explique ce que c’est que la jalousie, et que la femme est, par rapport à l’homme, comme un potage où il lui déplaît que le prochain trempe les doigts.
Tout va droit au but, d’un pas égal, sans précipitation ni lenteur.
Pour eux, ce qu’on est convenu de nommer vocation a quelque chose qui tient de la fatalité ; leur but est marqué, il faut qu’ils y arrivent, et tout les y pousse, tout les y entraîne. […] D’un autre côté, comme, sans perdre de temps, il avait publié, pendant la quinzaine qu’avait durée la clôture de son théâtre, cette fameuse Lettre sur l’Imposteur, écrite sinon par lui, du moins sous son inspiration directe143 ; comme, dans cet écrit, sur lequel nous regrettons de ne pouvoir nous étendre, il pensait avoir suffisamment expliqué au public l’esprit de sa comédie, ses motifs et son but, il crut avoir satisfait à ce que pouvait réclamer de lui ce juge qu’il ne fuyait pas, mais qu’on lui refusait toujours ; et dès lors, quitte envers tout le monde, sinon envers son théâtre resté sans pièce nouvelle et privé d’un succès, il se mit au travail avec un courage qu’il ne s’était pas trouvé depuis longtemps.
Je ne dis pas que je ne heurterai pas quelquefois vos opinions acquises ; mais ne vous impatientez pas trop vite : en fin de compte, après avoir passé par des chemins qui peut-être ne vous plairont pas toujours, nous nous retrouverons, vous et moi, au même but, c’est-à-dire à conclure que Le Misanthrope, Tartuffe, le Dom Juan, Le Malade imaginaire, ne sont pas des œuvres communes, et que l’influence de Molière en deux ou trois matières capitales, et c’est beaucoup, a été une influence saine et salutaire. […] Je ne crois pas, je l’ai dit, je ne puis pas croire que Molière se soit posé pour but de déterminer la ruine de la noblesse par le ridicule, comme Louis XIV la ruinait par son gouvernement, en substituant partout, dans les grandes charges, les roturiers aux gentilshommes.