Lorsque l’esprit est plein d’une idée passionnée, l’homme est porté à croire que tout le monde doit être au fait de ce qui le préoccupe et y prend un intérêt aussi vif qu’il y prend lui-même. […] Ou bien il semble à ce passionné que tout le monde partage sa manière de voir et son anxiété à l’égard de ce qui le préoccupe lui-même, ce qui est le propre de tous les fanatiques politiques, religieux et autres. […] Sganarelle, absorbé par sa jalousie, croit que tout le monde pense à ce qui le préoccupe, et il prend les paroles courroucées que Célie prononce contre Lélie, son amoureux, pour de l’indignation que ferait éprouver à cette jeune fille la cause qui le chagrine, lui, Sganarelle. Ce quiproquo fort comique, provoqué par sa passion, lui fait dire en s’adressant à Célie : « Vous prenez ma défense avec trop de bonté ; tout le monde n’a pas la même charité. » Et plus loin : « Ne vous fâchez pas tant, ma très chère madame ; mon mal vous touche trop et vous me fendez l’âme.» […] Mais parfois aussi ses passions l’attirent avec tant de force qu’il faut, pour leur résister, une énergie qu’il n’est pas donné à tout le monde de posséder, et sans laquelle il succombe, comme le fait Alceste dans cette dernière circonstance, tout en reconnaissant et en déplorant sa faiblesse.
Eraste en est aimé ; Valere se flatte de l’être, parcequ’Ascagne, sœur de Lucile, que tout le monde croit un garçon, l’a épousé en secret dans l’obscurité, sous le nom de Lucile.
La meilleure est toujours en malice féconde ; C’est un sexe engendré pour damner tout le monde.
Tout le monde m’a prédit ce malheur.