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175. (1852) Légendes françaises : Molière pp. 6-180

Quant à l’amour, voilà ce que Molière y sut peindre en maître, et c’était aussi la chose qu’il connaissait bien alors. […] La correction et le poli du vers de Boileau (le procédé à l’huile) l’avait d’abord séduit, et il avait essayé de ce style pour Don Garcie, mais il reconnut bien vite que cette forme, quel qu’élégante qu’elle fût, lui allait mal et convenait peu au théâtre ou il fallait peindre d’un seul coup, à grands traits non tâtés. […] Sa figure conservait quelque chose de risible jusque dans le sérieux; mais c’est dans le comique, c’est dans ses rôles à lui qu’il savait reproduire Ces mouvements du cœur, peints d’une adresse extrême Par des gestes puisés dans la passion même. […] Chapelle lui répondit qu’il l’avait cru au-dessus de ces sortes de choses, et le railla de ce que lui, qui savait si bien peindre le faible des autres hommes, tombait dans le ridicule d’aimer une personne qui ne le payait pas de retour. […] La dévotion est si raisonnable dans la bouche de Cléante, qu’elle me ferait renoncer à toute ma philosophie, et les faux dévots sont si bien peints que la honte de leur peinture les fera renoncer à l’hypocrisie.

176. (1725) Vie de l’auteur (Les Œuvres de Monsieur de Molière) [graphies originales] pp. 8-116

Ce principe a toûjours réussi à Moliere dans tous les caracteres qu’il a voulu peindre. […] La diversité de caracteres dont cette Piece est remplie, & la nature que l’on y voyoit peinte avec des traits si vifs, enlevoient tous les applaudissemens du public. […] Il y a lieu d’être surpris de ce* dementi dans le Livre d’un Historien qui nous peint Moliere comme un homme qui avoit de la probité & de la sagesse. […] Chapelle qui le croioit être au dessus de ces sortes de choses, le railla de ce qu’un homme comme lui qui savoit si bien peindre le foible des autres hommes, tomboit dans celui qu’il blâmoit tous les jours, & lui fit voir que le plus ridicule de tous étoit d’aimer une personne qui ne repond pas à la tendresse qu’on a pour elle. […] Chaque Bourgeois y croyoit trouver son voisin peint au naturel ; & il ne se lassoit point d’aller voir ce portrait.

177. (1772) De l’art de la comédie. Livre premier. De ses différentes parties (1re éd.) [graphies originales] « CHAPITRE XXVII. Des aparté. » pp. 446-462

& le Marquis de.... tous les deux beaux, charmants, faits à peindre, & dignes de conquêtes bien plus brillantes.

178. (1772) De l’art de la comédie. Livre premier. De ses différentes parties (1re éd.) [graphies originales] « CHAPITRE XXIX. Des Méprises, des Equivoques & de ce qu’on appelle quiproquo au Théâtre. » pp. 474-489

J’exhorte les Auteurs à réfléchir sur ces deux petites méprises consécutives, à examiner l’art avec lequel elles sont variées, à bien apprécier sur-tout l’adresse avec laquelle Moliere les fait naître des différents caracteres des deux personnages qui les font, & comme ils se peignent eux-mêmes en les faisant.

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