Molière et Boileau ont servi la morale en séparant, dans les ouvrages de l’esprit, le bon or du faux 186, et en frappant sans pitié les Scudéri, les Colin, les Quinault187, et tous ceux qui se mêlent d’écrire sans en être capables.
Il est d’abord évident que, dans la répugnance de l’Église catholique pour les représentations théâtrales, il y a un souvenir des abominables jeux du Cirque, où le spectacle, mêlé d’une prostitution monstrueuse et sacrée, passait incessamment, pendant des journées et des semaines entières, d’un combat de gladiateurs à une atellane obscène, à une naumachie, à une comédie, à un repas de bêtes nourries de martyrs, ou à une brûlerie de chrétiens enduits de poix.
Pour la forme, c’est l’allégorie extravagante, la caricature monstrueuse, la parodie burlesque, la bouffonnerie cynique, l’insulte aux hommes et aux dieux, l’absence de toute raison, de toute règle dans la conduite du drame ; et tout cela mêlé des saillies de l’esprit le plus fin, des traits de la gaieté la plus franche, et des grâces du langage le plus exquis. […] Cyrano, puisant à cette source de fausses notions de physique qu’il mêlait aux créations burlesques de son imagination, parcourut en esprit les États et Empires de la Lune et du Soleil. […] Son génie, sans doute, qui le retenait invinciblement dans la carrière où il devait s’illustrer ; sa passion pour la gloire, qui venait de lui faire goûter ses premières faveurs ; le scrupule, a-t-on dit, qu’il se faisait de laisser là de pauvres comédiens amenés de loin, qui s’étaient fiés à son sort, dont le leur semblait entièrement dépendre ; peut-être aussi d’autres motifs moins nobles, tels que l’empire de certaines liaisons, et un peu de goût pour cette existence errante et agitée, mêlée de loisir et de travail, de plaisir et de peine, d’abondance et de détresse, qui, malgré son asservissement réel, offre à la folle jeunesse la séduisante image de l’indépendance. […] Boileau, voulant vanter un discours de Baron, dit : « Il est dans le goût des compliments de Molière, c’est-à-dire que la satire y est adroitement mêlée à la flatterie, afin que l’une fasse passer l’autre 106 » Six ans avant sa mort, la faiblesse toujours croissante de sa poitrine le contraignit, à son grand regret, de se faire remplacer dans cet emploi d’orateur par le comédien La Grange107. […] Dans tous les rôles de petits bourgeois tels que les Sganarelle, les Gorgibus, etc., on netrouverait peut-être rien d’aussi péniblement, d’aussi incorrectement écrit que ces deux vers du rôle d’Alceste : Et la plus glorieuse (estime) a des régals peu chers, Dès qu’on voit qu’on nous mêle avec tout l’univers.