/ 147
133. (1900) Molière pp. -283

on m’a coupé la gorge : on m’a dérobé mon argent. […] Rends-moi mon argent, coquin ! […] Hélas, mon pauvre argent ! mon pauvre argent ! […] Figurons-nous, en étudiant les personnages de l’ancienne comédie, combien de temps s’est écoulé avant qu’un médecin, un savant, un juge, un procureur, un avocat, un notaire devinssent des hommes qui, dans la vie ordinaire, ne différassent point trop, par leurs manières et le ton de leur langage, des autres hommes ; et nous conviendrons que d’avoir banni comme ridicule tout ce qui rebutait le bon goût comme excessif, d’avoir mis la variété à la place des disparates, effacé les saillies choquantes, amolli l’austère écorce qui prêtait aux mœurs de la haute bourgeoisie je ne sais quoi de raide et de raboteux, d’avoir créé, au-dessus des classes et des professions, cette société française, type achevé de la société élégante, où l’on ne plaît qu’en apportant comme un témoignage d’estime et de respect pour autrui le ferme désir de plaire, où l’on n’est supporté que si l’on se fait modeste, où quiconque veut être trop n’est plus rien, où il faut, pour être accueilli, que l’argent perde de sa suffisance, les grandes charges et le rang de leur orgueil, le mérite de sa fierté susceptible, la vertu même ces airs tristes qu’elle a quelquefois et qui la gâtent, d’avoir créé cette société si polie, si appropriée à tous et en définitive si humaine, puisqu’elle a pour code la condescendance réciproque, pour ennemies les prétentions de toute espèce, pour seule arme et pour seule sanction la raillerie, cela n’est point une œuvre frivole, et telle a été chez nous l’œuvre de l’esprit.

134. (1910) Rousseau contre Molière

Remarquez que le mépris de l’argent que vous dites qu’il doit avoir, il le marque précisément tout en pestant et que son propos signifie : « Je me moque bien de l’argent ; la preuve, c’est que la jouissance de constater la bassesse des hommes vaut pour moi une fortune. » Et le propos est d’un homme en colère, mais qui a été mis en colère par la contradiction, et c’est Rousseau qui a dit lui-même « qu’en irritant adroitement » un sage, « on peut parvenir à le faire passer pour méchant lui-même ». […] mon cher, gardez votre argent ; ne faites pas le commerce ! […] C’est une façon de dire au public : « Dorante est un petit seigneur fort peu scrupuleux qui tire de l’argent de Jourdain ; mais ne craignez point que j’aie la cruauté de livrer Jourdain à Dorante pour toute sa vie. […] Vous croyez que tout le bonheur possible consiste à avoir de l’argent et à le garder. […] Tartuffe n’est-il pas l’ambitieux qui capte les héritages et les donations pour arriver à la puissance que donne l’argent, et n’y a-t-il nul rapport entre Tartuffe et Rodin ou Bel-Ami ?

135. (1853) Histoire de la littérature dramatique. Tome II « Chapitre III. Le théâtre est l’Église du diable » pp. 113-135

Lui-même, il l’avoue, et il raconte qu’au sortir de ces fêtes de dommage, il rentrait dans sa maison, plus disposé à aimer l’argent, l’ambition, la luxure, qu’il ne l’était au moment d’en sortir, — « Eh !

/ 147