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246. (1852) Molière, élève de Gassendi (Revue du Lyonnais) pp. 370-382

Ainsi Armande dit à Henriette : Songez à prendre goût des plus nobles plaisirs, Et, traitant de mépris les sens et la matière, A l’esprit, comme nous, donnez-vous tout entière… Mariez-vous, ma sœur, à la philosophie. […] Des âmes cartésiennes qui sortent de leur corps, pour errer dans l’espace, et qui y rentrent quand il leur plaît, voilà la donnée commune des romans anti-cartésiens du P. […] Mais Molière ne lui donne-t-il jamais raison que contre les travers et les ridicules réels d’Alceste ? […] Ils comptent les défauts pour des perfections, Et savent y donner de favorables noms La pâle est aux jasmins en blancheur comparable; La noire à faire peur fine brune adorable; La maigre a de la taille et de la liberté ; La grasse est dans son port pleine de majesté; etc. […] Pour donner plus de goût à sa traduction, Molière avait rendu en prose toutes les matières philosophiques, et il avait mis en vers les belles descriptions de Lucrèce. » (Mémoires sur la vie de Molière, en tête de l’édition d’Aimé Martin).

247. (1772) De l’art de la comédie. Livre premier. De ses différentes parties (1re éd.) [graphies originales] « CHAPITRE XXIX. Des Méprises, des Equivoques & de ce qu’on appelle quiproquo au Théâtre. » pp. 474-489

L’amour voudroit le ramener vers sa femme ; mais le préjugé à la mode & la crainte de se donner un ridicule en avouant son amour, le retiennent ; il devient cependant jaloux de celle qu’il feint de n’aimer point, il l’outrage. […] Comme il est extrêmement nécessaire qu’Arlequin ne fasse pas une méprise, on lui donne une lettre à chaque main, & on lui dit : celle qui est du côté de la maison de Rosaura est pour Rosaura ; celle qui est du côté de la maison de Leonora est pour le Leonora. […] Il en est qui naissent de l’adresse d’un acteur qui se donne pour tout autre que ce qu’il est. […] Jacques veuille mettre dans l’eau chaude un voleur, lui griller les pieds & le pendre au plancher ; mais l’Avare est si préoccupé de son vol, qu’il peut donner en passant dans une méprise de fort peu de durée, puisque le cuisinier la fait cesser tout de suite, en disant qu’il est question d’un cochon de lait. […] Il donna tout bas le mot de l’énigme, & l’on en rit pendant long-temps.

248. (1772) De l’art de la comédie. Livre second. De ses différents genres (1re éd.) [graphies originales] « CHAPITRE XIII. Des Pieces intriguées par les Maîtres. » pp. 151-168

Pour plus de sureté d’une éternelle flamme, Souffrez que devant lui je vous donne ma foi, Qu’il en soit le garant. […] Donnez. […] Je donnerai la préférence aux Fausses Infidélités, comédie en un acte & en vers, de M. […] La piece dont il s’agit est si connue, qu’il nous suffit d’en donner une légere idée. […] Je suis donc d’avis que nous laissions les intrigants à talons rouges, & que nous donnions la préférence aux intrigants à livrée.

249. (1865) Les femmes dans Molière pp. 3-20

Quel tour de force dans l’art de tout dire et de le bien dire, cette scène du premier acte, et la seconde scène du quatrième poussée à bout, la prude Armande consent enfin à se donner à Clitandre, qui la refuse. […] J’aime avec tout moi-même et l’amour qu’on me donne En veut, je le confesse, à toute la personne. […] Quel tendre abandon, et, en même temps, quelle dignité chaste dans les témoignages d’amour qu’elle prodigue à Jupiter, croyant les donner à son époux ! […] Quel langage plein de force et de raison elle sait lui tenir pour le détourner d’un mariage aussi odieux que ridicule : Sachez que d’une fille on risque la vertu, Lorsque dans son hymen son goût est combattu ; Et qui donne à sa fille un mari qu’elle hait Est responsable au ciel des fautes qu’elle fait. […] Comme elle prend à cœur les intérêts de la famille, et particulièrement de sa jeune maîtresse qui ne sait que se désoler et parle de se donner la mort si on la violente : Fort bien, c’est un recours où je ne songeais pas : Vous n’avez qu’à mourir pour sortir d’embarras, répond-elle.

250. (1772) De l’art de la comédie. Livre premier. De ses différentes parties (1re éd.) [graphies originales] « CHAPITRE XXIII. Des Reconnoissances. » pp. 399-421

D’après cet exemple, vous pouvez essayer de donner au public dix reconnoissances dans une même piece. Dès que les acteurs lui donneront le signal, en criant : Ah ! […] (Il donne un papier à Géronte.) […] Je crois qu’on donnera la préférence à Regnard ; & la Chaussée pouvoit se dispenser de le copier pour faire plus mal que lui. […] Après que nous t’avons eu donné l’argent à la place, nous sommes allés tout droit au logis ; dès que nous y avons été, le bon homme m’a envoyé chez votre femme.

251. (1867) La morale de Molière « CHAPITRE PREMIER. Part de la Morale dans la Comédie de Molière. » pp. 1-20

Cette qualité appartient proprement à l’esprit français, et donne aux œuvres littéraires de la France une solidité durable et une valeur spéciale. […] Peut-être aurait-on trouvé des idées de ce genre dans les Remarques que Molière comptait donner un jour sur ses pièces, comme il le dit dans la Préface des Fâcheux. […] — « Il ne me soucie guère que le théâtre soit une succursale du temple ou une annexe de l’école, et, sans lui donner une mission si haute, je me contente de le trouver un lieu commode pour y passer agréablement quelques bonnes heures d’un temps bien perdu, sans remords ni regrets. » Galien-Arnoult, Réponse au remerciement de M. […] C’est Boileau qui dans l’intimité donnait ce surnom à son ami. […] « Un autre défaut de Molière, que beaucoup de gens d’esprit lui pardonnent et que je ne puis lui pardonner, c’est qu’il a donné un tour gracieux au vice, avec une austérité ridicule et odieuse à la vertu. » Fénelon, Lettre à l’Académie françoise, VII. — Voir aussi J.

252. (1867) La morale de Molière « CHAPITRE V. L’Éducation des Femmes. » pp. 83-102

C’était le centre de la vraie préciosité définie par Huet une galanterie honnête dans le sens qu’on donne au mot galant homme 282 ; » c’était, en un mot, l’Académie française, avec les femmes de plus et les pédants de moins283. […] Il a fait pour la femme ce qu’il a fait pour l’homme : il l’a étudiée et dépeinte avec cette généralité de vue et cette largeur de raison qui donnent à ses œuvres un caractère universel. […] Comme la vertu est aimable par soi, lui donner un aspect austère qui effraie les âmes délicates, c’est la trahir. […]   Pour l’ignorance, qui est la prison de l’esprit, la leçon n’est pas moins bien donnée, et la sotte $ Arnolphe lui échappe aussi bien que la cloîtrée de Sganarelle. […] Les costumes donnés par Molière à ses personnages, la modeste parure d’Elmire, la simple robe blanche d’Henriette, la splendide toilette jaune et rouge de Célimène, etc., étaient des leçons parlant aux yeux.

253. (1772) De l’art de la comédie. Livre second. De ses différents genres (1re éd.) [graphies originales] « CHAPITRE XXI. Du Genre mixte. » pp. 241-252

Pour distinguer les pieces mixtes d’avec les pieces à caractere, nous donnerons le premier titre à celles où le spectateur remarque en même temps un ou plusieurs caracteres avec une intrigue filée & mise en action par les ruses préméditées d’un autre personnage ; aux pieces enfin où l’intrigant agit autant que l’acteur à caractere. […] Vous donner cette lettre de la part de Mademoiselle Clarice. […] Donnez. . . . . . . . . […] Vous n’avez pas été plutôt hors du logis, Qu’ayant, pour prendre l’air, la tête à ma fenêtre, J’ai vu dans ce détour un jeune homme paroître, Qui d’abord, de la part de cet impertinent, Est venu me donner un bonjour surprenant, Et m’a droit dans ma chambre, une boîte jettée, Qui renferme une lettre en poulet cachetée.

254. (1812) Essai sur la comédie, suivi d’analyses du Misanthrope et du Tartuffe pp. 4-32

Quelques personnes seront peut-être étonnées en lisant les analyses du Tartuffe et du Misanthrope, de la préférence que je donne d’abord au Misanthrope, et des éloges que je prodigue ensuite au Tartuffe. […] Il ne suffit pas d’instruire, il faut savoir encore faire goûter les leçons que l’on donne : il faut qu’elles puissent frapper profondément. […] Dans les comédies de caractère et de mœurs, l’intérêt principal doit résulter des développements que l’auteur a su donner à ses personnages principaux et des situations où il les a placés. […] Les gens instruits, au contraire, pénétrés dès leur enfance de la lecture des grands écrivains, ont conservé, ont même augmenté cet amour que la nature nous a donné pour tout ce qui est essentiellement vrai et simple. […] Ce n’était pas assez pour Molière d’attaquer nos vices, de les poursuivre jusque dans leurs derniers retranchements, et de les livrer à la risée publique ; il ne pouvait pas s’arrêter là, il devait donner une leçon à la vertu même, lui apprendre à être heureuse au sein de la plus extrême corruption, en conservant encore sa pureté.

255. (1801) Moliérana « [Anecdotes] — [9, p. 41] »

1775, Anecdotes dramatiques, tome I, p. 408 Lorsque Molière se préparait à donner son George Dandin, un des ses amis lui fit entendre qu’il y avait dans le monde un Dandin qui pourrait se reconnaître dans la pièce, et qui était en état, par sa famille, non seulement de le décrier, mais encore de le desservir dans le monde. […] L’homme en question se trouva si honoré de ce compliment, que, toutes affaires cessantes, il donna parole pour le lendemain ; et il courut tout Paris pour tirer vanité de la lecture de cette pièce.

256. (1835) Mémoire pour servir à l’histoire de la société polie en France « Chapitre VIII » pp. 70-76

 » Toutefois il paraît que la facilité de madame de Sévigné était contraire à l’usage, puisque Bussy-Rabutin ajoute encore ce trait de satire : « Il n’y a guère que l’usage qui la pourrait contraindre ; mais elle ne balance pas à le choquer plutôt que les hommes 29. » Il paraît que Voiture, après avoir reçu de Julie une leçon de réserve, se crut en droit d’en donner de semblables à d’autres. […] Celle-ci (Mélite) a fait son effet par l’humeur enjouée de gens, d’une condition au-dessus de ceux qu’on voit dans les comédies de Plaute et de Térence. » En effet, dans cette pièce, l’auteur ne se bornait pas à produire des personnages décents, au lieu des bouffons de fantaisie : il leur donna, dit-il, un style naïf qui faisait une peinture de la conversation des honnêtes gens . […] La qualification de naïf, que Corneille donne au style de ses interlocuteurs, style fort différent de celui des personnages de Molière, qui est aussi estimé naïf, m’a paru rendre nécessaires quelques observations sur la naïveté.

257. (1835) Mémoire pour servir à l’histoire de la société polie en France « Chapitre VII » pp. 56-69

« Vous prétendez, madame, que le nous parle de cette autorité inhérente à la personne, distincte de celle qui naît du pouvoir donné par la république, et que je vous en dis quelque chose qui n’ait jamais été dite. […] Je crois cet éloge bien mérité : et il est difficile de le croire une plate louange, quand on considère l’homme qui la donne, le fonds de l’ouvrage où il l’a placé, le sentiment qui l’anime en l’écrivant, celui qu’il suppose à la personne pour qui il l’écrit ; et enfin cet éloge vient si naturellement à la place où il se trouve, qu’on ne peut y méconnaître une sorte d’à-propos qui ne serait pas venu à l’auteur pour une femme vulgaire. […] Mais dans une monarchie ancienne dont rien ne menaçait l’existence, où les affaires publiques étaient gouvernées par un pouvoir héréditaire, où une grande fortune donnait de longs loisirs, où des études suivies étaient le plus sûr moyen d’éviter les ennuis du désœuvrement, où la culture de l’esprit pouvait seule assurer des jouissances à l’âge mûr et à la vieillesse, les études de la marquise de Rambouillet étaient éminemment raisonnables. […] n’était-elle pas de celles qui donnent à l’esprit le plus d’étendue et de lumières, qui s’allie ni le plus naturellement et le plus étroitement aux qualités morales, au perfectionnement de la raison, au sentiment du beau et du grand, à la délicatesse du goût, et se prêtent le mieux aux plaisirs d’une imagination sage et réglée ?

258. (1835) Mémoire pour servir à l’histoire de la société polie en France « Chapitre XXIII » pp. 237-250

Elle fréquentait cette maison bien avant d’être en faveur près du roi ; et les premiers amusements qu’elle essaya de lui donner chez madame de La Vallière, furent aux dépens des personnes de cette société dont elle contrefaisait le langage et les manières. […] Madame de Montespan elle-même, malgré le plaisir qu’elle avait trouvé autrefois dans ces conversations, les tourna après en ridicule pour divertir le roi63. » Il était fort naturel sans doute qu’à la cour, où tant d’intrigues étaient toujours en action, soit pour la galanterie ou pour la fortune, on regardât comme oisifs les gens qui faisaient les plaisir de la conversation, et que le roi et madame de Montespan, dans les ébats d’un double adultère, eussent besoin de donner un nom ridicule aux personnes spirituelles de mœurs régulières et décentes. […] Cependant, on voit par une multitude de lettres adressées par le duc de La Rochefoucauld à madame de Sablé, dans le temps qu’il complétait, corrigeait, soumettait à la critique les Maximes qu’il a publiées en 1665, que madame de Sablé les jugeait, et les modifiait très judicieusement ; on voit de plus qu’elle les soumettait au jugement d’autres femmes célèbres, de ses amies, notamment à la maréchale de Schomberg, Marie d’Hautefort, alors âgée d’environ 49 ans, anciennement l’objet de cette passion religieuse de Louis XIII, qui a été tant célébrée, et à son amie la comtesse de Maure ; qu’elle rédigeait elle-même des maximes, ou, pour parler plus exactement, des observations sur la société et sur le cœur humain, observations dont il paraît que le recueil de La Rochefoucauld renferme quelques-unes ; et enfin que cette dame avait de la fortune, une bonne maison, une excellente table, citée alors pour son élégante propreté ; qu’elle donnait des dîners dans la maison qu’elle occupait à Auteuil ; et que le duc de La Rochefoucauld allait souvent l’y voir. […] Voici l’idée que le poète nous donnera de la société de madame de La Sablière 68 : Je vous gardais un temple dans mes vers… L’apothéose à la voûte eût paru : Là, tout l’Olympe en pompe eût été vu Plaçant Iris sous un dais de lumière.

259. (1853) Histoire de la littérature dramatique. Tome II « Chapitre III. Le théâtre est l’Église du diable » pp. 113-135

Prend : ton bâton de mesure ; donne le signal à tes trompettes, à tes ophicléides, à tes tambours, à moins que tu ne préfères entrer en matière aux sons de la flûte et du hautbois champêtre. […] Ainsi il parla ; et moi, l’entendant parler, j’écrivais sous sa dictée ; et plus d’une fois, je me disais tout bas qu’il avait peut-être raison, mais que notre plaisir à tous, lui donnait le démenti le plus formel. […] Pour ma part, je donnerais tout L’Impromptu de Versailles pour cette charmante scène entre Molière et sa femme… une scène qui sera toujours comprise et applaudie. […] S’il donne quelque tour à ses pensées, c’est moins par une vanité d’auteur que pour mettre une vérité qu’il a trouvée dans tout le jour nécessaire pour faire l’impression qui doit servir à son dessein. […] mon Dieu, Messieurs, taisez-vous ; quand Dieu ne vous a pas donné la connaissance d’une chose, n’apprêtez pas à rire à ceux qui vous entendent parler, et songez qu’en ne disant mot, on croira peut-être que vous êtes d’habiles gens ! 

260. (1800) Des comiques d’un ordre inférieur dans le siècle de Louis XIV (Lycée, t. II, chap. VII) pp. 294-331

Il y a des détails agréables et ingénieux, et de bonnes plaisanteries : telle est celle d’un valet fripon à qui l’on donne un diamant pour déposer que le mari de la Mère coquette est mort aux Indes, quoiqu’il n’en soit rien. […] Il ajoute que, si l’on veut lui donner de l’eau-de-vie, il ne laissera pas de dire des choses surprenantes. […] Celles de Regnard lui ont donné une place éminente après Molière, et il a su être un grand comique sans lui ressembler. […] Un trait d’habileté dans l’auteur, c’est d’avoir donné au Ménechme officier, non seulement une jeune maîtresse qu’il aime, mais une liaison d’intérêt avec une vieille folle dont il est aimé. […] Son théâtre est composé de douze volumes, dont les trois quarts sont comme s’ils n’étaient pas ; car s’il est facile d’accumuler les bagatelles, il n’est pas aisé de leur donner un prix.

261. (1843) Épître à Molière, qui a obtenu, au jugement de l’Académie française, une médaille d’or, dans le concours de la poésie de 1843 pp. 4-15

L’or semble une faveur lorsqu’un seul le dispense ; Donné par tous, est-il plus juste récompense ? […] Vois les quarante dieux réunis dans son temple D’un fraternel respect donner l’auguste exemple ; Si devant ton génie elle ferma le seuil Qui conduit au repos du bienheureux fauteuil, Pardonne ! […] Là ce Génie ailé semble, du haut des cieux, Déposant sur ta tête une double couronne, Sacrer la royauté que l’univers le donne ; Ici, cette fontaine, en jets toujours nouveaux Épanchant le bienfait de ses limpides eaux, Figure ta pensée abondante et profonde.

262. (1772) De l’art de la comédie. Livre second. De ses différents genres (1re éd.) [graphies originales] « CHAPITRE PREMIER. Des différents Genres en général. » pp. 1-8

Enfin donnons à nos productions les seuls titres, la seule forme qu’elles méritent : il est des palmes pour toutes ; mais gardons nous de prétendre à celles du Cid & du Tartufe, si nous ne sommes réellement avoués par Melpomene ou Thalie. […] En second lieu, puisque c’est au goût à choisir, n’est-il pas absurde, ridicule qu’on donne l’exclusion à un genre avoué par les nations & par les siecles les plus éclairés, en faveur d’un genre monstrueux qui a mille fois tenté de paroître au grand jour, & qui a mille fois été proscrit ? […] Il profite fort peu de la leçon que Romagnesi & Riccoboni lui ont donnée jadis par la bouche du Sang-froid.

263. (1772) De l’art de la comédie. Livre second. De ses différents genres (1re éd.) [graphies originales] « CHAPITRE VII. Des Comédies Allégoriques. » pp. 75-90

Nous donnerons donc le titre de comédie allégorique aux pieces dans lesquelles l’Auteur, mettant continuellement sur la figure de Thalie le masque de l’allégorie, change le nom des choses, défigure même les personnes, & laisse au spectateur intelligent le soin de développer le sens caché. […] Ce breuvage Est le seul qui vous peut donner quelque courage. […] La Hollande demande aux Médecins si les remedes qu’ils lui donneront seront aussi violents. […] Piron donna en 1741 un Opéra comique allégorique, qui est la licence même.

264. (1772) De l’art de la comédie. Livre second. De ses différents genres (1re éd.) [graphies originales] « CHAPITRE XXXVII. Du titre des Pieces à caractere. » pp. 417-432

L’Auteur laisse entrevoir dans sa Préface, qu’il auroit intitulé sa comédie l’Anglomane s’il n’avoit craint de lui donner un titre trop ambitieux. […] Je disois que Sophie eut pour pere Pirante ;  Que par le sang & l’amitié Il fut avec Eraste étroitement lié ;  Que d’une fortune brillante  Dépouillé par un coup du sort,  La douleur lui donna la mort. […] Comme Eraste n’entend pas cette langue, il la donne à lire au prétendu maître, qui l’entend aussi peu qu’Eraste, & qui, par conséquent, est très embarrassé. […] Le tuteur voit que Damis est aimé, & lui donne sa pupille.

265. (1835) Mémoire pour servir à l’histoire de la société polie en France « Chapitre XIII » pp. 109-125

Le mouvement était donné à l’esprit social ; la conversation était devenue le besoin général ; il fallait à tout prix le satisfaire ; ce besoin remontait à des causes plus anciennes et plus puissantes que l’hôtel de Rambouillet, qui, lui-même, leur dut son origine et ses progrès, et il ne fit qu’en favoriser le développement et l’éclat. […] Les maris que la marquise de Rambouillet donnait à ses filles, prouvent mieux son bon goût que le contraire n’est prouvé par la fréquentation de quelques écrivains ridicules dans sa maison qui était ouverte à tout le monde. […] Il blâme Boileau de l’avoir accablé, ainsi que Chapelain, sous ses satires, bien qu’ils ne lui eusse ni donné aucun sujet de plainte . […] Madame de la Sablière disait de lui : « Il m’a donné de l’esprit, mais j’ai réformé son cœur. »C’était à l’occasion des Maximes, publiées en 1665, qu’ils faisaient l’utile échange de leurs sentiments et de leurs pensées.

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