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16. (1692) Œuvres diverses [extraits] pp. 14-260

Bienheureux Scuderi dont la fertile plume Peut tous les mois sans peine enfanter un Volume : Tes écrits, il est vrai, sans art et languissants, Semblent être formés en dépit du bon sens ; Mais ils trouvent pourtant, quoi qu’on en puisse dire, Un Marchand pour les vendre, et des Sots pour les lire ; Et quand la rime enfin se trouve au bout des vers, Qu’importe que le reste y soit mis de travers ? […] Aux dépens du Bon sens gardez de plaisanter.

17. (1901) Molière moraliste pp. 3-32

» Nous serions portés à condamner un tel langage, si la vanité, l’affectation, la sécheresse de cœur des deux précieuses ne nous semblait bientôt plus insupportables que le lourd bon sens de Gorgibus. […] Monsieur Lysidas, appelez les choses par leur nom et, sur ce terrain, je ne vous redoute guère. » Molière n’a pas obéi aux préceptes d’Aristote et d’Horace par aveugle respect de la tradition, mais il s’est trouvé en fait amené à les suivre parce que ces règles, « dont vous embarrassez les ignorants, ne sont que quelques observations aisées que le bon sens a faites sur ce qui peut ôter Je plaisir que l’on prend à ces sortes de poèmes » ; Molière ne condamne donc pas les règles, mais ne veut point qu’on les entoure de mystère et de vénération ; et là, comme en toute autre matière, il ne se paye point de mots… La nature et l’honneur féminin Les idées de Molière sur l’honneur féminin, la liberté qu’il sied de laisser aux jeunes filles et aux épouses durent sembler de son temps étrangement hardies. […] Nature et catholicisme Je crois qu’il est impossible de nier qu’au nom de la nature et du bon sens, Molière ait attaqué la discipline catholique et la doctrine chrétienne telle qu’on la concevait de son temps. […] N’est-ce pas de ce soin que s’acquittent à merveille, au xviie  siècle, chacun dans leur milieu, les Don Louis, les Clitandre, les Dorante (de la critique), les Ariste, les Cléante, les Madame Jourdain, les Eliante, les maître Jacques, les Martine, les Dorine, les Toinette… ces gens du monde, ces bourgeoises, ces valets, ces servantes de Molière, de conditions bien différentes, mais qui tous possèdent ces mêmes qualités supérieures : la bonté souriante et le bon sens. […] Mais Dorine surtout, la servante d’Orgon, incarne en elle le bon sens de la Française du peuple.

18. (1861) Molière (Corneille, Racine et Molière) pp. 309-514

Presque tout le monde alors les prenait au sérieux; le nombre des hommes qui les réduisaient, comme Molière, à quelques observations de bon sens, était peu considérable. […] Il avoue sans honte l’ambition de plaire; il se soumet au jugement de la foule et compte sur son bon sens. […] quelle heureuse fortune pour l’art que le joug du bon sens, non du bon sens de celui-ci ou de celui-là, mais du bon sens de la foule, qui, comme le veut Molière, se laisse prendre par les entrailles et ne cherche point de raisonnement pour s’empêcher d’avoir du plaisir ! […] Il se plaça dans le vrai milieu, qui est celui du bon sens, et, selon les circonstances ou les caprices de l’inspiration, il frappa tantôt à droite, tantôt à gauche. […] On pourrait faire dans cette pièce une ample moisson de mots heureux et décisifs, de jugements marqués au coin du bon sens.

19. (1865) Les femmes dans Molière pp. 3-20

Le poète philosophe connaissait trop bien le cœur humain pour ne pas savoir que le bon sens, l’esprit même, sont de toutes les conditions ; et que souvent c’est dans celles où, sous prétexte d’éducation, le pédantisme et l’affectation n’ont pu gâter le naturel, que se trouve la plus saine appréciation des choses et la manière la plus nette et la plus piquante de les exprimer. Aussi, que de bon sens dans le parler grossier, mais si juste de la brave et franche Martine, dont le bonhomme Chrysale fait tant de cas, et que, pour obéir à sa femme, il chasse malgré lui en lui disant : Va-t-en, ma pauvre enfant . […] À qui s’étonnerait, en général, de trouver chez les servantes de Molière tant d’esprit et de bon sens, notre spirituel compatriote a déjà répondu d’avance en rappelant l’exemple de cette brave Laforêt qui réunissait au meilleur des cœurs un esprit si judicieux que Molière lui soumettait ses ouvrages, de cette excellente fille qui fut pour lui une sorte d’humble Providence dont la sainte affection et le dévouement infatigable savaient le soulager dans ses souffrances physiques et le consoler dans ses douleurs morales.

20. (1867) La morale de Molière « CHAPITRE PREMIER. Part de la Morale dans la Comédie de Molière. » pp. 1-20

Après son immense influence, ce qui doit surtout nous frapper dans Molière, c’est le bon sens : le bon sens est le caractère saillant de son génie. […] C’est par l’éloquence du bon sens seulement qu’on peut avoir prise sur eux ; et il faut croire que Molière voulait avoir cette éloquence-là, s’il choisissait pour premier juge cette servante, immortalisée, sans qu’elle s’en doutât, par l’honneur que lui faisait son maître en la prenant comme pierre de touche de ses œuvres32.

21. (1914) En lisant Molière : l’homme et son temps, l’écrivain et son œuvre pp. 1-315

Ce qu’elles représentent, c’est le bon sens, le bon sens du peuple ou de la bourgeoisie moyenne, le bon sens traditionnel, le bon sens proverbial, ce sont ses Sancho Pança, et c’est pour cela que, Sancho lui-même, il leur a fait une si large place dans son œuvre. […] Molière est l’apôtre du bon sens et c’est-à-dire de l’opinion moyenne du public qu’il a sous les yeux et qu’il veut satisfaire, il a cette intelligence impersonnelle qui s’appelle le bon sens. […] Or qui que ce soit, pourvu qu’il ait du bon sens et quelque expérience, peut répondre oui ou non. Je ne suis justiciable que du bon sens et de l’expérience. […] Tout cela est de fort bon sens et de très haute raison.

22. (1801) Moliérana « [Anecdotes] — [13, p. 44] »

Chapelain par la main : monsieur, lui dis-je, nous approuvions, vous et moi, toutes les sottises qui viennent d’être jouées si finement, et avec tant de bon sens ; mais, croyez-moi, pour me servir de ce que Saint Remi dit à Clovis : Il nous faudra brûler ce que nous avons adoré, et adorer ce que nous avons brûlé.

23. (1867) La morale de Molière « CHAPITRE II. La Débauche, l’Avarice et l’Imposture ; le Suicide et le Duel. » pp. 21-41

Jusque dans les conceptions les plus hardies et les situations les plus hasardeuses, il garde un bon sens qui l’empêche de mettre sur la scène ces accouplements monstrueux de vice et de vertu, ces criminels sublimes, ces brigands héroïques qui remplissent tant de drames modernes, et habituent nécessairement le spectateur à s’imaginer que, même dans l’excès des passions les plus funestes, il peut y avoir quelque chose d’excusable et de grand111. […] Il ne pouvait exposer sur la scène les motifs philosophiques qui lui faisaient condamner la mort de Caton ; mais il savait dans la plaisanterie faire entendre la haute voix du bon sens et du devoir, contre l’acte de désespoir et de lâcheté qui fait rompre avec la vie, plutôt que d’en porter vaillamment les épreuves. […] 1653. — Celte pièce, relativement saine au point de vue du bon sens, paraissait à l’époque de la grande mode des suicides d’amour, nécessaires dans tous les romans, et multipliés dans Mélite de P.

24. (1800) De la comédie dans le siècle de Louis XIV (Lycée, t. II, chap. VI) pp. 204-293

Il fallait que l’on fut bien accoutumé à compter pour rien le bon sens et les bienséances, puisque la plupart des pièces du temps n’étaient ni plus vraisemblables ni plus décentes. […] On voit qu’en dépit d’Arnolphe, elle ne l’est pas tant qu’il l’aurait voulu, et chaque réplique de cette enfant qui ne sait rien le confond et lui ferme la bouche par la seule force du simple bon sens. […] Il n’y a pas jusqu’à ces deux pauvres gens, Alain et Georgette, choisis par Arnolphe comme les plus imbéciles de leur village, qui n’aient à leur manière la sorte de bon sens qui leur convient. […] Cette question nous ramène à la fameuse scène du sonnet : jugeons la conduite du Misanthrope sur les préceptes du bon sens. […] Est-ce encore le bon sens, est-ce la morale, est-ce la probité qui engage cette dispute, dont tout le fruit est un éclat fâcheux, et l’inconvénient de se faire un ennemi gratuitement?

25. (1801) Moliérana « [Anecdotes] — [31, p. 59-61] »

193 le parterre applaudit : Alceste démontra, dans la suite de la scène, que les pensées et les vers de ce sonnet étaient, De ces colifichets dont le bon sens murmure.

26. (1801) Moliérana « [Anecdotes] — [14, p. 44-45] »

Le citoyen Bouilly, dans son Abbé de l’Epée 155 qui a fait courir tout Paris, semble avoir pris à tâche d’outrager le bon sens, et les premières règles de la comédie.

27. (1881) La philosophie de Molière (Revue des deux mondes) pp. 323-362

C’est en effet Sganarelle qui représenté le rôle du bon sens dans la pièce, comme Sancho dans le roman de Cervantès. […] De part et d’autre, c’est le bon sens du valet qui met en relief la folie du maître, ici une folie généreuse qui peuple le monde de chimères, là une folie licencieuse qui insulte à toute piété et à toute vertu. […] Les Ariste sont des personnages fort secondaires dans son théâtre, et il est rare, même lorsqu’ils les introduit sur la scène, qu’ils plaident la cause du bon sens par des arguments théoriques. […] Souvent même il ne charge personne de représenter le bon sens, et la morale ressort toute seule par la force de la fable et la vérité des caractères. […] » Souvent aussi, en confiant à un de ses personnages le rôle du bon sens, il a soin d’y mêler des travers ou des ridicules, comme cela a lieu dans la réalité.

28. (1853) Histoire de la littérature dramatique. Tome II « Chapitre IV. Que la critique doit être écrite avec zèle, et par des hommes de talent » pp. 136-215

L’une lui a prêté son gros rire, son bon sens, son admiration naïve, son dévouement de toutes les heures ; l’autre l’a calmé, elle l’a consolé, elle a essuyé ses larmes, elle a rassuré, tant qu’elle a pu, ce pauvre cœur si facile à troubler. […] C’est le même bon sens, le même naturel, la même sagacité cachée sous l’enveloppe grossière ; c’est la même patience surtout. […] dans des œuvres si compliquées, pour déplacer ainsi l’action et le drame, et pour faire reposer l’intérêt, non pas sur le héros principal, mais sur quelque subalterne tout boursouflé de ridicule et de bon sens ! […] — Ami Sganarelle, tu n’as que ce que tu mérites, et pourtant ce n’est pas le bon sens, ce n’est pas la prévoyance qui t’ont manqué. […] Le beau rôle appartient à ces deux jeunes filles qui se défendent avec leur amour, avec leur bon sens, avec leur honnêteté naturelle, et qui se sauvent, en fin de compte, des griffes de ce bandit.

29. (1882) Molière (Études littéraires, extrait) pp. 384-490

Quelle franchise de verve dans ce bon sens aiguisé qui s’anime au jeu par le désir de plaire ! […] Le spectacle de cette solidarité n’est-il pas salutaire pour le bon sens, et d’autant plus efficace qu’il parle à l’intérêt bien entendu ? […] Le père qui l’a promise à un galant homme enrage d’une sottise qui révolte son bon sens et affligé son cœur. […] Le gros bon sens. […] Ce n’est pas que le bon sens et le cœur fassent défaut à ce père qui aime sa fille et désire son bonheur ; mais toute volonté lui manque.

30. (1922) La popularité de Molière (La Grande Revue)

Sa morale, parce qu’elle est celle de la droite raison et du bon sens, est celle qui convient à tout le monde. […] Il serait curieux d’étudier à ce propos la transformation que son lumineux bon sens impose à certains thèmes sociaux et moraux qu’il emprunte à d’autres.

31. (1818) Épître à Molière pp. 6-18

Laissant le madrigal au froid épithalame, Jamais, hors de propos, la mordante épigramme Ne vient, dans l’action que rien ne refroidit, Aux dépens du bon sens faire briller l’esprit. […] Je ne te suivrai pas dans ta pénible tâche, Lorsque tu la remplis sans pitié, sans relâche ; Implacable ennemi de tous les charlatans, Je te laisse écraser sous le poids du bon sens Du bel esprit du jour la risible manie ; Chez Dandin nous montrer la vanité punie ; T’égayer aux dépens du bon monsieur Jourdain ; Rire de Vadius, et fouetter Trissotin.

32. (1772) De l’art de la comédie. Livre second. De ses différents genres (1re éd.) [graphies originales] « CHAPITRE XXX. Des Caracteres propres à tous les rangs. » pp. 328-330

Enfin Moliere a préparé par le seul état de son héros, toutes les richesses comiques amenées par le bon sens de Madame Jourdain, l’ingénuité de Nicole, le bon esprit de Lucile, la noble franchise de Cléonte, la subtilité de Covielle, ils se trouvent très bien en opposition avec le caractere principal, & font ressortir le ridicule de M.

33. (1772) De l’art de la comédie. Livre premier. De ses différentes parties (1re éd.) [graphies originales] « CHAPITRE XI. Du Dialogue. » pp. 204-222

La réponse de Valere, qui prend le parti d’Harpagon, & qui dit à Maître Jacques qu’on n’invite pas les gens pour les assassiner à force de mangeaille ; que rien n’est plus préjudiciable à l’homme que de manger avec excès ; que pour se bien montrer ami des gens que l’on invite, il faut les traiter avec frugalité ; & que, suivant le dire d’un Ancien, il faut manger pour vivre, & non pas vivre pour manger : tout cela cesse d’être comique, si Maître Jacques y a donné lieu, & si l’on ne voit pas que c’est la flatterie, & non le bon sens, qui le fait dire à Valere 28. […] Et de jouir de cette liberté Qui des gens de bon sens fait la félicité.

34. (1772) De l’art de la comédie. Livre troisième. De l’imitation (1re éd.) [graphies originales] « CHAPITRE III. » pp. 53-56

Je sais qu’à la représentation des Précieuses, un vieillard, frappé par la vérité des portraits qu’on lui présentoit, s’écria : Courage, Moliere, voilà la bonne Comédie : je sais que Ménage, en sortant de la premiere représentation, dit à Chapelain : « Nous approuvions, vous & moi, toutes les sottises qui viennent d’être critiquées si finement & avec tant de bon sens ; croyez-moi, il nous faudra brûler ce que nous avons adoré, & adorer ce que nous avons brûlé » : je sais enfin que Moliere a si fort ridiculisé ses originaux, qu’ils ont disparu, & que cependant nous voyons la piece avec plaisir10.

35. (1706) Lettre critique sur le livre intitulé La vie de M. de Molière pp. 3-44

Si on le pressait de les donner, il serait fort embarrassé, sur ma parole ; car je n’en comptais point d’autre que le bon sens, une belle voix, et de beaux gestes. […] L’aventure de ces quatre personnes qui se vont noyer est extravagante, et hors du vraisemblable ; et je m’étonne qu’un homme de bon sens nous la donne bien sérieusement pour une vérité.

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