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138. (1746) Notices des pièces de Molière (1661-1665) [Histoire du théâtre français, tome IX] pp. -369

Elle paraît assez pudique, Et pourtant elle est si publique, Que bien des gens vont sans mentir : Avec elle se divertir ; Afin de la voir avec joie, On ne plaint argent ni monnoie, Car sans distinction d’humains, Elle reçoit de toutes mains, Elle fait toutefois la grâce, À plusieurs Messieurs du Parnasse, En contentant leurs appétits, De leur faire plaisir gratis. […] Pour donner encore plus de vraisemblance à l’engagement que ce valet prend avec le prince, contre la princesse, Molière commence par supposer dans Moron (c’est le nom de ce valet) du dépit et de l’indignation de la voir se déclarer si ouvertement contre l’amour ; les présents qu’il reçoit du prince achèvent de le gagner et de corrompre sa fidélité : il forme le projet de faire aimer le prince et d’engager la princesse à consentir à un mariage que son père et ses sujets désirent également. […] La dame qui a par hasard cette même couleur montre au cavalier un ruban qu’elle tenait caché ; alors elle doit absolument danser avec lui, et recevoir ses soins et ses services pendant tout le jour. […] Cet homme de bonne cervelle, Berthold* dont la voix est si belle, Et qu’à le voir on peut juger, Non pas inconstant, mais léger, Comme à lui volontiers on ouvre, Les plus importants lieux du Louvre, La présenta lui-même au roi, Qui (comme ai dit) en bonne foi, Reçut de la susdite affaire, Un plaisir extraordinaire, Audit sieur Berthold témoignant, Qu’un instrument si surprenant, Réjouissait d’une manière, Toute rare et particulière. […] D’abord il montra beaucoup d’aigreur, et même de licence ; mais dans la suite il mit beaucoup de modération et moins de fiel : la première manière, en se rapprochant du mauvais comique reçu avant lui, servait moins au but qu’il s’était proposé ; au lieu que la seconde, plus douce et plus insinuante, était plus propre à la correction des mœurs, et remplissait mieux son intention.

139. (1910) Rousseau contre Molière

… »   Telle est l’impression que Fabre d’Eglantine avait reçue de l’Optimiste de Collin d’Harleville. […] » Aussi reçoit-il des soufflets de Martine et des coups de bâton de Sganarelle ; et il est guéri de la générosité pour toute sa vie. […] L’éducation de Sophie, tout au contraire, doit être menée de telle sorte qu’elle reçoive sa religion toute faite sans la discuter, sans l’examiner, sans avoir la prétention de s’en rendre compte. […] Hors d’état d’être juges elles-mêmes, elles doivent recevoir la décision des pères et des maris comme celle de l’Église.  […] Il admet qu’on désire un peu de talent de conversation ; car il admet qu’on reçoive Dès qu’on reçoit, il faut savoir causer, savoir démêler les sentiments de ceux qu’on reçoit, et même avoir l’art de les retenir ; et de là, art de causer, psychologie, coquetterie, le tout à l’avantage d’un mari qui aime à ne pas rester toujours seul.

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