Ce penser m’adoucit : va, ma colère cesse, Et ce petit archer, qui dompte tous les dieux, Vient de chasser la mort qui logeait dans mes yeux. […] Ne cessons de le dire : le naturel est le charme le plus sûr et le plus durable ; c’est lui qui les fait aimer; c’est le naturel qui rend les écrits des anciens si précieux, parce que, maniant un idiome plus heureux que le nôtre, ils sentaient moins le besoin de l’esprit; c’est le naturel qui distingue le plus les grands écrivains, parce qu’un des caractères du génie est de produire sans effort; c’est le naturel qui a mis La Fontaine, qui n’inventa rien, à côté des génies inventeurs, enfin c’est le naturel qui fait que les Lettres d’une mère à sa fille sont quelque chose, et que celles de Balzac, de Voiture, et la déclamation et l’affectation en tout genre sont, comme dit Sosie, rien ou peu de chose. […] Son humeur satirique est sans cesse nourrie Par le coupable encens de; votre flatterie, Et son cœur à railler trouverait moins d’appas, S’il avait observé qu’on ne l’applaudit pas. […] S’il ne versifia point l’Avare, c’est qu’il n’en eut pas le temps; car il était obligé de s’occuper, non seulement de sa gloire particulière, mais aussi des intérêts de sa troupe, dont il était le père plutôt que le chef, et il fallait concilier sans cesse deux choses qui ne vont pas toujours ensemble, l’honneur et le profit. […] Le ridicule du masque couvrira sans cesse l’odieux du personnage; je placerai l’un dans l’ombre, et l’autre en saillie, et l’un passera à la faveur de l’autre.
Mais quand Molière aurait été innocent jusqu’alors, n’aurait-il pas cessé de l’être dès qu’il eut la présomption de croire que Dieu voulait bien se servir de lui pour corriger un vice répandu par toute l’Église, et dont la réformation n’est peut-être pas même réservée à des conciles entiers ?