Cliton n’a pas le temps d’exprimer le chagrin que la mort d’Alcippe lui cause ; il le voit paroître, & en est si surpris, que la peur & l’étonnement le rendent muet. […] Après cette idée, si peu attendue, & qui cause tant d’embarras, on en voit tout de suite naître une autre qui ne surprend pas moins, & qui répare tout. […] Pour être bien bonnes, il faut qu’elles arrivent dans un moment de crise, & que le personnage qui paroît subitement cause le plus grand embarras par sa présence seule, & sans avoir besoin de parler.
Non ; c’est que l’un plaide bien sa cause, & que l’autre défend mal la sienne ». […] Diderot sur plusieurs choses excellentes qu’il a dites en parlant des contrastes, voudra-t-il nous permettre de lui demander s’il ne s’est point trompé lorsqu’il a voulu nous faire entendre que le caractere de Philinte contraste avec celui d’Alceste, & que celui du dernier ne domine que parceque sa cause est mieux plaidée que celle du premier. […] J’ose penser que si le public ne croit pas dans la premiere scene voir autant le Philanthrope que le Misanthrope, ce n’est ni au titre ni à l’annonce que l’Auteur en a l’obligation : c’est encore moins à la précaution de mettre dans la bouche d’Alceste des raisons triomphantes & de faire de Philinte un sot ; de bien plaider la cause du Misanthrope, de mal plaider celle du prétendu Philanthrope ; mais à l’adresse de différencier les deux rôles sans les faire contraster, puisqu’Alceste est l’ennemi déclaré du genre humain, & que Philinte, loin d’être l’ami déclaré des hommes, les plaint sans les aimer, souffre leurs défauts uniquement par la nécessité de vivre avec eux, & l’impossibilité de les rendre meilleurs.