/ 113
87. (1900) Molière pp. -283

En ce moment, il a quarante et un ans ; il doit mourir à cinquante et un ans, dix ans après, après avoir composé, entre L’École des femmes et le moment de sa mort, vingt comédies ou impromptus, sans compter les intermèdes, sans compter les pastorales, sans compter sa part dans la comédie-ballet de Psyché, faite en communauté avec Corneille, déjà bien vieux. […] Vous verrez que Molière a eu à subir treize ans de province et d’obscurité, treize ans pendant lesquels Paris applaudissait de toutes ses forces des choses médiocres et plates comme le Don Japhet d’Arménie de Scarron, et était persuadé que Le Menteur de Corneille, — comédie charmante de cape et d’épée dont je ne dis pas de mal, — était un sommet qu’on ne surpasserait jamais en fait de comédie forte. […] Comment expliquer encore que sa première idée ait été aussi d’exécuter une charge à fond de train sur les comédiens de l’hôtel de Bourgogne, qui était le théâtre Français par excellence dans ce temps, et possédait le privilège exclusif de jouer les belles tragédies de Corneille ? […] Vous trouverez, par exemple, dans Molière comme dans Corneille, des allocutions faites par un personnage à une qualité intérieure. […] Quelle fécondité inépuisable dans la peinture des ridicules ; quelle souplesse dans notre malice, quelle variété de génie appliquée à combien d’espèces de comédies différentes depuis la grande comédie de caractère inaugurée par Le Menteur de Corneille, jusqu’aux bouffonneries du théâtre de la Foire !

88. (1725) Vie de l’auteur (Les Œuvres de Monsieur de Molière) [graphies originales] pp. 8-116

Begon Intendant de Justice & de Marine, aiant fait une depense vraiment roiale pour nous donner les portraits des hommes Illustres qui ont paru en France durant le dernier siecle, ne crut pas devoir exclure Moliere dont on voit le portrait au naturel immediatement après celui du grand Corneille avec un éloge de la façon de Perrault. […] Mr. Corneille lui avoit frayé le chemin & donné l’exemple en accompagnant ses Poémes dramatiques, de Dissertations où il en faisoit lui-même la critique ou l’apologie. […] M. Corneille l’aîné fit tous les autres vers qui se recitent, & Moliere avertit lui-même que ce grand homme n’avoit emploié qu’une quinzaine de jours à ce travail. […] Il a été pour le Comique, ce que Corneille a été pour le Tragique, mais Corneille a vu avant que de mourir un jeune Rival lui disputer la premiere place, & faire balancer entre eux le jugement du Parterre.

/ 113