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147. (1881) La philosophie de Molière (Revue des deux mondes) pp. 323-362

Je suis persuadé qu’elle est fort belle et fort instructive ; mais il ne convient pas à des comédiens d’instruire les hommes sur les matières de la morale chrétienne et de la religion : ce n’est pas au théâtre à se mêler de prêcher l’Évangile. » On voit que le premier président ne mettait pas en doute la bonne foi et la bonne volonté de Molière, et que ses doutes ne portaient pas sur le danger de confondre la fausse dévotion avec la vraie, mais seulement sur l’inconvenance de mettre sur la scène comique des matières religieuses : le principe sur lequel il s’appuyait était la séparation du sacré et du profane. […] Ceux-ci se prévalent de la fausse piété pour se persuader qu’il n’y en a pas de véritable ou du moins qui ne soit suspecte.

148. (1886) Molière, l’homme et le comédien (Revue des deux mondes) pp. 796-834

Lorsque la fièvre de la bataille fut tombée, Molière n’eut pas de peine à lui persuader que cette attaque ne visait pas l’auteur du Cid et, par ses bons procédés, il effaça jusqu’au souvenir de la blessure. […] Le poète adressait donc au père un sonnet, accompagné d’une lettre de consolation, où il lui disait : « Si je n’ai pas trouvé d’assez fortes raisons pour affranchir votre tendresse des sévères leçons de la philosophie et pour vous obliger à pleurer sans contrainte, il en faut accuser le peu d’éloquence d’un homme qui ne sauroit persuader ce qu’il sait si bien faire. » M.

149. (1852) Légendes françaises : Molière pp. 6-180

La maison de Molière, son théâtre surtout, ouvert à cent sortes de gens, l’exposèrent, dès qu’elle fut mariée, à la lâche assiduité des marquis désœuvrés, qui même ne prenaient pas la peine de cacher leurs poursuites, persuadés qu’une comédienne ne pouvait pas se montrer plus fière que tant de grandes dames... […] Si je n’ai pas trouvé d’assez fortes raisons pour affranchir votre tendresse des sévères leçons de la philosophie, et pour vous obliger à pleurer sans contrainte, il n’en faut accuser que le peu d’éloquence d’un homme qui ne saurait persuader ce qu’il sait si bien faire. […] « Si on avait connu sa droiture et sa soumission, dit Grimarest, ou aurait été persuadé qu’il ne se serait point hasardé de représenter le Tartuffe sans en avoir auparavant pris l’ordre de Sa Majesté. » Toutefois, il ne perdit pas de temps ; deux jours après, le 8 août, il dépêcha vers le roi, devant Lille, deux de ses comédiens, Lagrange et Lathorillère, porteurs de son second placet : « Ma comédie, sire, n’a pu jouir ici des bontés de Votre Majesté... ».

150. (1900) Molière pp. -283

Vous verrez que Molière a eu à subir treize ans de province et d’obscurité, treize ans pendant lesquels Paris applaudissait de toutes ses forces des choses médiocres et plates comme le Don Japhet d’Arménie de Scarron, et était persuadé que Le Menteur de Corneille, — comédie charmante de cape et d’épée dont je ne dis pas de mal, — était un sommet qu’on ne surpasserait jamais en fait de comédie forte. […] J’ai peine à me persuader que je puisse être véritablement sa fille, et je crois que quelque aventure un jour me viendra développer une naissance plus illustre21. […] C’est une scène de comédie des plus profondes et des plus violentes ; on a persuadé à M. de Pourceaugnac que ces deux médecins sont deux maîtres d’hôtel ; il raisonne tout le temps avec eux comme si c’étaient des maîtres d’hôtel, et eux avec lui comme si c’était un malade. […] Plus ils sèment d’amusement sur la peinture des passions mauvaises et des sentiments mesquins, plus ils en tirent d’incidents comiques, soyez persuadés que plus ils en ressentent d’horreur et de dégoût. […] Cléon est trop bavard, Hermocrate trop larmoyant, Dilhas finirait par se persuader qu’il est quelque chose.

151. (1772) De l’art de la comédie. Livre troisième. De l’imitation (1re éd.) [graphies originales] « CHAPITRE XXV. » pp. 500-533

  Nous avons cité bon nombre de sujets, de caracteres, de scenes, de détails imités par Moliere ; mais ne nous persuadons pas avoir rapporté toutes ses imitations.

152. (1772) De l’art de la comédie. Livre quatrième. Des imitateurs modernes (1re éd.) [graphies originales] « CHAPITRE XIII. M. ROCHON DE CHABANNES. » pp. 381-412

J’en fus étonnée, dit la Marquise ; mais plus je sentois qu’il avoit raison, plus je tâchois de lui persuader qu’il avoit tort.

153. (1868) Une représentation de M. de Pourceaugnac à Chambord. Examen de deux fragments inédits paraissant appartenir à l’œuvre de Molière (Revue contemporaine) pp. 700-722

Quant au troisième acte, l’analyse laisse voir qu’il y eut un rôle supprimé, celui de l’ami qui persuade Georges Dandin ; un retranchement analogue fut, au reste, pratiqué par Molière, à la dernière scène du Mariage forcé, scène dans laquelle le retour de l’ami Géronimo est indiqué (voir le ballet) et Géronimo ne reparaît pas dans la comédie en un acte.

154. (1919) Molière (Histoire de la littérature française classique (1515-1830), t. II, chap. IV) pp. 382-454

Des amis de Molière persuadent à Monsieur, frère du roi, de prendre la troupe sous sa protection. […] Il fit mieux encore  : il profita des divisions de ses adversaires ; il eut l’art de persuader aux jésuites que son Tartufe était une revanche des Provinciales et aux jansénistes qu’il en était la continuation ou le redoublement.

155. (1772) De l’art de la comédie. Livre premier. De ses différentes parties (1re éd.) [graphies originales] « CHAPITRE II. De l’Etat, de la Fortune, de l’Age, du Rang, du Nom des Personnages. » pp. 39-75

Le pere du Marquis, qui a soixante & quinze ans, se persuade, à cette nouvelle, n’être qu’un homme mûr, se rappelle qu’autrefois il a été fort aimé des femmes, & croit avoir débusqué son fils ; il le raille, il fait à sa prétendue conquête la déclaration la plus burlesque, quand la pupille se déclare, & annonce enfin à son tuteur un bonheur sur lequel il n’auroit jamais osé compter.

156. (1706) Addition à la Vie de Monsieur de Molière pp. 1-67

« Mais, ajoute-t-il, Baron est son ami ; seulement il a part à son Ouvrage : il le loue trop légèrement ; et il insulte trop les autres Auteurs Comiques pour n’en être pas persuadé. » Donc encore mon Ouvrage est mauvais et suspect.

157. (1845) Œuvres de Molière, avec les notes de tous les commentateurs pp. -129

Pour moi, lui dit-il, je vous avoue que si j’étais assez malheureux pour me trouver en pareil état, et que je fusse fortement persuadé que la même personne accordât des faveurs à d’autres, j’aurais tant de mépris pour elle, qu’il me guérirait infailliblement de ma passion. […] Je pris, dès lors, la résolution de vivre avec elle comme un honnête homme qui a une femme coquette, et qui est bien persuadé, quoi qu’on puisse dire, que sa réputation ne dépend point de la méchante conduite de son épouse ; mais j’eus le chagrin de voir qu’une personne sans beauté, qui doit le peu d’esprit qu’on lui trouve à l’éducation que je lui ai donnée, détruisait en un moment toute ma philosophie. […] Si on avait connu sa droiture et sa soumission, on aurait été persuadé qu’il ne se serait point hasardé de représenter le Tartuffe une seconde fois, sans en avoir auparavant pris l’ordre de Sa Majesté. […] Elle entre par-là dans le ridicule des femmes qu’elle veut jouer ; mais enfin, avec tous ces avantages, elle ne plairait pas tant si sa voix était moins touchante ; elle en est si persuadée elle-même, que l’on voit bien qu’elle prend autant de divers tons qu’elle a de rôles différents. » (Entretiens galants, Paris, Ribou, 1681, t. […] On sait que les ennemis de Molière voulurent persuader au duc de Montausier, fameux par sa vertu sauvage, que c’était lui que Molière jouait dans le Misanthrope.

158. (1874) Leçon d’ouverture du cours de littérature française. Introduction au théâtre de Molière pp. 3-35

Maître drapier à la fin est vaincu, non sans peine; il se sauve, persuadé que le diable est venu, sous la figure de Patelin, prendre son drap : ...

159. (1823) Notices des œuvres de Molière (VII) : L’Avare ; George Dandin ; Monsieur de Pourceaugnac ; Les Amants magnifiques pp. 171-571

Il en est une qui passe justement pour un chef-d’œuvre, c’est celle où Éraste persuade à Pourceaugnac qu’il a demeuré deux ans à Limoges, et qu’il y a fréquenté toute sa famille et lui-même.

160. (1900) Quarante ans de théâtre. [II]. Molière et la comédie classique pp. 3-392

J’allais droit à mon traître en faire confidence ; Et son raisonnement me vint persuader De lui donner plutôt la cassette à garder, Afin que, pour nier, en cas de quelque enquête, J’eusse d’un faux-fuyant la faveur toute prête, Par où ma conscience eût pleine sûreté À faire des serments contre la vérité. […] On poussa ma douleur et mes soupçons à bout, On me laisse tout croire, on fait gloire de tout… Et ce qu’il y a de plus étonnant, c’est que ce pauvre Alceste, avec sa manie de ne croire qu’à la logique, demande à Célimène qu’elle essaie de le persuader de son innocence en usant des armes que la logique fournit. […] Les sociétaires de 1940, pénétrés d’un respect religieux pour la gloire de Labiche, se laissent persuader : ils font saillir de Célimare le bien-aimé tout ce qui s’y trouve d’observation triste. […] Quels éclats de rire Féraudy a excités quand il a dit d’un air persuadé : « Voilà trois de mes enfants dont il m’a fait l’honneur de conduire la maladie, qui sont morts en moins de quatre jours, et qui, entre les mains d’un autre, auraient langui plus de trois mois !  […] Ils avaient refusé deux fois la pièce, et ce n’est qu’à la troisième lecture qu’ils se laissèrent persuader.

161. (1884) Tartuffe pp. 2-78

Il a commencé par se persuader lui-même.

162. (1879) Les comédiennes de Molière pp. 1-179

Item ladite damoiselle testatrice veut et entend que tous et chacuns lesdits deniers comptants qui se trouveront lui appartenir au jour de son décès, et tons ceux qui proviendront du payement et acquit desdites dettes actives qui lui appartiendront aussi lors, soient mis et baillés entre les mains du sieur Mignard, peintre ordinaire du Roi, dit le Romain, demeurant à présent rue Montmartre, vis-à-vis l’église Saint-Joseph, et qu’à mesure qu’il y en aura, jusqu’à vingt ou trente mille livres au plus, ils soient employés en acquisition d’héritages, comme il sera avisé par ledit sieur Mignard et suivant l’avis d’experts qui seront nommés par lesdits sieurs et damoiselles, frère et sœur de ladite damoiselle testatrice ; les revenus desquels héritages qui seront ainsi acquis de tous lesdits deniers seront reçus par ladite damoiselle Grésinde Béjart et sous les quittances d’elle seule, pour être employés en œuvres pies et ainsi que ladite damoiselle testatrice lui a déclaré, sans être tenue d’en rendre aucun compte à qui que ce soit durant sa vie qu’elle les touchera, ni être obligée de s’expliquer dudit emploi que ladite damoiselle testatrice laisse à sa bonne foi, étant persuadée que ladite demoiselle Grésinde Béjart suivra et exécutera ponctuellement ses volontés ; et après le décès d’icelle damoiselle Grésinde Béjart, ladite damoiselle testatrice veut et entend que Madeleine-Esprit Poquelin, sa nièce, fille dudit sieur de Molière et de ladite damoiselle Grésinde Béjart, possède lesdits héritages, pour en jouir par elle en usufruit pendant sa vie, à compter du jour du décès de ladite damoiselle sa mère ; et après ladite Madeleine-Esprit Poquelin décédée, l’aîné de ses enfant mâles, ou de ses filles si elle n’avait point de mâles, jouira en usufruit, aussi sa vie durant, desdits héritages que ladite damoiselle testatrice substitue audit aîné, et après lui à l’aîné mâle dudit aîné ou de l’aînée, si, comme dit est, ladite Madeleine-Esprit Poquelin n’a point d’enfant mâle ; et si icelle Madeleine-Esprit Poquelin décédait sans enfants nés en légitime mariage, ladite damoiselle testatrice donne et lègue lesdits héritages, qui seront acquis comme il a été devant exprimé, à l’aîné des autres enfants dudit sieur de Molière et de ladite damoiselle Grésinde Béjart, pour en jouir comme ladite Madeleine-Esprit, avec substitution, comme il est susmentionné à son égard, à la charge qu’en chacune famille, depuis ladite Madeleine-Esprit Poquelin décédée, les aînés mâles seront toujours préférés aux femelles ; et en cas que lesdits sieur et damoiselle de Molière décédassent sans enfants nés d’eux, lesdits héritages retourneront aux enfants du sieur Louis Béjart et de ladite damoiselle de la Villaubrun, chacun par moitié ; voulant et entendant ladite damoiselle testatrice qu’à chacun changement d’héritiers ou légataire, suivant ce qui a été sus-expliqué, il soit pris une année du revenu pour être employé en fonds, et les revenus dudit fonds distribués aux pauvres par ledit héritier ou ceux qui administreront ses biens ; et pour exécuter et accomplir le présent testament, icelui augmenter plutôt que diminuer, ladite damoiselle testatrice a nommé et élu M. de Châteaufort, conseiller du Roi, auditeur en sa chambre des Comptes, qu’elle prie d’en prendre la peine ; révoquant par elle tous autres testaments et codicilles qu’elle pourrait avoir faits auparavant le présent auquel elle s’arrête comme étant sa dernière volonté. […] Vois ces moineaux, ma chère âme, Qui se caressent si bien : Les doux transports de leur âme Ne persuadent-ils rien À ton lan la landeridette, À ton lan la landerida ?

163. (1853) Histoire de la littérature dramatique. Tome II « Chapitre VI » pp. 394-434

Il y a, dans les livres de Quintilien, un interlocuteur nommé Apollodore, qui disait : « Persuader, c’est s’emparer de l’esprit de celui qui vous écoute, et le conduire en triomphe au but que l’on se propose. » En triomphe !

164. (1885) La femme de Molière : Armande Béjart (Revue des deux mondes) pp. 873-908

Je pris dès lors la résolution de vivre avec elle comme un honnête homme qui a une femme coquette, et qui est bien persuadé, quoi qu’on puisse dire, que sa réputation ne dépend point de la méchante conduite de son épouse.

165. (1825) Notice sur Molière — Histoire de la troupe de Molière (Œuvres complètes, tome I) pp. 1-

Rien n’est plus plaisant que les soins que prend Argan pour se persuader qu’il est indisposé ; sa colère, lorsque sa servante lui soutient qu’il se porte bien, ne manque jamais d’exciter le rire ; il n’est pas moins comique dans ses rapports avec les médecins et les apothicaires ; mais quelle effrayante vérité dans le rôle de cette femme qui compte les derniers moments de l’insensé vieillard, et se montre épouse aussi intéressée que belle-mère injuste.

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