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231. (1922) La popularité de Molière (La Grande Revue)

Avec Molière, on croit marcher de pair ; il a l’air d’être à votre niveau. […] Malgré les réserves de Lessing et les critiques acerbes de Schlegel, sa popularité a cru encore au xixe  siècle. […] Et en effet, si nous croyons inexact d’affirmer que tout héros de Molière est la transposition scénique d’un personnage réel, il est certain que des traits d’une réalité parfois individuelle, le plus souvent collective, vivifient chacun d’eux.

232. (1772) De l’art de la comédie. Livre premier. De ses différentes parties (1re éd.) [graphies originales] « CHAPITRE X. De la Diction. » pp. 178-203

mon pere, êtes-vous assez insensé pour croire ces bourrus atrabilaires ? […] Croyez-vous que j’aie pu lui répondre le moindre mot, ou que j’aie eu quelque raison à lui alléguer, bonne ou mauvaise ? […] De la façon pourtant qu’il s’en est acquitté, Je le tiens en cela très expérimenté : Je crois que de sa vie il n’a fait autre chose ; Et nonobstant les maux que telle action cause, Tout pauvre que je suis, je lui donnerois bien, Pour souffleter ainsi, la moitié de mon bien. […] La raison en est toute simple ; la voici : ce qu’on appelle filles à Paris, est continuellement à l’affût pour saisir le ton, les grimaces, les propos des petites-maîtresses du haut rang, & s’empare bien vîte des expressions qui leur sont familieres, & de leurs mots favoris : celles-ci, indignées contre ces filles pour plus d’une raison, les leur abandonnent, & en créent de nouveaux : par conséquent, un ouvrage qui a aujourd’hui le prétendu ton de la bonne compagnie, & qui fait croire que celui qui l’a composé en est l’ornement & l’aigle, aura dans six mois le ton de la plus mauvaise, & fera soupçonner que l’Auteur n’en fréquente pas d’autre.

233. (1853) Histoire de la littérature dramatique. Tome II « Chapitre VI » pp. 394-434

. — « On peut tout croire, hélas ! […] On ne croit pas tout à fait à leur mensonge ; on en croit la moitié, et, à force d’insister, à force de déranger, tous les ans, vos plus habiles calculs, à force de compter une année de moins, chaque fois qu’elles ont une année de plus, elles font si bien leur compte que vous ne savez plus le leur, ni le vôtre. […] Elle n’avait pas, tant s’en faut, l’audace de cette infidèle, qui disait à son amoureux : « Vous ne m’aimez plus, vous croyez plutôt ce que vous voyez, que ce que je vous dis !  […] La critique se souvient par reconnaissance et par devoir, et quand une fois l’artiste est à l’abri de ses sévérités, elle ne se croit pas dispensée de le louer pour ses triomphes passés. […] Seul, perché sur un toit, un poulet étourdi Croit encor au matin, et chante en plein midi.

234. (1886) Revue dramatique : Les Fâcheux, Psyché (Revue des deux mondes) pp. 457-466

On assiste à ces spectacles avec indifférence, comme on regarde, à l’occasion, la reliure d’une Imitation de Jésus-Christ : c’est « le plus beau livre qui soit sorti de la main des hommes, » on veut bien le croire, mais on l’a connu naguère, dans les intervalles du catéchisme, à titre de petit ouvrage de piété. — Ainsi donc ces fruits du génie, ayant perdu le duvet et la fleur, nous sont vainement offerts : si quelques autres, de même qualité environ, restent dans le fruitier, qui s’en aperçoit ? […] On s’égaie doucement à examiner, parmi ces croquis du XVIIe siècle, telle figure qu’on croirait notre contemporaine : eh quoi ! […] Ou, réciproquement, tel ridicule qu’on croirait appartenir à ce temps-là, on s’aperçoit avec malice qu’il est encore de ce temps-ci : celui, par exemple, de l’homme qui fait ses embarras au spectacle.

235. (1732) Jean-Baptiste Pocquelin de Molière (Le Parnasse françois) [graphies originales] « CII. JEAN-BAPTISTE POCQUELIN. DE MOLIERE, Le Prince des Poëtes Comiques en France, & celebre Acteur, né à Paris l’an 1620. mort le 17. Fevrier de l’année 1673. » pp. 308-320

Ses amis le blâmerent de n’avoir pas accepté un Emploi aussi avantageux : Hé, Messieurs, leur dit-il, ne nous deplaçons jamais, je suis un passable Auteur, si j’en crois la voix publique ; je puis être un fort mauvais Secretaire ; je divertis le Prince par les Spectacles que je lui donne, je le rebuterois par un travail serieux & mal conduit : & pensez-vous d’ailleurs, ajouta-t’il, qu’un Misantrope comme moi, capricieux si vous voulez, soit propre près d’un Grand ; je n’ai pas les sentimens assez flexibles pour la domesticité : mais plus que tout cela, que deviendront ces pauvres gens que j’ai amenez de si loin ? […] Au sortir de la Comédie prenant Chapelain par la main : Monsieur, lui dis-je, nous approuvions vous & moi toutes les sottises qui viennent d’être critiquées si finement & avec tant de bon sens ; mais croyez-moi, pour me servir de ce que saint Remy dit à Clovis, il nous faudra brûler ce que nous avons adoré, & adorer ce que nous avons brûlé. […] Un Abbé crut bien faire sa Cour à Monsieur le Prince de lui presenter l’Epitaphe qu’il avoit faite pour Moliere : Ah !

236. (1692) Œuvres diverses [extraits] pp. 14-260

Mais moi qu’un vain caprice, une bizarre humeur, Pour mes péchés, je crois, fit devenir Rimeur : Dans ce rude métier, où mon esprit se tue, En vain pour la trouver, je travaille, et je sue. […] Ne crois pas toutefois, par tes savants ouvrages, Entraînant tous les cœurs gagner tous les suffrages.

237. (1863) Molière et la comédie italienne « Chapitre IX. Beltrame » pp. 145-157

Beltrame fait les personnages de père ou de mari : c’est un père un peu brusque et tenant serrés les cordons de sa bourse, mais indulgent et raisonnable ; c’est un mari débonnaire, feignant de croire aux bourdes qu’on lui conte, qui voit clair toutefois, et qui prend sa revanche quand l’heure est venue. […] Nous insistons sur le caractère de ce personnage, parce qu’on en fait généralement un valet intrigant, de la même famille que Scapin, et que nous croyons que Riccoboni s’est trompé et a induit en erreur sur ce point ceux qui s’en sont rapportés à lui.

238. (1867) La morale de Molière « CHAPITRE VIII. Le Mariage. » pp. 145-165

Quand don Juan fait sa belle tirade contre le mariage et le faux honneur d’être fidèle, quand il demande à Sganarelle, ébloui par son éloquence sophistique, ce qu’il a à dire là-dessus, le timide bon sens de Sganarelle répond : « Ma foi, j’ai à dire… Je ne sais que dire : car vous tournez les choses d’une manière qu’il semble que vous avez raison, et cependant il est vrai que vous ne l’avez pas… Je suis tant soit peu scandalisé de vous voir tous les mois vous marier comme vous faites, et vous jouer ainsi d’un mystère sacré502… » Et quand Sganarelle n’est pas bridé par la crainte, il ne se gêne pas pour appeler cet épouseur à toutes mains « le plus grand scélérat que la terre ait jamais porté, un enragé, un chien, un diable, un turc, un hérétique, qui ne croit ni ciel, ni saint, ni Dieu, ni loup-garou503 ; qui passe cette vie en véritable bête brute ; un pourceau d’Épicure, un vrai Sardanapale, qui ferme l’oreille à toutes les remontrances chrétiennes qu’on lui peut faire, et traite de billevesées tout ce que nous croyons504. » Qui ne rit encore, en repensant au refrain terrible qui met en fuite le pauvre Pourceaugnac : La polygamie est un cas, Est un cas pendable505 ? […] « … La jalousie est un monstre odieux : » les époux doivent donc éviter « cette étrange frénésie560 » « Et mutuellement se croire gens de bien561. ». […] Quand Henriette se croit ruinée, et que Clitandre veut l’épouser quand même, elle dit tristement :   Rien n’use tant l’ardeur de ce nœud qui nous lie   Que les fâcheux besoins des choses de la vie ;   Et l’on en vient souvent à s’accuser tous deux   De tous les noirs chagrins qui suivent de tels feux.

239. (1772) De l’art de la comédie. Livre second. De ses différents genres (1re éd.) [graphies originales] « CHAPITRE XXVIII. Les Caracteres des hommes n’ont pas plus changé que ceux des professions. » pp. 303-311

Je le répete, croit-on qu’Harpagon, contraint par son fils à laisser un diamant dans les mains de sa maîtresse, ne présente pas la situation où l’on desireroit l’Avare moderne ? Croit-on qu’en lui donnant l’adresse de bien feindre dans ces moments fâcheux pour lui, il en sera plus comique ?

240. (1772) De l’art de la comédie. Livre troisième. De l’imitation (1re éd.) [graphies originales] « CHAPITRE XIV. » pp. 279-289

Géronte l’accepte pour gendre : Sganarelle pardonne à sa femme les coups de bâton qu’il a reçus, en faveur de la dignité où elle l’a élevé ; mais il l’exhorte en même temps à vivre désormais dans un grand respect avec un homme de sa conséquence, parceque la colere d’un Médecin est plus à craindre qu’on ne peut croire. […] Je crois que ma fille est opilata.

241. (1801) Moliérana « [Anecdotes] — [27, p. 53] »

[27179, p. 53] On voit aujourd’hui des auteurs qui, parce qu’ils sont jeunes, voudraient nous faire croire que Molière a vieilli.

242. (1801) Moliérana « [Anecdotes] — [79, p. 121] »

(I) Diderot disait : « si l’on croit qu’il y ait beaucoup plus d’hommes capables de faire Pourceaugnac, que le Misanthrope, on se trompe. »

243. (1801) Moliérana « [Anecdotes] — [51, p. 85-86] »

1775, Anecdotes dramatiques, tome I, p. 506 Un abbé crut faire sa cour au grand Condé*, en lui présentant l’épitaphe qu’il avait faite pour Molière. « Ah !

244. (1772) De l’art de la comédie. Livre premier. De ses différentes parties (1re éd.) [graphies originales] « CHAPITRE VI. Des Prologues. » pp. 118-138

Les Auteurs Chinois ont, je crois, plus de tort que les romanciers auxquels je les ai comparés. […] Ce reproche n’est pas si bien fondé qu’on le croit. […] Je crois ne pouvoir mieux finir ce Chapitre qu’en rapportant ce qu’un Auteur dit sur l’inutilité des prologues dans un prologue même.

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