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158. (1772) De l’art de la comédie. Livre quatrième. Des imitateurs modernes (1re éd.) [graphies originales] « CHAPITRE XVI. M. DE BEAUMARCHAIS. » pp. 442-462

Le Baron Hartley a deux enfants ; il croit Sir Charles son fils à l’armée, & part avec Eugénie sa fille pour Londres. […] Dans ce temps-là on vient dire à Don Lope que Jacinthe l’attend chez elle : il a tout à craindre dans la maison d’un homme qui se croit déshonoré par lui. […] Léonore croit son intrigue découverte : mais son pere ne se plaint que des prodigalités de Don Pedre son fils qui a joué à Cascaye l’argent de sa pension. […] ) Léonore croit le Comte parjure & lui a écrit de se rendre chez elle pour fournir à son pere une vengeance plus facile : l’amour la fait bien vîte changer de sentiment ; elle souhaite qu’il ne vienne point, quand il arrive. […] A ce bruit que j’entends, si j’en crois ma colere, Si le fer à la main je cours où j’ois du bruit....

159. (1847) Le Don Juan de Molière au Théâtre-Français (Revue des deux mondes) pp. 557-567

La Serre, qui est en ceci la grande et, je crois, la seule autorité, dit simplement, dans son Mémoire sur la vie et les ouvrages de Molière, « qu’on, fut blessé de quelques traits hasardés, que l’auteur supprima à la représentation. » De plus, la scène dont il s’agit a-t-elle été retranchée tout entière, ou seulement raccourcie ? […] Pour moi, je crois que des plaintes, et des plaintes très vives, purent s’élever encore d’un autre côté. […] Simonnin publia pour la première fois, d’après l’édition de 1683, les scènes que l’on croyait perdues. […] Je crois, sans pouvoir l’affirmer, que le Don Juan italien qui fut joué à Paris vers 1657 était Il Convitato di pietra del Giacinto Andrea Cicognini. […] Molière n’a fait qu’adopter le titre mis à la mode par de Villiers et Dorimon, lesquels s’étaient conformés eux-mêmes an préjugé populaire des Parisiens, qui croyaient que l’original de la statue se nommait don Pierre.

160. (1819) Notices des œuvres de Molière (I) : L’Étourdi ; Le Dépit amoureux pp. 171-334

Au titre d’Inavvertito, l’auteur italien a cru devoir joindre celui de Scappino disturbato, e Mezzetino travagliato, et il ne l’a fait, dit-il, que pour remplir son frontispice, per infrascar la facciata. […] Il n’avait pas manqué de s’apercevoir que plusieurs des actions de Lélie n’étaient point des étourderies, mais de simples incidents comiques, propres à mettre en jeu l’imagination et activité de Mascarille ; et il crut pallier cette espèce de faute, en accolant deux titres, dont l’un indiquât les effets du caractère, et l’autre les combinaisons de l’intrigue. […] Molière doit à l’auteur de L’Inavvertito, avec le sujet de sa pièce, la plupart des incidents qui en forment l’intrigue ; mais on me croira sans peine, lorsque j’affirmerai qu’en général il les a disposés avec plus d’art, qu’il les a quelquefois modifiés très heureusement, et que toujours il les a embellis par une exécution plus vive, plus ingénieuse et plus comique. […] J’ai cru qu’il suffisait de le faire remarquer à mesure dans le commentaire, sans transcrire, pour le prouver, de longs passages d’une prose qui n’est point classique, et dont les vers de Molière reproduisent le sens presque toujours embelli.

161. (1772) De l’art de la comédie. Livre premier. De ses différentes parties (1re éd.) [graphies originales] « CHAPITRE IV. Du Choix du Titre. » pp. 94-102

Je crois voir d’ici plus d’un critique sourire malignement, & dire que j’aurai bientôt cité tous les différents genres de titres, puisqu’il n’en est que trois, celui qui promet un caractere, celui qui dénote une intrigue, & celui qui annonce un personnage intéressant. […] Je crois très à propos de faire remarquer ici que les Italiens, & Moliere après eux, ont mal traduit le titre espagnol. […] L’un veut manger des écus & jetter un procès dans la riviere ; il croit que les femmes se font dans notre pays avec un pinceau : l’autre, si jamais son époux devient volage, se propose de lui montrer son contrat de mariage. […] Toutefois ne me crois pas buse, Je connois le sacré vallon ; Et si tu vas trop voir ta Muse, J’irai caresser Apollon.

162. (1824) Notices des œuvres de Molière (VIII) : Le Bourgeois gentilhomme ; Psyché ; Les Fourberies de Scapin pp. 186-466

« Molière nous prend assurément pour des grues, de croire nous divertir avec de telles pauvretés, disait M. le duc de ***. […] Encore une fois, je ne donne ceci que comme une conjecture, car rien ne prouve qu’ils aient été déterminés par ce motif, et je croirais plutôt qu’ils n’en ont pas eu d’autre qu’un empressement indiscret à blâmer tout haut ce que le monarque semblait avoir désapprouvé tout bas. […] Mais il n’avait pas cru y manquer en permettant à Molière d’égayer plus d’une fois le public aux dépens de ces jeunes marquis éventés, dont Turlupin était le modèle, et Mascarille, des Précieuses, une copie à peine exagérée. […] Louvois lui-même ne crut pas devoir garder sa mauvaise humeur. […] Jourdain ; et, dans cet état d’hostilité ouverte, il peut croire qu’où la force ne saurait être mise en usage, il doit être permis d’employer la ruse.

163. (1873) Molière, sa vie et ses œuvres pp. 1-196

Quant à la maison où le grand poète est mort, je crois, avec M.  […] Croira-t-on que la somme souscrite s’éleva à trois cent cinquante francs ? […] Croyez-vous que la représentation de la centenaire suffira pour cet objet ? […] On croirait lire quelque apostrophe sulfureuse d’un Veuillot. […] » Peut-être croyait-il être indulgent ; il était injuste.

164. (1772) De l’art de la comédie. Livre second. De ses différents genres (1re éd.) [graphies originales] « CHAPITRE V. Des Pieces à scenes détachées. » pp. 45-60

Je crois que pour y réussir il suffit d’avoir ce qu’on appelle l’esprit de saillies & de bons mots ; mais c’est à mon sens une chose des plus hardies que d’imaginer, comme a fait Moliere, une comédie en trois actes de scenes détachées, telle que les Fâcheux. […] Le vieillard croit s’allier à la gloire en prenant pour gendre l’Auteur prétendu du Mercure ; lui-même lui présente sa fille, & quitte les amants pour visiter la maison. […] Un soldat ivre se présente ; il croit avoir rendu le plus grand service à l’Etat ; il dit : J’étois sur un vaisseau quand Ruiter fut tué, Et j’ai même à sa mort beaucoup contribué ; J’allai chercher le feu que l’on mit à l’amorce Du canon qui lui fit cracher l’ame par force. […] A la suite d’un de ces repas tumultueux où chaque convive se croit obligé de faire preuve d’esprit, où l’on pense comme Scarron que La digestion est meilleure Lorsqu’on dispute un bon quart-d’heure, j’ai entendu critiquer précisément ce que nous venons d’admirer : « Puisque Moliere, disoit-on, a fait rouler son action, son intrigue, son dénouement sur l’amour, il a tort de n’avoir pas filé dans chaque acte une ou deux scenes qui caractérisassent cette passion ». […] Que croire ?

165. (1818) Épître à Molière pp. 6-18

Aujourd’hui, sur la scène, et leur prose et leurs vers Des vivants et des morts respectent les travers : Si jamais le Léthé les jetant sur ses rives Te porte les tributs de leurs rimes craintives, Quand tu reconnaîtras dans leurs tristes tableaux Que la timidité, dirigeant leurs pinceaux, Ose à peine, aujourd’hui, rire d’un ridicule, Peut-être, cette fois, Molière trop crédule Nous croira corrigés : cependant, ici bas, Sans heurter quelque vice on ne peut faire un pas : Tu l’attaquas en vain, chez nous toujours nouvelle, Comme le monde, hélas, sottise est éternelle ! […] Des lettres, cependant, la triste République, Qui reposait aussi d’un sommeil léthargique, Vient de se réveiller : Bardes et Troubadours De toutes parts, ici, renaissent tous les jours : Le ciel bénit, je crois, leur nombreuse famille, Car de petits auteurs le Parnasse fourmille. Donnant un libre cours à leur docte travers Ils riment par milliers, et chacun deux, en vers, Croit de déraisonner avoir le privilège : Un jeune imberbe, à peine au sortir du collège, Accouche d’un poème, et s’excuse, en disant Que l’homme de génie est poète en naissant ; On voit de bonne foi leur innocente muse S’accorder à l’envi l’encens qu’on leur refuse ; De son public toujours chacun est satisfait, Et de gloire, lui-même, il se donne un brevet. […] Tu n’as pas écrasé l’Hydre des faux dévots : Elle grandit dans l’ombre où ces phénix nouveaux De leurs cendres encor menacent de renaître, Et deux cents ans plus tard ils triomphaient peut-être : Aujourd’hui le Tartuffe apparaîtrait en vain, Nous verrions repousser ce chef-d’œuvre divin5, Qui subirait, crois-moi, l’exil expiatoire, S’il n’était défendu par deux siècles de gloire. […] On croira difficilement, un jour, à la ressemblance de pareils portraits ; et, cependant, on ne peut faire un pas dans le monde sans rencontrer de ces incorrigibles dont il n’y a rien à espérer, mais dont il n’y a, dieu merci, rien à craindre.

166. (1867) La morale de Molière « CHAPITRE V. L’Éducation des Femmes. » pp. 83-102

Elles crurent remplacer l’esprit par l’affectation, la dignité par le dédain, l’instruction par une recherche risible des mots et des idées, la distinction par un excès ruineux de, toilette, le cœur par un coquetterie de convention qui visitait tous les villages de la carte de Tendre. […] Mais, sans doute, empêcher les femmes d’être coquettes et façonnières. n’était pas une moindre tâche que de rendre les médecins instruits, charitables et modestes ; car, pour elles comme pour eux, Molière se crut obligé de reprendre le même sujet de comédie jusqu’à la fin de sa vie287. […]   Le luxe d esprit choquait Molière : il n’était pas moins choqué du luxe matériel qui régnait de son temps autant que du nôtre, et par lequel les femmes croyaient se faire estimer à raison de l’effet qu’elles produisaient. […] La juste mesure est partout dans Molière : il condamne les excès de dépense de la jeune Dorimène, qui épouse un riche vieillard pour payer ses parures322, et en même temps il se moque de Sganarelle, qui croit que par un édit on peut mettre un frein au luxe des femmes323. […] Non, ce n’était pas trop de cette triviale énergie pour attaquer l’erreur qui croit sauver la vertu par la stupidité et l’ignorance ; ce n’est trop d’aucune des scènes de la comédie pour dire et répéter tous les dangers auxquels sont exposés les malheureux tenus dans les ténèbres, et pour proclamer cette philosophique vérité, que le vrai se confond avec le bien, et que si nous savions parfaitement, nous pourrions ne faillir jamais.

167. (1877) Molière et Bourdaloue pp. 2-269

Se croient-ils heureux ?... […] Croira-t-on que c’est la piété qui me fait agir ? […] Chacun croit bien deviner ce que l’auteur a voulu faire ; au bout, du compte, nul n’en est certain. […] dirait Molière, tout de bon, vous croyez que j’ai voulu faire des mariés, des campagnards, des continents et des moines ? […] Ce mot n’a guère l’air d’être du cru de Donneau.

168. (1772) De l’art de la comédie. Livre premier. De ses différentes parties (1re éd.) [graphies originales] « CHAPITRE XVII. De l’Art de prévenir les Critiques. » pp. 309-313

Dans le Tartufe, Elmire tente en vain de persuader à Orgon que l’imposteur a voulu la séduire ; le bonhomme n’en veut rien croire : sa femme s’engage à le lui faire voir clairement, & dit à Dorine d’aller appeller le scélérat. […] Sans doute il est fâcheux d’en venir jusques-là, Et c’est bien malgré moi que je franchis cela : Mais puisque l’on s’obstine à m’y vouloir réduire, Puisqu’on ne veut point croire à tout ce qu’on peut dire, Et qu’on veut des témoins qui soient plus convainquants, Il faut bien s’y résoudre, & contenter les gens. […] Je ne crois pas que M.

169. (1866) Petite comédie de la critique littéraire, ou Molière selon trois écoles philosophiques « Première partie. — L’école dogmatique — Chapitre premier. — Une leçon sur la comédie. Essai d’un élève de William Schlegel » pp. 25-96

Il croit entendre l’aveu du vol delà marmite. […] Croirait-on que Molière a dédaigné cette admirable simplicité ? […] messieurs, je ne croyais pas être Si plaisant que je suis100. […] J’en crois voir deux raisons. […] Je ne suis pas heureux tant que vous pourriez croire ; Quel diable de plaisir !

170. (1772) De l’art de la comédie. Livre second. De ses différents genres (1re éd.) [graphies originales] « CHAPITRE XLII. De l’art d’épuiser un Sujet, un Caractere. » pp. 493-503

A moins que de le voir, je n’aurois jamais cru, Ni même imaginé, ce qui m’en a paru : Et c’est un de ces faits dont la raison troublée, Pour en pouvoir douter, voudroit être aveuglée. […] Quant à l’homme à bonne fortune de cinquante ans, tout le monde sait qu’il doit ses conquêtes à son coffre-fort, & qu’il est la dupe des femmes dont il se croit adoré, parcequ’elles lui disent qu’il a encore les jours de barbe pour lui, & qu’il est bien plus frais que ses neveux. […] Orgon, simple, crédule, croit de bonne foi tout ce qu’on lui dit, & se laisse aisément prévenir. […] Cléante, homme sensé, raisonnable, croit que le Ciel lit dans nos cœurs ; il agit & il parle en conséquence.

171. (1866) Petite comédie de la critique littéraire, ou Molière selon trois écoles philosophiques « Conclusion » pp. 355-370

Mais quand Dorante a pris la parole ou la plume, nous avons cru que Dorante, c’était vous ; nous l’avons cru jusqu’à la fin de son Étude ; et voilà que Lysidas dans sa Réponse (quels personnages ! […] C’est une erreur de croire que l’école historique ait accompli tout le bien qu’elle avait à faire, et que le devoir de la critique de l’avenir soit de lui faire la place petite. […] Je crois, pour ma part, que deux ou trois de ces ouvrages ont la plus haute valeur comme œuvres du génie, mais que pas un seul n’a la moindre valeur scientifique.

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